L'auteur du livre « Tuxedo Kid - La beauté du diable », Raymond Ouimet.

L’histoire du Tuxedo Kid révélée

Léo-Rhéal Bertrand, alias Tuxedo Kid, a été pendu parce que trouvé coupable du meurtre de sa deuxième femme en 1951. Mais cet homme qui a marqué l’imaginaire du public par son élégance et son attitude a-t-il aussi assassiné sa première femme, en 1934 ? L’auteur Raymond Ouimet, a fouillé la vie de ce criminel dont les nombreux passages devant les tribunaux ont captivé la presse de l’époque. Dans son nouveau livre, Tuxedo Kid - La beauté du diable, Raymond Ouimet tente de répondre à cette question. Le Droit a pu lire le manuscrit du livre en primeur et a obtenu l’autorisation de publier des faits inédits de la vie du Tuxedo Kid avant la parution de l’ouvrage, le 6 février prochain. Toutes les informations et les éléments que nous publions aujourd’hui concernant le Tuxedo Kid sont le fruit de deux décennies de recherches réalisées par l’auteur.

ROSE-ANNA

Tout est gris à Hull en février 1932 quand Léo-Rhéal Bertrand, tout juste âgé de 20 ans, vient s’établir dans cette ville ouvrière qui s’enfonce dans la pauvreté, le vice et la corruption. Seul, il s’installe dans un petit appartement de la rue du Pont (Eddy) où il tente de gagner sa vie comme chauffeur chez Taxi Crown. 

Léo-Rhéal multiplie les conquêtes et collectionne les petites amies, mais en février 1934, il épouse Rose-Anna Asselin, 24 ans. La jeune femme est déjà enceinte à ce moment, mais son entourage l’ignore. Léo-Rhéal n’a pas un sou. Elle paie seule le coût de la cérémonie. 

Une fois marié, le jeune couple déménage à Ottawa, où Léo-Rhéal Bertrand commence à travailler pour The Queen Taxi co. Il loue une chambre sur la rue St-Patrick, mais il se fait rapidement jeter dehors. Il a fait des avances répétées à la femme de son propriétaire, enceinte elle aussi. Rose-Anna accouche de son enfant dans la tristesse et la pauvreté en juin 1934. 

Moins de six mois plus tard, le 20 décembre, la voiture de marque Plymouth de Léo-Rhéal Bertrand s’engage sur le quai municipal de Saint-Zotique et plonge dans le lac Saint-François. Rose-Anna, incapable de s’extirper du véhicule meurt noyée. Léo-Rhéal s’en sort indemne. 

Sans attendre que le véhicule soit sorti de l’eau ni d’avoir vu le corps de sa femme, le nouveau veuf demande à être conduit en taxi chez son frère, à Saint-Polycarpe. Au cours du trajet, Léo-Rhéal se montre plus préoccupé par l’état de son véhicule que par la mort de sa femme. Il se demande si l’antigel, l’huile et l’essence pourront être réutilisés une fois l’auto récupérée. 

L’enquête policière mettra en lumière plusieurs failles dans le récit des événements que fait Léo-Rhéal Bertrand. Les policiers découvriront aussi que Rose-Anna avait contracté une assurance vie de 5000 $ seulement neuf jours avant sa mort. La prime montait à 10 000 $ en cas de mort accidentelle.  

Léo-Rhéal Bertrand est finalement accusé du meurtre de sa femme. Son procès s’ouvre le 24 septembre 1935, au palais de justice de Montréal. L’accusé s’adjoint les services d’une véritable vedette du Barreau de l’époque, Me Oscar Gagnon. L’avocat a d’ailleurs comme adjoint Me Roch Pinard. Ce dernier deviendra plus tard juge en chef de la Cour suprême et chancelier de l’Université d’Ottawa.

La cause fera l’objet de plusieurs rebondissements. Le juge se désistera et sera remplacé par Louis Cousineau, ancien maire de Hull dans les années 1920. Les procureurs de la défense réussiront à installer un doute dans l’esprit du jury. Léo-Rhéal Bertrand sera déclaré non-coupable et évitera la potence. « Justice a été rendue » a été le seul commentaire lancé aux journalistes par le jeune homme à sa sortie du tribunal.

Il fera 12 ans de prison au pénitencier de Kingston, et plus tard à celui de Prince-Albert en Saskatchewan.

HOLD-UP RATÉ

Léo-Rhéal Bertrand ne tarde pas à dépenser à tout vent l’argent de l’assurance vie de sa défunte épouse. 

Il s’achète de chics costumes et se fait voir au volant d’une rutilante Auburn bleu dès la fin de son procès. 

Il continue de multiplier les conquêtes et déménage sur la rue Bay, à Ottawa, chez une petite amie et reprend le taxi, mais sous un faux nom. Il se fait prendre, retourne à Hull et fonde Taxi Belmont au 51 1/2 rue du Pont (Eddy), une entreprise qui n’a jamais été enregistrée.

Juin 1936, Léo-Rhéal n’a plus un rond. Il a dépensé la totalité des 10 000 $ de l’assurance vie de Rose-Anna. Il fait la rencontre d’Anatole Latreille, un bandit qui vient d’être acquitté d’un vol à main armée d’une banque sur la rue Elgin. Avec lui, Léo-Rhéal planifie le braquage de la banque Nova Scotia, située dans le petit village de Russel. 

Les deux brigands entrent dans la banque un peu après midi, le 16 juin. Le directeur de la banque sort un pistolet de son bureau et tire en direction des voleurs. Léo-Rhéal Bertrand, resté à l’entrée de l’immeuble, réplique, mais rate de peu le directeur. Dans la consternation, les deux hommes se sauvent avec l’Auburn de Léo-Rhéal sans avoir volé un seul sou. 

Les policiers de l’est de l’Ontario et de l’ouest du Québec sont mis en état d’alerte. Léo-Rhéal Bertrand est arrêté deux jours plus tard à Hull. 

Son procès est fixé au 19 octobre 1936 au palais de justice de l’Orignal. Léo-Rhéal Bertrand marqua l’imaginaire à sa façon à l’ouverture de ce procès. Sachant très bien comment se mettre en scène, le jeune homme de 23 ans arrive en salle d’audience en tenue de soirée. 

Son smoking noir, sa chemise blanche et son nœud papillon font sensation, si bien que les journalistes anglophones le surnomment le Tuxedo Kid. 

Ce surnom ne le quittera plus jamais. Après quatre jours de procès et seulement une heure de délibération, Léo-Rhéal Bertrand est condamné à 15 ans de prison. Il fera finalement 12 ans de prison au pénitencier de Kingston, et plus tard à celui de Prince-Albert en Saskatchewan. 

Le Tuxedo Kid passera tout le temps de la Deuxième Guerre mondiale à l’abri des bombes et du front en Europe. Il est libéré de prison le 9 mars 1948. La guerre est finie.

La deuxième femme du Tuxedo Kid, Dolorosa Trépanier

DOLOROSA

Les choses ont bien changé pendant la peine purgée par le Tuxedo Kid. 

À Montréal, Pacifique Plante et le futur maire Jean Drapeau font la guerre au crime organisé. 

À Hull, le maire Raymond Brunet a eu le temps de faire le ménage en ville. Léo-Rhéal Bertrand, lui, est devenu docteur en métaphysique. 

Il arnaque des gens pour quelques dollars dans une clinique médicale de la rue Metcalf. Un de ces clients racontera un jour avoir consulté Léo-Rhéal parce qu’il avait deux petites amies et que ça le rendait malheureux de ne pas savoir laquelle choisir. 

Le Dr Tuxedo Kid a fini par s’attirer les faveurs des deux petites amies de son patient. La pratique de la métaphysique n’est cependant pas très payante. Léo-Rhéal se trouve un emploi chez un nettoyeur de vêtements, dans le quartier Westboro.

 C’est là qu’au début de 1951, il s’éprend d’une collègue de travail, Dolorosa Trépanier, de 17 ans son aînée. 

Au moment de son mariage avec Dolorosa, au début du mois de septembre, à l’église Saint-François d’Assise, à Ottawa, Léo-Rhéal fréquente trois femmes en même temps. 

Dolorosa refait son testament dans les jours suivant son mariage. Elle inscrit Léo-Rhéal comme bénéficiaire de ses biens. Veuve, Dolorosa possède deux propriétés d’une valeur de 35 000 $. 

Cette dernière n’a aucune idée des antécédents de son nouveau mari. Elle ne tardera pas à faire la connaissance de Tuxedo Kid. 

Le 10 novembre vers 17 h, le couple quitte leur maison de la rue Fairmont, à Ottawa. Léo-Rhéal attire son épouse dans un camp de chasse qu’il a loué dans les environs du lac Sainte-Marie. Il a emprunté un fusil calibre .12 à un ami et il traîne avec lui une bonne quantité de liquide inflammable. 

Le Tuxedo Kid réapparaît dans le centre-ville de Hull plus tard en soirée. Il entre dans le poste de police et raconte au commis comment, il y a quelques heures, sa femme est morte brûlée dans un accident. 

Son histoire éveille les soupçons. Léo-Rhéal est de nouveau arrêté et accusé de meurtre. Le fantôme de Rose-Anna Asselin, sa première femme, ne semble pas très loin.

Léo-Rhéal Bertrand était reconnu pour son smoking noir, sa chemise blanche et son nœud papillon, si bien que les journalistes anglophones le surnomment le Tuxedo Kid.

COUP DE THÉÂTRE !

Le 11 février 1952, Léo-Rhéal Bertrand reprend les habits du Tuxedo Kid pour son procès pour meurtre au palais de justice de Hull. 

Son smoking et son nœud papillon font de nouveau sensation. Pour se défendre, l’accusé s’est adjoint les services d’une vedette, le futur maire de Montréal, Jean Drapeau. 

Ce dernier, procureur de la Commission d’enquête sur la moralité de la police de Montréal fait trembler la pègre montréalaise avec son acolyte Pax (Pacifique) Plante. 

La preuve circonstancielle contre Bertrand est accablante. Le Dr Jean-Marie Roussel, le même qui a fait l’autopsie sur le corps de la première femme du Tuxedo Kid, déclare en cour que la dépouille de Dolorosa est à ce point détruite que seule l’utilisation en grande quantité d’un liquide inflammable peut expliquer cela. 

Le 18 février, le juge fait son adresse au jury. Le sort du Tuxedo Kid ne fait pratiquement aucun doute. 

La salle d’audience principale du palais de justice est pleine à craquer. 

Mais coup de théâtre. Un événement encore jamais vu dans l’histoire judiciaire du Canada survient et sème la consternation. 

Le Tuxedo Kid n’a pas dit son dernier mot. Son nom résonnera jusqu’en Cour suprême. Le premier ministre du Québec Maurice Duplessis s’en mêlera. 

Finalement, le 12 juin, au petit matin, la trappe s’ouvre sous les pieds du Tuxedo Kid à la prison de Bordeaux. Son corps se balancera au bout de la corde pendant 15 minutes.