Nick Smumlanski, l'un des survivants de la tragéie

L’héritage laissé par la tragédie des Broncos de Humboldt, un an plus tard

HUMBOLDT, Sask. — Seize personnes ont été tuées et 13 autres blessées il y a un an lorsqu’un camion semi-remorque et un autocar transportant l’équipe de hockey junior des Broncos de Humboldt sont entrés en collision dans une région rurale de la Saskatchewan. Le chauffeur de camion qui a omis de s’immobiliser à un panneau d’arrêt, provoquant l’accident, a récemment été condamné à huit ans de prison.

Voici un aperçu de l’héritage laissé par cette tragédie.

Don d’organes

Dans les jours qui ont suivi l’accident, l’»effet Logan Boulet» s’est fait sentir.

La famille du jeune homme de 21 ans, un défenseur de Lethbridge, en Alberta, a fait don de ses organes, car il avait clairement fait connaître ses intentions.

Six personnes à travers le Canada en ont bénéficié, et d’autres ont ensuite suivi son exemple. Près de 100 000 Canadiens se sont inscrits pour devenir des donneurs d’organes après avoir appris que Logan Boulet l’avait fait.

La Société canadienne du sang a indiqué que 99 742 personnes avaient été enregistrées en avril 2018, un bilan qui n’inclut que les provinces permettant l’inscription en ligne: la Colombie-Britannique, l’Alberta, le Manitoba, l’Ontario, le Québec et l’Île-du-Prince-Édouard. D’autres provinces ont déclaré avoir reçu de nombreux appels téléphoniques de personnes souhaitant s’inscrire.

Le reste des statistiques pour l’année 2018 n’est pas encore disponible.

Un événement appelé «Green Shirt Day» - similaire au «Pink Shirt Day» pour lutter contre l’intimidation et au «Orange Day» pour la réconciliation - aura lieu le dimanche 7 avril, jour anniversaire de la mort de Logan Boulet, afin de promouvoir le don d’organes.

Toby Boulet, le père de Logan, estime que le mouvement va bien au-delà de son fils.

«Il y a beaucoup, beaucoup de gens qui meurent parce qu’il n’y a pas assez d’organes pour tout le monde ou que le jumelage n’est pas bon, a-t-il déclaré lors d’un récent événement à Lethbridge. Ce n’est pas ce qui doit arriver.»

Tyler Smith, de Leduc, en Alberta, qui a survécu à l’accident, a déclaré que la sensibilisation au don d’organes était un héritage extraordinaire de son ancien coéquipier.

«Je le connaissais à un niveau vraiment personnel et il était un être humain vraiment altruiste et impressionnant, a déclaré M. Smith. Voir cela continuer est absolument génial à mes yeux.»

Ceintures de sécurité dans les autocars

Un mouvement baptisé «Buckle Up for the Broncos» a été lancé en septembre après la publication d’un texte d’opinion de la mère d’un joueur dans les journaux du pays.

Tricia Wack, de St. Albert, en Alberta, dont le fils Stephen est mort dans la tragédie, y parlait du problème de l’utilisation de la ceinture de sécurité dans les autocars. Un rapport du coroner de la Saskatchewan sur l’accident réclame justement le port obligatoire de la ceinture de sécurité dans les autocars.

Hockey Canada, l’instance dirigeante nationale du sport, a déclaré qu’il n’avait apporté aucun changement depuis la tragédie, mais qu’il continuait de discuter de la question à l’interne.

«Le rapport du coroner a maintenant été publié et certaines recommandations ont été formulées, a déclaré Todd Jackson, directeur des assurances et de la gestion des risques. Nous allons certainement examiner toutes les différentes avenues à mesure que nous progressons ici.»

«Ce que nous essayons de faire maintenant, c’est de dire: «OK, de quoi avons-nous besoin pour diffuser des messages concernant le voyage en général?»»

Certaines ligues, y compris la Ligue de hockey junior de la Saskatchewan, ont déjà fait de l’utilisation de la ceinture de sécurité une priorité. Plusieurs équipes en ont également pris l’habitude et publient souvent des messages sur Twitter avec le mot-clic  #BuckleUpForTheBroncos.

L’ancien joueur de la Ligue nationale de hockey Chris Joseph, également de St. Albert, a perdu son fils, Jaxon. Il est devenu un militant de l’utilisation de la ceinture de sécurité.

«C’est un changement culturel», a-t-il lancé lors d’une entrevue récente.

M. Joseph se souvient de l’époque où il jouait au hockey junior et de ses voyages à bord d’autocars.

«Nous pensions que c’était une fête, a-t-il dit. Je comprends. C’est un moment spécial pour l’équipe. Je sais exactement ce que les Broncos faisaient quand l’accident s’est produit, car je suis passé par là. J’ai pris les bus en tant que junior. J’ai pris les bus dans les ligues mineures.»

«Ils discutaient. Ils écoutaient de la musique. Certains passaient des moments calmes. Certains s’habillaient.»

Il a ajouté qu’il ne serait pas difficile de changer la culture en partant cinq minutes plus tôt et en s’arrêtant pour laisser les joueurs enfiler leur tenue de hockey.

«Lorsque le véhicule roule, assieds-toi et garde ta ceinture de sécurité, a conseillé M. Joseph. Nous avons besoin de ceintures de sécurité dans tous les véhicules en mouvement.»

Le gouvernement fédéral a annoncé en juin que tous les autocars nouvellement construits devraient être munis de ceintures de sécurité d’ici septembre 2020.

Sécurité des camions

Les gouvernements de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba ont tous mis en place une formation obligatoire pour les conducteurs de semi-remorques après l’accident des Broncos de Humboldt.

Avant l’accident, l’Ontario était la seule province où les conducteurs de camions devaient suivre une formation.

Les conducteurs qui souhaitent obtenir un permis commercial de classe 1 en Saskatchewan doivent maintenant suivre au moins 121 heures et demie de formation. Il existe également un programme de surveillance de la sécurité de 12 mois pour les conducteurs.

En Alberta, des exigences similaires ont été adoptées et tous les nouveaux transporteurs commerciaux doivent prouver qu’ils se conforment aux règles de sécurité des transports avant de lancer leurs activités.

La formation obligatoire en Alberta et en Saskatchewan est entrée en vigueur le mois dernier, bien que l’Alberta ait prolongé le délai d’un an pour les travailleurs agricoles.

À compter du 1er septembre, les chauffeurs de camions commerciaux du Manitoba devront également suivre 121 heures et demie de formation.

Après une réunion avec ses homologues provinciaux plus tôt cette année, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a déclaré qu’il avait convenu d’élaborer une norme de formation pour les nouveaux chauffeurs de camion d’ici janvier prochain.

Une pétition demandant au gouvernement fédéral de réglementer la formation des chauffeurs de camions semi-remorques a pris de l’ampleur au cours des derniers mois.

Carol Brons, de Lake Lenore, en Saskatchewan, qui a perdu sa fille Dayna dans l’accident, a indiqué que des membres de la famille avaient ajouté leur voix à la pétition.

«Il a été difficile de nous manifester publiquement, a-t-elle confié. Pourtant, le besoin que nous ressentons est plus grand que notre inconfort.»

Mme Brons a rappelé que de nombreux changements suggérés par la pétition avaient été évoqués lors du procès du chauffeur du camion qui a causé l’accident.

«La chose la plus importante qui en est ressortie est le manque de formation de ce chauffeur de camion.»

La pétition, qui compte près de 5000 noms, peut être signée sur le site de la Chambre des communes jusqu’à la mi-mai.

Monument commémoratif

Il est prévu de créer un monument commémoratif permanent au bord de la route où l’accident s’est produit, au nord de Tisdale, en Saskatchewan.

Jamie Brockman, le président des Broncos, a précisé qu’un comité était en train de se mettre sur pied et reprendrait la planification après la cérémonie du premier anniversaire, samedi à Humboldt.

«D’après ce que je comprends, les choses avancent lentement. Cela a pris un peu de retard pour privilégier la planification de l’anniversaire», a-t-il déclaré.

Une firme de consultants qui a examiné la sécurité du carrefour rural a suggéré que le mémorial actuel - des croix fabriquées à la main et une grande collection de souvenirs laissés par des personnes - soit déplacé dans un lieu plus sûr en raison du nombre élevé de visiteurs.

Le comité sera composé de membres de la famille, de représentants du conseil d’administration de l’équipe et de membres de la communauté.