L’audience de détermination de la peine de Bruce McArthur, âgé de 67 ans, qui a plaidé coupable à huit chefs de meurtre au premier degré la semaine dernière, se poursuivait mardi.

Les proches des victimes de Bruce McArthur témoignent

TORONTO — L’un à la suite de l’autre, les proches des victimes du tueur en série Bruce McArthur ont pris la parole pour raconter au tribunal la dévastation, la colère et les difficultés personnelles qu’ils ont vécues à cause de ces crimes.

Les déclarations souvent émotives ont été entendues mardi alors que se poursuivait l’audience de détermination de la peine de McArthur, âgé de 67 ans, qui a plaidé coupable à huit chefs de meurtre au premier degré la semaine dernière.

La Couronne a réclamé une peine d’emprisonnement à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 50 ans.

«(Bruce) McArthur n’a pas avoué, a souligné le procureur de la Couronne, Craig Harper. C’est le travail diligent de la police qui a mené à la preuve ayant conduit à sa condamnation.»

L’avocat de Bruce McArthur a plaidé pour que son client puisse présenter une demande de libération conditionnelle dans 25 ans.

«Ne pas être admissible à une libération conditionnelle avant l’âge de 116 ans est exagérément sévère», a affirmé James Miglin.

À la fin de l’audience de mardi, le juge présidant l’affaire a demandé à Bruce McArthur s’il avait quelque chose à dire.

«Non, votre honneur, j’en ai discuté avec (mes avocats) et je ne veux rien dire», a-t-il indiqué.

Le juge John McMahon devrait prononcer la sentence vendredi.

Le tribunal a appris cette semaine que bon nombre des victimes du tueur étaient des immigrants d’origine sud-asiatique ou du Moyen-Orient. Certains de ces hommes ont dû vivre dans le secret en raison de leur orientation sexuelle et tous avaient des liens avec la communauté LGBTQ de la ville.

Un ami de Kirushna Kanagaratnam, assassiné en janvier 2016, a déclaré qu’ils étaient tous deux arrivés au pays à bord du MV Sun Sea après avoir fui le Sri Lanka en 2010. Ils avaient demandé l’asile au Canada, mais M. Kanagaratnam s’est vu refuser le statut de réfugié quelques mois avant sa disparition.

Bruce McArthur a été arrêté en janvier 2018 et d’abord inculpé des meurtres d’Andrew Kinsman et de Selim Esen.

Il a plus tard été accusé de six autres meurtres prémédités: ceux de Majeed Kayhan, Dean Lisowick, Soroush Mahmudi, Skandaraj Navaratnam, Abdulbasir Faizi et Kirushna Kanagaratnam. McArthur traquait ses victimes dans le quartier gai de la métropole canadienne.

Bruce McArthur est demeuré immobile dans son box, comme il l’a fait lundi lorsque le tribunal a appris comment il tuait, photographiait puis démembrait ses victimes entre 2010 et 2017. On savait déjà que le meurtrier démembrait ses victimes et disposait des restes dans de larges bacs à fleurs situés sur une propriété de Toronto, où il entreposait son matériel de paysagiste.

La femme de Soroush Mahmudi, Umme Fareena Mazook, a demandé à un procureur de lire sa déclaration alors qu’elle était en larmes.

Celle-ci avait signalé la disparition de son mari le 22 août 2015, mais c’est seulement deux ans et demi plus tard, le 25 janvier 2018, qu’elle a appris des policiers que son mari avait été assassiné par McArthur.

«La gravité de ma détresse émotionnelle a eu un impact majeur sur ma relation avec mon fils et mes amis, car ma santé émotionnelle et mentale a radicalement changé», a-t-elle écrit dans sa déclaration.

Mme Mazook a expliqué qu’elle avait dû quitter son emploi en raison du traumatisme psychologique subi après la disparition de son mari et qu’elle avait des difficultés financières.

Kareema Faizi a déclaré qu’elle aussi avait eu des problèmes après la disparition de son mari. Celui-ci avait été vu pour la dernière fois dans un bain public du village gai, le 29 décembre 2010.

Elle a confié au tribunal qu’elle doit travailler 18 heures par jour pour subvenir aux besoins de ses deux filles, qui étaient âgées de six et 10 ans au moment de la disparition de leur père.

«Mes filles souffrent terriblement en sachant ce qui est arrivé à leur père, a-t-elle écrit. Elles prétendent être fortes devant moi, mais quand elles sont seules dans leur chambre, elles prennent une photo de leur père avec elles. Je les entends pleurer constamment.

Richard Kikot a parlé de son ami Selim Esen, qui avait vécu dans la rue pendant un certain temps, mais qui avait pris certaines décisions pour améliorer sa santé mentale.

M. Esen s’était ainsi inscrit à un programme de formation par les pairs, où il en a appris davantage sur la pauvreté et l’itinérance.

«Selim me disait qu’il passait souvent la nuit dans les rues de la ville», a raconté M. Kikot. «Pas sans but, mais à dessein. C’était un romantique: il croyait au pouvoir de l’amour.» Selim Esen a été assassiné le 16 avril 2017.

La police de Toronto a été vertement critiquée pour son enquête dans ces affaires, certains lui reprochant d’avoir minimisé les craintes de la communauté LGBTQ concernant un tueur en série qui sévirait dans le quartier gai.