Manon Marchand et Raymond Bissonnette ont senti le besoin de faire connaître leur point de vue au public en écrivant une lettre ouverte. Une version anglaise de la lettre a aussi été distribuée.

Les parents d’Alexandre Bissonnette jugent la peine «très sévère»

Les parents d’Alexandre Bissonnette brisent le silence dans une lettre ouverte transmise aux médias pour dire leur déception devant la sévérité du jugement qui envoie leur fils en prison sans possibilité de libération conditionnelle avant 40 ans.

«Nous considérons qu’il s’agit d’une peine très sévère», écrivent Raymond Bissonnette et Manon Marchand, qui après quelques jours, ont senti le besoin de faire connaître leur point de vue au public. Une version anglaise de la lettre a aussi été distribuée, l’affaire ayant évidemment eu un retentissement à la grandeur du pays. 

Le couple rappelle qu’avant la loi permettant le cumul des délais d’admissibilité aux libérations conditionnelles, «les condamnés aux crimes graves pouvaient garder un mince espoir de faire une demande de libération conditionnelle après 25 ans... Cette lueur d’espoir leur permettait de continuer d’avoir envie de vivre et de se réhabiliter». 

À LIRE AUSSI: Procès Bissonnette: le juge estime qu’il n’y avait pas d’acte de terrorisme

L’ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau avait réussi de «justesse» à abolir la peine de mort au Canada en 1976, rappellent-ils. Ils plaident que depuis lors, le système canadien a «fait ses preuves», les statistiques montrant un «taux de récidive extrêmement bas». 

C'est «un pays [Canada] où les droits de la personne ont une importance primordiale et où l’espoir dans l’avenir est permis pour tous, même pour les personnes les plus honnies de la société comme les condamnés».

Les parents «regrettent qu’au lieu d’adopter une position plus nuancée, la Couronne a exigé le maximum des peines consécutives totalisant 150 ans. Il nous semble que cette position encourage un désir de vengeance», disent-ils.

Ni M. Bissonnette ni plus tard Mme Marchand n’ont souhaité préciser davantage leur pensée à ce sujet. Écrire cette lettre leur a déjà beaucoup demandé, ont-ils expliqué lorsque rejoints par Le Soleil. C’est le maximum qu’ils se sentent en mesure de faire pour le moment. 

M. Bissonnette a dit par ailleurs ignorer encore si l’avocat de leur fils portera le jugement en appel, bien que cela semble dans l’ordre des choses. 

Déception

On sent tout au long de la lettre la déception des parents, mais le ton est modéré et sans acrimonie. Un des paragraphes pourrait cependant provoquer des réactions. 

«Contrairement à d’autres pays, le Canada a choisi de s’ouvrir pour accueillir des personnes venues de partout dans le monde, leur offrant ainsi l’espoir d’une seconde chance dans la vie. Pourquoi vouloir nier le moindre espoir aux condamnés?» demandent les parents.

La communauté musulmane de la Grande Mosquée n’est pas visée dans le texte et ses membres n’ont évidemment tué personne, ce qui écarte toute comparaison.

Mais on peut lire entre les lignes. La communauté de la mosquée, dont la plupart des membres sont issus de l’immigration, a souhaité depuis le début un châtiment maximal. Ses porte-parole appuyaient la demande de la Couronne sur les 150 ans avant toute demande de libération conditionnelle, ce qui signifie jamais.

Au lendemain du jugement, le président du Centre culturel islamique de Québec, Mohamed Labidi, a dit croire que la peine était «trop clémente». «Ça pourrait encourager d’autres personnes à faire des tueries de masse dans la société», a-t-il dit.

D’un côté, la famille du condamné qui craint que le jugement inspire la vengeance. De l’autre, des proches des victimes qui craignent que ce même jugement pousse à d’autres tueries. Le fossé est grand. 

Les parents Bissonnette terminent leur lettre par un rappel que l’intimidation, tant physique que psychologique dont leur fils a été victime durant ses années scolaires a eu des «effets dévastateurs sur sa personnalité». 

«Si on veut réellement empêcher qu’une telle tragédie ne se reproduise, il nous semble que la solution n’est pas de chercher à enfermer quelqu’un à jamais, mais plutôt tenter de mieux comprendre et prévenir ce véritable problème de société qui continue à faire des jeunes victimes.»

+

LETTRE OUVERTE AUX MÉDIAS DE LA PART DES PARENTS D’ALEXANDRE BISSONNETTE

Alexandre a reçu une sentence de 40 ans sans possibilité de libération conditionnelle, la plus lourde peine jamais imposée au Québec depuis l’abolition de la peine de mort! 

Nous considérons qu’il s’agit d’une peine très sévère. En 1976, après des années de débats sur la question, l’honorable Pierre Elliott Trudeau a réussi, de justesse, à abolir la peine de mort au Canada. 

Un pays où les droits de la personne ont une importance primordiale et où l’espoir dans l’avenir est permis pour tous, même pour les personnes les plus honnies de la société comme les condamnés. 

Avant de permettre les peines consécutives, les condamnés aux crimes graves pouvaient garder un mince espoir de faire une demande de libération conditionnelle après 25 ans et d’être placé sous la surveillance de la Commission des libérations conditionnelles du Canada jusqu’à la fin de leurs jours. Cette lueur d’espoir leur permettait de continuer d’avoir envie de vivre et de se réhabiliter. Ce système a fait ses preuves, car selon les statistiques, la Canada à un taux de récidive extrêmement bas. 

Nous regrettons de constater qu’au lieu d’adopter une position plus nuancée, la Couronne a exigé le maximum des peines consécutives totalisant 150 ans. Il nous semble que cette position encourage un désir de vengeance, en plus d’éteindre tout espoir en exigeant une peine au-delà de l’espérance de vie d’une personne, contournant ainsi l’abolition de la peine de mort. 

Contrairement à d’autres pays, le Canada a choisi de s’ouvrir pour accueillir des personnes venues de partout dans le monde, leur offrant ainsi l’espoir d’une seconde chance dans la vie. Pourquoi vouloir nier le moindre espoir aux condamnés? 

L’intimidation, tant psychologique que physique, subie par Alexandre durant ses années scolaires a eu des effets dévastateurs sur sa personnalité. Si on veut réellement empêcher qu’une telle tragédie ne se reproduise, il nous semble que la solution n’est pas de chercher à enfermer quelqu’un à jamais, mais plutôt tenter de mieux comprendre et prévenir ce véritable problème de société qui continue à faire des jeunes victimes. 

Merci à tous ceux et celles qui ont ouvert leurs cœurs pour nous encourager avec leurs paroles, leurs messages et leur amitié, sans jamais porter de jugement. 

Nous tenons à vous dire que c’est grâce à vous si nous pouvons continuer.

Manon Marchand et Raymond Bissonnette