Washington souhaite que la dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, soit extradée aux États-Unis afin de faire face à des accusations de fraude liées à des contrats qu’elle aurait conclus avec l’Iran en violation des sanctions américaines décrétées contre Téhéran.

Les États-Unis accusés de montrer de l’hostilité face au géant chinois Huawei

Les États-Unis manifestent leur hostilité envers le géant chinois de la technologie Huawei en accusant l’une de ses têtes dirigeantes d’avoir évité de voyager au pays pour ne pas faire face à la justice américaine, a plaidé un avocat, lundi.

La Cour suprême de la Colombie-Britannique a appris lundi que la dirigeante Meng Wanzhou n’avait pas visité les États-Unis depuis mars 2017, mais l’avocat David Martin a rejeté la pertinence de telles informations lors d’une audience de remise en liberté sous caution.

Me Martin a fait valoir qu’il fallait être «complètement borné» pour ne pas comprendre que cette affaire était liée à la «position politique et juridique d’adversité» des États-Unis contre la Chine et l’une de ses entreprises principales.

Il a livré ce plaidoyer devant une salle d’audience bondée, au deuxième jour de l’audience de remise en liberté sous caution. Mme Meng était assise dans le box des accusés avec un interprète.

L’audience a été ajournée, tard lundi, et doit reprendre mardi.

Washington souhaite que la dirigeante de Huawei soit extradée aux États-Unis afin de faire face à des accusations de fraude liées à des contrats qu’elle aurait conclus avec l’Iran en violation des sanctions américaines décrétées contre Téhéran.

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Le juge William Ehrcke a déclaré lundi que Mme Meng demeurait détenue en vertu d’un mandat provisoire, ajoutant que les États-Unis avaient 60 jours pour présenter une demande d’extradition.

Me Martin a dit au juge Ehrcke que le mari de Mme Meng s’était engagé à verser un total de 15 millions $ - la valeur de deux maisons à Vancouver, plus un million $ en argent liquide - et de vivre avec elle pour s’assurer qu’elle se conforme aux conditions imposées par le tribunal si elle est libérée sous caution.

L’avocat a également proposé de permettre la surveillance de Mme Meng par d’anciens agents de police travaillant pour une entreprise de sécurité ou par le biais d’un bracelet à cheville.

Il a aussi suggéré que sa cliente puisse être supervisée par les deux sociétés, ce qui, selon lui, constituerait un arrangement sans précédent, indiquant que l’accusée paierait pour ces services.

Me Martin a ajouté que les preuves étayant les allégations des États-Unis contre sa cliente étaient «loin d’être accablantes».

«Si elle est extradée, elle contestera vigoureusement les accusations qui pèsent contre elle aux États-Unis afin de défendre sa bonne réputation», a-t-il assuré, ajoutant que toute tentative d’évasion de Mme Meng serait un embarras pour la Chine et sa famille.

«Elle n’embarrasserait jamais son père et l’énorme entreprise qu’elle a travaillé à construire avec son père.»

Huawei est le plus grand fournisseur mondial de matériel de réseau utilisé par les entreprises de téléphonie et de service internet. L’entreprise, fondée en 1987 par le père de Mme Meng, Ren Zhengfei, prévoit des ventes de plus de 102 milliards $ en 2018, et a déjà dépassé les ventes de téléphones intelligents d’Apple. Huawei compte plus de 170 000 employés et exerce ses activités dans plus de 170 pays.

Une surveillance jour et nuit

Un ancien policier de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), aujourd’hui à la tête d’une agence de sécurité privée, a raconté qu’il avait élaboré un plan visant à surveiller jour et nuit la directrice financière de l’entreprise chinoise, arrêtée par les autorités canadiennes le 1er décembre à l’aéroport de Vancouver, où elle devait prendre une correspondance.

L’ex-agent de la GRC Scot Filer a admis lundi matin que sa société n’avait jamais surveillé un citoyen en liberté sous caution. Mais il a soutenu que Mme Meng serait surveillée 24 heures par jour par d’ex-policiers et un chauffeur, qui pourraient même procéder à une «arrestation citoyenne» si jamais elle violait les conditions de sa libération sous caution.

M. Filer a expliqué que c’est l’avocat de Mme Meng qui l’avait contacté mercredi dernier pour élaborer un plan de surveillance. Il a déclaré au tribunal qu’il avait rencontré des membres de sa famille et qu’il s’était rendu chez elle à Vancouver. En vertu de ce plan élaboré par son agence de sécurité, les déplacements de Mme Meng seraient limités à Vancouver et aux municipalités environnantes, et elle serait surveillée à l’aide d’un réseau crypté dédié.

Deux sociétés distinctes?

Au premier jour de l’audience sur la mise en liberté sous caution, vendredi dernier, un procureur fédéral canadien a plaidé que Huawei avait utilisé sa filiale Skycom pour conclure des affaires avec des entreprises de télécommunications iraniennes de 2009 à 2014.

Selon John Gibb-Carsley, Mme Meng aurait prétendu, lors d’un entretien à la banque, que Huawei et Skycom étaient des sociétés distinctes, induisant en erreur le dirigeant de l’institution financière et l’exposant à un risque de préjudice financier et de responsabilité pénale.

Aucune de ces allégations n’a été prouvée devant les tribunaux.

Selon Me Martin, la présentation de Mme Meng à un dirigeant de la Banque HSBC en 2013 avait été préparée par de nombreux employés de Huawei. L’entreprise a vendu ses actions dans Skycom avant que les sanctions ne soient entrées en vigueur aux États-Unis sous le président Barack Obama en 2010, a soutenu l’avocat.

Me Martin a également souligné que Mme Meng était auparavant une résidente permanente de Vancouver et que ses enfants avaient fréquenté l’école dans cette ville - elle a donc des liens étroits avec cette communauté.