Durant l’«entrée subreptice» faite dans le garage du 308 de la 1re Rue, les policiers ont trouvé entre autres des bacs vides contaminés de poudre blanche, une balance, des gros sacs Ziploc contenant 1000 comprimés de métamphétamines, des bacs avec du cannabis, d’autres pleins de «champignons magiques».

Les dessous d’un «sneak»

Un entrepôt poussiérieux du Vieux-Limoilou. Au sol, des vieux pneus et des jantes usagées. Sur une trappe fatiguée, un cadenas tout neuf brille. Les policiers savent qu’ils viennent de trouver l’entrée de la cache de stupéfiants.

Le 14 juillet 2016, après plusieurs mois d’enquête et d’observation, les policiers de l’escouade régionale mixte (ERM) font une première «entrée subreptice» dans le garage du 308 de la 1re Rue. Ils appellent cette opération un sneak

Les policiers sont convaincus qu’ils vont trouver une cache de drogue du réseau contrôlé par Jonathan Rochette, 32 ans, qui subit présentement son procès devant jury pour trafic de stupéfiants et infractions au profit d’une organisation criminelle.

Le but du sneak? Prendre des photos des lieux, prélever des échantillons de drogue et repartir le plus vite possible. Et surtout, sans éveiller les soupçons des trafiquants.

La porte n’est pas barrée; les policiers entrent facilement. Ils se butent toutefois rapidement au fameux cadenas neuf.

Les policiers devront revenir une semaine plus tard avec les outils pour déverrouiller le cadenas. Ils ouvrent la trappe et descendent un vieil escalier en bois.

Le policier maintenant retraité Robin Bouchard a participé à l’entrée subreptice. Il décrit pour les jurés ce qu’il a vu; des bacs vides contaminés de poudre blanche, une balance, des gros sacs Ziploc contenant 1000 comprimés de métamphétamines, des bacs avec du cannabis, d’autres pleins de «champignons magiques». Des crayons marqueurs, un carnet pour noter les quantités.

Les policiers prennent des dizaines de photos. Après avoir enfilé leurs gants, ils prélèvent des échantillons qu’ils enverront au laboratoire. Les scientifiques auront la tâche d’analyser les substances.

Les livreurs

Samuel* dit avoir été un runner de Jonathan Rochette de janvier à mai 2016. Une ordonnance de non-publication protège son identité.

Il a été arrêté lui aussi lors du démantèlement du réseau. Samuel n’a signé aucun contrat pour témoigner pour la poursuite. Il ne peut qu’espérer que sa collaboration jouera à titre de facteur atténuant dans l’imposition de sa peine.

Technicien en informatique, Samuel cherchait à faire plus d’argent pour éponger les dettes du quotidien qui s’accumulaient. 

Il a fait appel à Antoine Lévesque, coaccusé de Rochette, qui, pensait-il, pourrait lui trouver un emploi dans une compagnie de déneigement. Ou l’intégrer dans des activités illicites, explique Samuel.

Le jeune homme devient donc livreur. On l’équipe d’un téléphone BlackBerry pour recevoir des messages cryptés. Il doit entrer un mot de passe pour ouvrir le téléphone et pour lire chaque message.

Après sa journée dans la compagnie d’informatique, Samuel se rend à une cache du réseau, souvent celle sur la rue Bardy. Le logement est presque vide; un frigo, une table, une télévision. Et dans un garde-robe, des boîtes contenant des stupéfiants.

Samuel attend un message de «Flo», le surnom de Jonathan Rochette, selon lui. Il saura alors quelle commande préparer et à qui les livrer.

Gaga veut du Honda (métamphétamines). Chummy a besoin de purette (cocaïne pure). Un autre veut du wax, du cannabis concentré. 

Samuel se rappelle que lorsque Antoine Lévesque lui écrivait, c’était sous le nom de Monsieur Météo.

Selon Samuel, le réseau vendait plusieurs sortes de métamphétamines, de la kétamine, du GHB, du haschich, entre autres. «C’était la plupart du temps des grosses quantités», explique Samuel aux jurés. Lorsqu’il s’est fait arrêter, il avait 45 000 pilules sur lui.

Quand les commandes sont prêtes, Samuel les place dans des sacs recyclables et va charger sa voiture. Après chaque livraison, il texte une confirmation à Flo, témoigne-t-il.

Parfois, il va collecter des «papiers», l’argent dû par les clients, et remet le tout à Flo dans un étui à crayon, affirme-t-il.

Samuel dit avoir reçu 350 $ par jour de travail.

Pascal* aussi a travaillé comme livreur, mais seulement durant deux semaines. Il a déjà plaidé coupable et était en attente de la décision d’un juge sur sa peine au moment de son témoignage.

Il dit qu’il ne connaissait aucun des noms des dirigeants du réseau, seulement leurs surnoms. «À la fin de la run, il me textait : “Viens me rejoindre chez moi” et j’allais chez Jonathan Rochette», a expliqué Pascal.

Il a gagné 4000 $ durant son «contrat», une somme qu’il a dépensée en voyages, nourriture, jeux vidéos et cannabis.

* Prénoms fictifs

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LE DÉMÉNAGEMENT

Le 7 mai 2016, l’enquêteur Mario Pelletier du Service de police de la Ville de Québec — aujourd’hui retraité — lui aussi membre de l’escouade régionale mixte, agit en soutien opérationnel à une opération de filature. Il est back-up fil, dans le jargon policier. C’est une belle journée claire, pas trop froide, se souvient-il.

À ses côtés, son collègue l’enquêteur Stéphane Levasseur regarde sur sa tablette les images de la caméra de surveillance du 3185, rue Loyola, une autre cache de drogue du réseau, selon la poursuite.

Soudain, les enquêteurs aperçoivent sur les images un homme en train de sortir des gros bacs de plastique du logement. Pour la poursuite, les policiers assistent alors au déménagement d’une cache.

Un véhicule de location U-Haul est stationné devant l’adresse, les portes ouvertes à l’arrière. L’homme revient, accompagné d’une femme.

Les policiers feuillettent leurs cahiers sur les «personnes d’intérêt» pour l’enquête et identifient Antoine Lévesque et sa copine, aussi coaccusée. L’homme place les bacs et des boîtes de carton. Le couple grimpe à bord du camion. Ils se mettent en route. 

Les policiers les suivent discrètement. Le camion U-Haul va s’arrêter devant un conteneur à déchets du chemin Royal et l’homme jette des boîtes de carton. Les policiers vont les récupérer peu de temps après et les amener dans un local sécurisé au quartier général de la Sûreté du Québec, en attendant d’en faire l’inventaire.