L'émeute survenue au Pénitencier de la Saskatchewan en 2016 a fait un mort et a rendu une grande partie de l'établissement inhabitable.

L’enquêteur correctionnel invite le système carcéral à plus de transparence

L’organisme indépendant qui surveille le système carcéral au pays accuse le Service correctionnel du Canada de dissimuler des renseignements — et d’induire la population en erreur — au sujet d’une émeute meurtrière survenue en 2016 au Pénitencier de la Saskatchewan.

L’enquêteur correctionnel, Ivan Zinger, affirme dans son rapport annuel, publié mardi, qu’à la lumière de ses conclusions, le Service correctionnel ne devrait pas mener lui-même l’enquête dans les cas d’émeute, de décès ou de suicide en isolement cellulaire, ou de décès à la suite d’une intervention.

L’émeute, qui a impliqué 185 détenus, a fait un mort et huit blessés; une grande partie de l’établissement fédéral a aussi été rendue inhabitable. Le bureau de l’enquêteur correctionnel estime que le rapport interne de l’agence fédérale sur cette émeute «soulève des doutes».

Le rapport du comité d’enquête interne du Service correctionnel du Canada avait conclu à «un événement survenu de façon aléatoire, spontanée, imprévisible et imprévue», note M. Zinger. Or, l’examen des événements par son bureau a révélé que les éléments déclencheurs immédiats de l’émeute semblent plutôt «être liés à des demandes auxquelles on n’a pas répondu au sujet de l’insatisfaction des détenus relativement à la nourriture (...) ou au mauvais traitement présumé des employés de cuisine».

Le comité d’enquête interne avait conclu que l’émeute n’avait «aucun lien» avec la quantité de nourriture ou la qualité des repas, rappelle M. Zinger dans son rapport annuel. «L’explication que donne le comité, selon lequel il s’agissait d’un événement aléatoire, est très improbable, superficielle et biaisée», estime l’enquêteur correctionnel, qui s’interroge sur la manière dont le service s’examine lui-même et rend compte des incidents graves et des décès.

M. Zinger ajoute ainsi que le compte rendu public de l’émeute par le Service correctionnel du Canada ne reflétait même pas les conclusions de sa propre enquête interne.

«Presque chaque fois qu’on lui présentait de l’information ou des éléments de preuve qui contredisaient ou n’étaient pas conformes à son explication théorique portant sur les événements aléatoires, le comité choisissait d’ignorer, de rejeter ou de réduire leur importance», conclut l’enquêteur correctionnel.

«L’explication du comité selon laquelle l’émeute n’était pas planifiée, qu’elle était aléatoire et spontanée et qu’elle n’était pas liée à la nourriture est biaisée et non crédible.»