Le père de famille de Saint-Joseph-de-Beauce, tortionnaire et colérique, a terrorisé, battu et violé à répétition ses enfants et sa femme pendant presque deux décennies.

Le «tyran de la Beauce» coupable 47 fois

Luc* vient de voir son père condamné pour presque deux décennies de sévices infligés à sa mère et à ses huit frères et sœur. Ce verdict n’est pas une revanche. C’est un hommage à sa maman, morte trop jeune après trop de douleurs

Le procès du «tyran de la Beauce» l’automne dernier avait obligé les enfants victimes, aujourd’hui âgés dans la trentaine et dans la jeune quarantaine, à décrire l’horreur.

Le juge René de la Sablonnière de la Cour du Québec a délibérément choisi de ne pas lire l’intégralité de son jugement de 104 pages, ciblant certains crimes. Pas parce que chaque crime n’est pas important, a-t-il pris soin de souligner. Mais parce que le magistrat ne voulait pas évoquer, à nouveau et pendant des heures, les pires souvenirs des enfants assis devant lui dans la salle d’audience.

Vrai que le récit, campé dans deux villages de la Beauce et en Montérégie, donne des frissons, même si on ne relate que les grandes lignes.

Un fils battu à coups de bûche parce qu’il ne cordait pas le bois assez vite. Ou frappé avec un bidon pour avoir renversé du lait. Deux fils séquestrés pendant des heures dans un garage glacial pour chercher des outils. Des enfants menacés avec une tronçonneuse en marche. Des filles qui, la nuit, doivent subir les assauts de leur père dans leur lit. Des enfants âgés de 2 à 15 ans, alignés dans le salon, et menacés avec une arme à feu pour garantir leur silence. Et une mère, frappée presque à chaque jour, projetée contre les murs, prise à la gorge et même violée devant ses enfants.

À son procès, le père va tenter de se défendre en disant qu’il était colérique, incapable de communiquer. Il admettra certains gestes moins graves tout en niant les plus dévastateurs.

En plus de persécuter sa famille, le père s’en est pris à une petite gardienne âgée de 15 ans, qu’il a forcée à avoir des relations sexuelles complètes, et à deux jeunes femmes de son entourage, qu’il a aussi agressées sexuellement.

Au final, le père tortionnaire et colérique, aujourd’hui âgé de 63 ans, est déclaré coupable de 47 des 62 accusations. Il a été acquitté sur 15 chefs d'accusation. D’un ton acerbe, le juge a insisté sur le caractère manipulateur et dominateur de l’accusé, autant durant les crimes que pendant le procès.

Vérité et sincérité des victimes

Les enfants, qui ont écouté le jugement en versant des larmes silencieuses, étaient heureux d’entendre le mot «coupable» répété autant de fois. Mais ils étaient tout aussi soulagés lorsque le juge leur a dit qu’il les croyait et a souligné la vérité et la sincérité de leurs propos. 

«Nous, ce qu’on sait depuis toujours, ce qui est caché depuis 20 ans, d’autres gens vont nous croire, souligne Luc. C’est un juge qui l’a dit, ce n’est pas n’importe qui.»

Comme chaque fois qu’il se présente à la cour, Luc pense à sa mère, morte à seulement 50 ans, «beaucoup à cause de lui», estime-t-il. Terrorisée à l’idée que le père tue un des enfants, la mère n’a jamais dénoncé les sévices. Aujourd’hui, elle serait très soulagée, dit Luc. «Elle a enterré ça de peur de voir ses enfants mourir, mais aujourd’hui, ses enfants vivent plus que jamais. On a survécu à sa tyrannie!»

Les représentations sur la peine auront lieu un peu plus tard ce printemps. Le procureur de la Couronne Me Nicolas Champoux entend réclamer une longe peine de prison pour l’homme, détenu depuis l’équivalent de 43 mois.

* Nom fictif