La juge Marie-Josée Bédard, de la Cour supérieure, a eu à se prononcer sur cette délicate affaire de droit familial, en juin dernier.

Le tribunal interpelle une grand-mère intrusive

Il a fallu l’intervention d’un tribunal pour qu’une grand-mère «fusionnelle» mette un terme, une bonne fois pour toutes, à son comportement insistant auprès de sa propre fille, qui lui refuse l’accès à son petit-fils.

La juge Marie-Josée Bédard, de la Cour supérieure, a eu à se prononcer sur cette délicate affaire de droit familial, en juin dernier.

C’est dans le cadre d’une relation qualifiée de «toxique» par le tribunal que la grand-mère a demandé d’avoir un accès à son petit-fils en bas âge.

Sa fille, la mère de l’enfant, a refusé, faisant valoir ses propres craintes face à sa mère, qu’elle décrit elle-même comme étant envahissante et intrusive à l’excès.

Les versions de la femme dans la trentaine et de sa mère sont diamétralement opposées. La juge Bédard a cependant retenu celle de la fille.

«La défenderesse décrit sa mère comme étant surprotectrice, omniprésente et contrôlante. Elle s’est toujours sentie constamment surveillée et contrôlée par sa mère, résume la magistrate. Elle affirme que sa mère s’immisçait et s’ingérait dans toutes les sphères de sa vie et dans les décisions qu’elle prenait.»

Plus jeune, celle qui est aujourd’hui grand-mère fréquentait régulièrement les amies de sa propre fille, comme si elle était elle-même leur amie.

La grand-mère affirme aujourd’hui être dans son bon droit d’avoir une relation avec son petit-fils.

Dans ce cas précis, la juge a rappelé que les tribunaux ont la tâche de veiller au bien-être des enfants avant toute chose.

«L’intensité ou les ramifications du conflit sont telles que d’exposer le petit-enfant à ce conflit comporte un risque qui n’est pas dans son intérêt et constitue un motif grave», lit-on dans la décision écrite.

Deux exemples, contredits par la grand-mère, ont frappé l’esprit de la juge.

«[La mère] a rapporté une conversation qu’elle a eue avec une collègue de classe alors qu’elle avait 19 ans [...]. Sa collègue lui a demandé pourquoi elle ne coupait pas ses cheveux qui étaient très longs et sa réponse spontanée fut de lui dire que sa mère ne voulait pas.»

«[La mère] a relaté un événement survenu alors qu’elle avait 15 ans et qui a été un des déclencheurs importants de ses réactions à l’endroit de sa mère. Elle affirme avoir surpris celle-ci en train d’avoir une relation intime avec son ancien petit ami.

«La demanderesse aurait entretenu une relation amoureuse avec cette personne pendant un certain temps. Pour la défenderesse, cet événement constitue un moment charnière dans la détérioration de sa relation avec sa mère.»

Cette affirmation a été niée par la grand-mère, lors de son témoignage.

La mère de l’enfant, qui a dû travailler sur sa personne pour s’affranchir de sa propre mère, s’est plainte de voir cette dernière s’inviter chez elle sans invitation, malgré les conflits permanents, quoique parsemés de courts instants de bonne entente.

La grand-mère est allée jusqu’à téléphoner à la psychologue de sa fille pour la discréditer.

La magistrate a dit comprendre pourquoi la jeune mère a voulu couper les ponts avec la grand-mère.

Elle a convenu qu’il n’était «pas dans l’intérêt de l’enfant qu’il développe une relation avec sa grand-mère maternelle».