Le révérend et fondateur de l’Église Inter-Foi de North Hatley, Jean-François Labrie, a été reconnu coupable de 9 chefs d’accusation concernant son exercice illégal de la médecine.

Le révérend Labrie coupable d’exercice illégal de la médecine

Le révérend de North Hatley Jean-François Labrie a été reconnu coupable de 9 des 21 chefs dont l’accusait le Collège des médecins du Québec en lien avec ses pratiques de guérison, vendredi au palais de justice de Sherbrooke.

Le juge Érick Vanchestein a rendu un long verdict expliquant ce qui l’amenait à déclarer M. Labrie coupable d’avoir diagnostiqué des maladies sur des personnes et d’avoir déterminé des traitements médicaux. Le juge de la Cour du Québec a cependant acquitté le guérisseur de ses accusations d’avoir prétendu être autorisé à exercer la médecine et a demandé l’arrêt des procédures des chefs de prescription de traitements, qui selon le Tribunal, apportaient une certaine redondance avec les chefs dont il a été reconnu coupable. 

« Ni crédible ni vraisemblable » sont les termes utilisés par le juge pour décrire le témoignage de M. Labrie, qui a visiblement échoué à faire valoir la dimension spirituelle de ses soins et à décrédibiliser les témoins entendus en salle de cour. 

La défense avait notamment attaqué la fiabilité des propos rapportés par le conjoint d’une patiente décédée du cancer, qui avait affirmé s’être fait « extirper des masses » et avoir vu celles-ci hors de son corps. 

Il avait également tenté de faire rejeter l’extrait de l’émission La facture apporté en preuve, soutenant qu’il ne reconnaissait ni sa voix, ni les propos transcrits. 

Le Tribunal a ainsi décidé de ne pas retenir les propos de l’accusé, qualifiant ceux-ci de « flous » et d’« ambigus » et constatant que le révérend se « distancie et se déresponsabilise » de tout ce qui est matériellement lié à l’Église Inter-Foi en affirmant ignorer les revenus précis de cette dernière, alors qu’il en est pourtant le fondateur. 

Les accusations du guérisseur, qui voyait entre 80 et 130 personnes par semaine dans son bureau en leur suggérant un don volontaire d’environ 80 $, concernaient précisément trois patients, dont une enquêtrice privée envoyée en 2015 par l’enquêteur au dossier, Jean-Louis Granger. 

Aujourd’hui à la retraite mais présent au jugement pour représenter le Collège, M. Granger raconte que c’est à la lumière d’informations du public qu’il a tenté à plusieurs reprises d’envoyer un faux patient au bureau de Labrie. « Il était très méfiant, ça a pris plusieurs essais », se souvient-il.

L’enquêteur avoue qu’il avait espéré plus, mais il se dit très heureux de la décision. Pour lui, ce jugement demeure un message important.

« Si les gens vont voir ce genre de thérapeutes et qu’ils ne vont pas voir un professionnel de la santé, leur situation peut s’empirer », prévient M. Granger. « Il faut faire attention, dit-il. Il faut vérifier la crédibilité de ces gens-là, si ce sont des professionnels de la santé. Pour traiter quelqu’un, il faut faire un diagnostic, et pour faire un diagnostic, ça prend de bons outils ainsi qu’un professionnel. » 

Ce qui représente une problématique dans les pratiques de Labrie, pour M. Granger, c’est que le révérend s’attirait la confiance de ses patients en prétendant être en mesure de les traiter.

« Quand les gens se présentaient au bureau de M. Labrie, ils partageaient avec lui leurs problèmes de santé. Il leur demandait de se coucher horizontalement et il appliquait ses mains sur leur ventre ou leur bas-ventre. Il disait pouvoir les guérir de cette façon-là. Il laissait croire aux gens qu’il pouvait les traiter et leur disait qu’ils étaient guéris. C’est de la supercherie », dit M. Granger. 

Labrie retournera en cour le 4 octobre prochain pour connaître le montant des amendes qui lui seront imposées, seul type de peine prévue pour ce type d’accusations.

+ FAITS

Jean-François Labrie était accusé de 21 chef d’accusation relatifs à des événements qui se sont produits entre le 28 novembre 2011 et le 15 septembre 2015. Ceux-ci lui reprochaient 4 types d’actes, soit d’avoir : agi de manière à donner lieu de croire qu’il était autorisé à exercer la médecine, diagnostiqué des maladies sur une personne, déterminé le traitement médical et prescrit des traitements. 

Ministre du culte pour l’Église Inter-Foi, qu’il a fondée en 2010, il prétend n’avoir jamais exercé la médecine, mais plutôt d’avoir procédé à des rites spirituels. Son rituel serait essentiellement le même, et impliquerait une manipulation des mains, du coton, de l’huile, de l’eau bénite et de la terre. 

Au lendemain de la diffusion de l’émission La facture en 2015, qui dénonçait les pratiques de Labrie, deux témoins ont contacté l’enquêteur chargé du dossier pour porter plainte.  

Le procès de Labrie a débuté le 23 octobre 2017 et plusieurs jugements interlocutoires ont été rendus en lien avec des questions d’admissibilité des preuves et de requêtes. 

Une fois que le Collège des médecins a clos sa preuve, Jean-François Labrie a demandé l’arrêt des procédures parce qu’il affirmait être tenu au secret sacramentel, il ne pouvait donc selon lui offrir une défense pleine et entière. Cette demande a été rejetée par le Tribunal en novembre 2017. 

Labrie et son avocat ont décidé de porter immédiatement ce jugement en appel. Ni la Cour d’appel du Québec ni la Cour suprême du Canada n’ont autorisé l’appel. 

Le procès, auquel plusieurs fidèles du révérend ont assisté, n’a pu reprendre qu’en juin 2019.

« Les médecins adorent penser qu’ils ont le monopole de la guérison »

L’avocat du révérend guérisseur Jean-François Labrie n’a pas voulu se prononcer tout de suite sur ses intentions d’un possible appel sur la décision de culpabilité rendue par le juge sur 9 des 21 chefs d’accusation, mais il assure être en désaccord avec la manière dont la crédibilité de son client a été remise en question.

« La totalité des prémisses du juge est basée sur une seule chose : l’absence de crédibilité présumée de mon client. [...] À mon avis, il n’y a pas lieu de parler d’une absence de crédibilité de l’ampleur de celle décrite par le juge dans sa décision. Je respecte le juge, et sa décision, mais je n’ai aucune obligation d’être d’accord », commente Me Brunet.  

« Je ne suis pas satisfait du jugement, mais je suis satisfait d’une partie du jugement. On est partis de 21 chefs et on doit maintenant en évaluer 9 », poursuit celui qui se penchera sur les chefs restant après avoir bien pris connaissance du volumineux document contenant la décision. 

« C’est la moindre des choses à faire à ce stade-ci. [...] Par contre, la difficulté, c’est que la Cour d’appel est toujours résistante à se prononcer sur des décisions qui sont basées sur la crédibilité. Ce n’est pas par hasard que la crédibilité apparaît aussi évidente dans la décision du juge. » 

L’acquittement des charges d’avoir prétendu être autorisé à pratiquer la médecine était pour lui évident. « Il n’y a aucune preuve », dit Me Brunet. Il maintient cependant qu’il n’y a pas non plus eu d’exercice illégal de la médecine, puisqu’il prétend que « c’est les gens qui sont arrivés avec leur diagnostic » et que, selon lui et son client, le traitement n’en serait pas un. « Simplement des gestes posés dans le cadre d’une spiritualité exercée par M. Labrie », précise l’avocat. 

« Monopole de la guérison »

Pour Me Brunet, ce n’est qu’une question de temps avant que les pratiques du même type que celles de son client soient encadrées par un ordre. « Il n’y aura plus d’accusations comme ça d’ici peu », assure-t-il. 

« Les médecins adorent penser qu’ils ont le monopole de la guérison et de la santé, et ils ne l’ont pas. J’en ai défendu beaucoup de gens. J’en ai, des témoignages de gens incroyables qui avaient atteint la fin de ce que la médecine pouvait leur apporter, et c’est ce qui s’est produit ensuite qui leur a apporté [davantage] », lance-t-il fermement.   

« Les acuponcteurs ont eu une décision qui est tranchante, donne-t-il en exemple. Ça va aboutir à la formation d’un ordre professionnel. Ça a été le cas de beaucoup d’autres activités. »

L’avocat de Jean-François Labrie, Me Robert Brunet.