Le directeur de la Sûreté du Québec Martin Prud’homme a été suspendu le temps qu’une enquête criminelle le concernant soit complétée.

Le directeur général de la SQ Martin Prud’homme relevé de ses fonctions

Martin Prud’homme, grand patron de la Sûreté du Québec (SQ) au dossier vierge, est visé par une allégation d’infraction criminelle. Il a été relevé temporairement de ses fonctions par le gouvernement du Québec mercredi, le temps que la lumière soit faite.

«C’est, bien sûr, une situation qui est délicate, qui est complexe. Alors, la décision a été prise. On veut surtout, à tout prix, éviter de nuire à l’enquête», a brièvement commenté la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault, lors de l’annonce mercredi, qui a pris tout le monde par surprise.

Mme Guilbault croit que ce retrait rapide aura pour effet de «rassurer la population» et de «préserver la confiance du public» en l’institution qu’est la Sûreté du Québec. C’est Mario Bouchard, directeur général adjoint à la SQ, qui assurera l’intérim à la direction générale à la SQ. 

Pour le moment, M. Prud’homme n’a pas été arrêté et il n’est pas accusé de quoi que ce soit. Toutefois, la procédure habituelle entourant les emplois supérieurs au gouvernement veut que M. Prud’homme soit relevé provisoirement de son poste, tout en conservant son salaire. 

La ministre Guilbault n’a pas voulu s’avancer sur la nature de ce qui est reproché à M. Prud’homme et sur la gravité du geste qui aurait été commis. Elle confirme toutefois que la dénonciation a été faite en conformité avec la Loi sur la police.

L’article 286 de cette loi stipule que le directeur d’un corps policier doit informer la ministre de la Sécurité publique de toute allégation relative à une infraction criminelle commise par un policier, «à moins qu’il ne considère, après avoir consulté le directeur des poursuites criminelles et pénales, que l’allégation est frivole ou sans fondement».

L’enquête sur M. Prud’homme a été confiée au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), un organisme gouvernemental dont la mission est d’enquêter sur les policiers de façon impartiale et objective. M. Prud’homme a d’ailleurs lui-même contribué à créer le BEI lorsqu’il occupait la fonction de sous-ministre.

La députée libérale Christine St-Pierre a salué la décision du gouvernement de retirer temporairement M. Prud’homme de son poste, se disant très préoccupée par cette affaire. «Il est essentiel que le public puisse avoir des réponses rapidement.» Le député solidaire Alexandre Leduc souhaite aussi y voir clair rapidement, alors que «les questions sont nombreuses et sont légitimes». 

Lien avec des fuites

Si la ministre Guilbault est demeurée prudente, des informations ont circulé mercredi selon lesquelles l’allégation contre M. Prud’homme aurait un lien avec les fuites sur les enquêtes menées par l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

Alors qu’elle venait d’être nommée ministre en octobre dernier, Geneviève Guilbault a donné le mandat au BEI d’enquêter sur l’ensemble des fuites à l’UPAC et sur ce qui a mené à l’arrestation du député indépendant Guy Ouellette, en octobre 2017. 

Une équipe spéciale de sept enquêteurs a été formée à ce moment-là et une «muraille de Chine» a été érigée entre cette équipe et le reste des enquêteurs du BEI.  

Rappelons que M. Ouellette, que l’UPAC soupçonnait être à l’origine de fuites, n’a jamais été accusé. Le mandat de perquisition ayant permis aux policiers de fouiller son domicile a toutefois révélé que le député et Martin Prud’homme se parlaient sur une base régulière. Les deux hommes se connaissent depuis 1992. Ils ont travaillé ensemble à la Sûreté du Québec et ont conservé des liens d’amitié au fil du temps. 

Il n’a pas été possible mercredi de parler au député Guy Ouellette pour obtenir sa réaction.

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QUI EST MARTIN PRUD'HOMME ?

- Policier âgé de 50 ans, qui a gravi un à un les échelons à la Sûreté du Québec

- A été sous-ministre adjoint et sous-ministre à la Sécurité publique, de 2009 à 2014

- Est directeur général de la SQ depuis 2014

- À la demande du gouvernement, il est allé remettre de l’ordre en 2017-2018 au Service de police de Montréal, alors miné par des guerres de clans et des lacunes de gestion

- Gendre de Robert Lafrenière, l’ex-commissaire de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) (Il a démissionné le 1er octobre 2018)

Mario Bouchard, directeur général adjoint à la SQ, assurera l’intérim de la direction générale à compter de mercredi.