Le coroner se prononce sur une mort accidentelle à la Résidence La Gappe

Une coroner recommande à la Résidence La Gappe de « mieux définir et encadrer » les gestes que peuvent accomplir seuls les gens qui y demeurent après le décès d’un homme s'étant gravement brûlé en remplissant son briquet.

Dans un rapport signé au printemps dernier dont Le Droit a obtenu copie, la coroner Pascale Boulay se penche sur les circonstances ayant mené au « décès accidentel » d’un sexagénaire demeurant à la Résidence La Gappe (phase II). Il y occupait une place de ressource intermédiaire, ce qui signifie qu’il recevait des soins subventionnés par le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais.

Paralysé du côté gauche en raison d’une hémiplégie, l’homme présentait aussi des signes de Parkinson. En mars 2017, un préposé aux bénéficiaires a entendu des cris provenant de la chambre du sexagénaire, qui venait prendre feu en allumant une cigarette après avoir renversé sur lui le liquide servant à remplir son briquet.

« Il constate que ce dernier est enflammé sur son fauteuil roulant ; il lui vient immédiatement en aide en tentant d’éteindre les flammes avec de l’eau », relate Me Boulay dans son rapport.

Transporté à l’Hôpital de Gatineau, l’homme est brûlé aux deuxième et troisième degrés sur 40 % de son corps. Les proches ont refusé un transfert vers un centre spécialisé « car le traitement serait trop douloureux ». Des soins de confort lui sont alors offerts. Il a rendu l’âme le soir même.

Une enquête policière a permis de déterminer que le défunt était « responsable de la gestion de son briquet et de ses cigarettes ».

« L’examen du briquet […] par les policiers révèle qu’il est fonctionnel, mais vide et que pour le remplir, la manœuvre nécessite une certaine dextérité et un minimum de contrôle de ses mains, poursuit la coroner. La preuve recueillie démontre que [l’homme] ne peut probablement pas exercer cette tâche d’une manière prudente. »

Me Boulay souligne que le cadre de référence du ministère de la Santé pour les ressources intermédiaires prévoit une « offre de services visant à assurer le confort et la sécurité de l’usager », de même que de l’assistance « dans les activités de la vie courante ».

« Je trouve préoccupant […] qu’un homme avec d’aussi grandes limites physiques gère seul son briquet et ses cigarettes », écrit la coroner.

Elle recommande ainsi à la Résidence La Gappe « de mieux définir et encadrer le type d’actions pour lesquelles les bénéficiaires-résidents peuvent être autonomes », le tout en se basant sur le cadre de référence ministériel.