Le commissaire intérimaire de la Police provinciale de l'Ontario, Brad Blair, estime que le processus de recrutement «reste entouré de questions d’ingérence politique» et devrait faire l’objet d’un examen impartial.

Le commissaire intérimaire de la PPO demande une enquête sur le nouveau commissaire

TORONTO — Le commissaire intérimaire de la Police provinciale de l’Ontario (PPO) demande à l’ombudsman de la province d’enquêter sur la nomination d’un ami de la famille du premier ministre Doug Ford à la tête de l’organisation.

Brad Blair, qui dirige la force depuis novembre, a déposé mardi une demande officielle «sur fond de préoccupations croissantes d’ingérence politique» dans le processus d’embauche du surintendant de la police de Toronto, Ron Taverner.

Dans une lettre envoyée à l’ombudsman Paul Dube, M. Blair affirme que le processus de recrutement a durement frappé le moral des officiers.

M. Blair explique vouloir répondre à la crainte de partialité à l’égard du processus et aux dommages potentiels causés à la réputation de la Police provinciale de l’Ontario.

M. Taverner, qui a 72 ans et commande actuellement trois divisions au sein du service de police de Toronto, a été nommé prochain commissaire de la Police provinciale de l’Ontario la semaine dernière et doit commencer son nouvel emploi lundi.

Quelques jours après sa nomination, le gouvernement Ford a admis qu’il avait abaissé les exigences pour que le poste puisse attirer un plus grand nombre de candidats.

Dans la lettre de M. Blair, il est écrit que le poste original de commissaire exigeait que les candidats aient un grade de chef de police adjoint ou supérieur, ou de commissaire adjoint ou supérieur, dans un service de police important - un seuil que M. Taverner n’a pas atteint.

M. Blair dit que des 27 candidats, seulement quatre ne remplissaient pas les critères initiaux.

«Les agents de la Police provinciale de l’Ontario ont partagé avec moi leurs préoccupations concernant l’iniquité du processus et leur sentiment que l’indépendance de la Police provinciale de l’Ontario est maintenant remise en question», lit-on dans sa lettre.

Le gouvernement Ford a affirmé la semaine dernière que M. Taverner avait été nommé en fonction de ses mérites. M. Ford lui-même a également souligné à plusieurs reprises que sa longue relation avec M. Taverner n’était pas un facteur dans la décision.

Mais M. Blair estime que le processus de recrutement «reste entouré de questions d’ingérence politique» et devrait faire l’objet d’un examen impartial.

«J’ai l’obligation morale et légale de veiller à ce que la PPO reste indépendante, écrit-il. Confier ce nouveau commandement sans régler ce problème entraînera un dysfonctionnement du service et compromettra le commandement.»

M. Blair, qui était également en lice pour le poste, suggère de reporter l’entrée en fonction de M. Taverner en tant que commissaire jusqu’à ce qu’un examen puisse être achevé.

Les dirigeants de l’opposition ont aussi demandé une enquête sur le processus de recrutement, ainsi que le groupe de défense des droits Democracy Watch.

M. Blair a également fait part de ses préoccupations concernant la relation entre le bureau du premier ministre et la Police provinciale de l’Ontario. Il allègue que M. Ford a demandé «un service de sécurité spécifique, doté d’officiers spécifiques», et qu’il a déclaré au commissaire de l’époque, Vince Hawkes, que s’il ne pouvait pas répondre à la demande, «un nouveau commissaire le ferait peut-être».

M. Blair écrit que la demande a été remplie plus tard.

Il allègue aussi que le chef de cabinet de M. Ford a demandé à la Police provinciale de l’Ontario d’acheter un «véhicule de type camping-car plus grand» et de le faire modifier selon les spécifications du bureau du premier ministre.

M. Blair dit que le chef de cabinet a ensuite fourni les spécifications et les coûts via un document d’une société à un sergent non identifié de la Police provinciale de l’Ontario et a demandé que les coûts associés au véhicule «ne soient pas inscrits dans les livres».

Le bureau du premier ministre n’était pas immédiatement disponible pour commenter mardi.

Une porte-parole de l’ombudsman de l’Ontario a déclaré qu’elle ne pouvait ni confirmer ni commenter si le bureau avait reçu une plainte spécifique.