Suzanne Raymond-Maxwell et son défunt mari Marc-André Maxwell

Le CISSSO poursuivi pour 1,8 million$

La famille de Marc-André Maxwell, cet homme dont le décès par asphyxie à l’Hôpital de Gatineau a été jugé «évitable» par une coroner, vient d’intenter une poursuite de 1,8 million$ contre le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) et deux de ses médecins spécialistes.

La vie de M. Maxwell – que tous ses proches appelaient simplement Marc – s’est arrêtée abruptement en décembre 2015, lorsqu’il s’est asphyxié avec ses propres sécrétions malgré la présence d’un préposé devant assurer sa surveillance en tout temps. Il avait alors les poignets et les chevilles attachés à son lit de l’Hôpital de Gatineau, où il séjournait en raison d’un sevrage alcoolique sévère. L’arrêt cardiorespiratoire qui a suivi aura été fatal.

La poursuite déposée la semaine dernière vise le CISSSO ainsi que deux spécialistes en médecine interne, le Dr Ron Starra et le Dr Mario Dallaire.

La veuve de M. Maxwell, Suzanne Raymond-Maxwell, et les deux fils du couple, Jason et Jesse, leur réclament 1,8 million$ pour les douleurs et souffrances vécues, mais aussi à titre de dommages non pécuniaires, de perte de soutien financier et de perte salariale.

Le document de la poursuite souligne que les demandeurs «sont grandement affectés par le décès de M. Maxwell et ont la conviction [qu’il] serait toujours vivant si les défendeurs n’avaient pas fait preuve de négligence à son endroit».

Le chagrin de Mme Maxwell est qualifié d’«incommensurable d’autant plus que le décès […] fût soudain, prématuré et traumatisant».

La poursuite, pilotée par le cabinet spécialisé en droit médical Ménard, Martin Avocats, soutient que les deux médecins visés n’ont «pas évalué, traité et investigué de manière conforme aux règles de l’art la condition de M. Maxwell [...], contrairement à ce qu’aurait fait un médecin prudent et diligent placé dans les mêmes circonstances».

Il est également allégué dans la poursuite que le personnel infirmier et les préposés aux bénéficiaires «n’ont pas surveillé de manière conforme aux règles de l’art la fonction respiratoire, les signes vitaux et la détérioration graduelle de la saturation d’oxygène» de M. Maxwell.

Le résident de Cantley s’est éteint le 30 décembre 2015, à l’âge de 50 ans, après que ses proches eurent consenti au don de ses organes. «En raison des fautes commises par les défendeurs», M. Maxwell «a souffert tant physiquement que psychologiquement», soutient la poursuite.

«Je m’en veux d’avoir confié la vie de mon mari à l’Hôpital de Gatineau, écrivait Mme Raymond-Maxwell dans sa plainte formulée auprès du CISSSO. [...] Peu importe ce que je dis ou ce que je fais, rien ni personne ne pourra me ramener mon mari, mon meilleur ami, l’amour de ma vie.»

Le rapport de la coroner Pascale Boulay sur la mort de M. Maxwell – un document qui ne peut être utilisé dans le cadre de la poursuite civile – avait été accablant. Me Boulay, qui considère que ce décès était «évitable», avait affirmé en entrevue que l’homme était «passé à travers tous les maillons du filet». La coroner avait notamment souligné que les signes vitaux du quinquagénaire n’avaient pas été vérifiés assez souvent et que la surveillance constante avait fait défaut.

Le grand patron du CISSSO, Jean Hébert, avait réagi à ce dossier en affirmant que son organisation avait «failli à la tâche».

Le CISSSO avait aussi indiqué avoir mis en place un plan d’action pour répondre aux recommandations de la coroner, mais aussi à celles formulées dans ce dossier par le commissaire aux plaintes et le médecin examinateur de l’organisation.

«IL EST TOUJOURS DANS NOS PENSÉES»

« Ils pourraient me donner 50 millions $, ça ne changerait pas le fait qu’il n’y a rien qui va me ramener mon mari. Et c’est juste lui que je veux. »

Plus de deux ans après le départ soudain de son mari Marc, Suzanne Raymond-Maxwell vit encore  avec un mélange de colère et de tristesse qui rend le deuil pénible.

« C’est difficile, laisse-t-elle tomber en entrevue avec Le Droit. Je ne fais pas mon deuil normalement, parce que je veux tellement défendre Marc. Il aurait été jusqu’au bout pour moi, alors c’est ce que je fais pour lui. […] C’est dur, parce qu’il est toujours dans nos pensées. » Même si rien ne pourra ramener M. Maxwell à la vie, ses proches souhaitent que la poursuite de 1,8 million $ qu’ils viennent d’intenter contre le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) et deux de ses médecins permette de prouver, devant le tribunal, les fautes alléguées dans leur requête. Mais au-delà du montant réclamé, Mme Raymond-Maxwell aimerait aussi connaître les détails des mesures mises en place par le CISSSO à la suite des recommandations formulées par le commissaire aux plaintes, le médecin examinateur et la coroner ayant analysé le dossier.

« Je suis fâchée, parce qu’il n’y a rien de concret qui arrive pour me prouver que ce qui est arrivé à Marc n’arrivera plus jamais, déplore-t-elle. Il serait encore ici s’il n’y avait pas eu toutes ces erreurs-là. »