La Sûreté du Québec mène une enquête entourant l'écrasement d'un hélicoptère à Saint-Joachim-de-Courval, près de Drummondville.

«Le choc a été assez brutal»

Saint-Joachim-de-Courval — Plusieurs éléments entourant l’écrasement d’un hélicoptère dans un champ de Saint-Joachim-de-Courval demeurent inconnus, quelque 36 heures après les événements. Mais le drame qui a coûté la vie à trois personnes et plongé leurs familles dans la tristesse a aussi secoué les premières personnes qui se sont rendues sur les lieux, jeudi soir.

Jean-Claude Mailhot, sa fille Janie Mailhot et Nathalie Desrosiers avaient quitté la région de la Beauce et étaient en direction de la région de Lanaudière, où M. Mailhot dirigeait une entreprise oeuvrant dans le génie civil. Ce dernier pilotait l’appareil lorsqu’il s’est écrasé sur les terres agricoles de la famille Descôteaux, à environ un kilomètre du rang Saint-Jean-Baptiste.

Guy Descôteaux s’est rendu sur les lieux de l’accident. Il avait été avisé par son oncle Marc de la présence de flammes au loin. Ce dernier avait aussi repéré une odeur de brûlé lorsqu’il est sorti vers 20 h 30 pour aller jeter un coup d’oeil à ses bêtes.

«Je voyais les flammes de chez moi. Je suis allé avec ma motoneige. Je m’attendais à voir une motoneige ou un quatre roues volé auquel on avait mis le feu. Mais quand je suis arrivé, j’ai constaté que c’était un hélicoptère. Le choc a été assez brutal», raconte Guy Descôteaux, qui a eu du mal à dormir en raison des images de la scène qui lui revenaient sans cesse à l’esprit.

L’appareil était en morceaux et ce qui restait de la carcasse était en flammes. Guy Descôteaux n’a pas osé trop s’approcher de l’hélicoptère par crainte d’une explosion. Il n’a perçu aucun signe de vie de la part des trois adultes, un constat qui l’a ébranlé.

«J’ai fermé le moteur de ma motoneige pour écouter (un son provenant des occupants). J’ai crié: «Il y a quelqu’un? Il y a quelqu’un?» On le sait que des gens étaient dedans... Sur le coup, je n’arrivais pas à me servir de mon téléphone. Et je sais comment il marche!», raconte Guy Descôteaux, à qui des pompiers ont confié que l’intervention avait été éprouvante, humainement parlant.

Guy Descôteaux a retrouvé rapidement ses esprits. Il a téléphoné à la police et a appelé son père en renfort.

«Il m’a appelé pour faire un chemin pour les secouristes. J’ai fait un chemin dans le champ, avec le tracteur. C’est un champ avec des labours, ce n’était pas évident. Ça a pris un peu de temps. Pendant ce temps-là, mon fils amenait les policiers en motoneige sur les lieux de l’accident», ajoute Claude Descôteaux, le père de Guy.

Selon Claude Descôteaux, l’hélicoptère a vraisemblablement piqué du nez. «C’est comme si ça a descendu en ligne droite, témoigne ce dernier. Il reste le bout de la queue.»

Jean-Claude Mailhot était à la tête de l’entreprise Lanauco de Saint-Alexis-de-Montcalm, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Joliette. 

M. Mailhot était un homme impliqué dans son milieu, ayant notamment participé à des campagnes de financement pour le diocèse de Joliette.

Guy Descôteaux et son père, Claude Descôteaux.

La SQ et le BST enquêtent

La Sûreté du Québec et le Bureau de la sécurité des Transports du Canada ont été dépêchés à Saint-Joachim-de-Courval afin d’amorcer une enquête concernant cet écrasement d’hélicoptère. L’emplacement de l’accident a compliqué la tâche de la vingtaine d’intervenants, mais il est acquis que cet accident n’est pas de nature criminelle.

«Cette thèse est écartée par nos enquêteurs, selon nos premières informations», confirme le sergent Hugo Fournier, porte-parole de la Sûreté du Québec.

«On va commencer à recueillir l’information météorologique, l’information sur le pilote, sur l’appareil, voir si on peut trouver des traces sur radar», a expliqué l’enquêteur du BST Pierre Gavillet en point de presse près des lieux de l’accident, vendredi.

L’appareil, un Robinson R44 appartenant à une compagnie privée, a été incendié, mais les enquêteurs du BST n’étaient pas en mesure au stade préliminaire de l’enquête de déterminer si l’incendie s’était déclaré avant l’écrasement ou au moment de l’impact.

«Il est trop tôt pour le déterminer. S’il y a eu un incendie avant, on va probablement avoir des indices à cet effet», a indiqué Jimmy Cancino, l’expert en aviation civile au BST.

Les enquêteurs ont documenté le site de l’accident, à la recherche notamment de pièces et de marques dans la neige dans l’espoir d’établir la trajectoire de vol avant l’impact.

Les rapports météo du secteur font état de bourrasques de neige et de vents atteignant 60 kilomètres à l’heure au moment de l’impact. Pierre Gavillet a cependant précisé qu’il est «peu fréquent que les vents causent la perte de contrôle» d’un hélicoptère, mais que la visibilité pourrait avoir été problématique.

L’une des informations qu’il cherche à recueillir sur le pilote vise à déterminer s’il avait une formation pour le vol de nuit et son niveau d’expérience dans ces conditions.

Les enquêteurs ne savaient pas encore au moment de rencontrer la presse si l’appareil était muni d’un enregistreur de vol, communément appelé «boîte noire», ce qui serait peu fréquent pour ces hélicoptères, mais il était équipé d’une balise de détresse.

L’expertise de la scène d’accident a été terminée vendredi en fin d’après-midi par les enquêteurs de la SQ et ceux du BST. Les pièces de l’hélicoptère seront soumises à une inspection.

Le défi est de déplacer des pièces dans un environnement difficile: les lieux sont éloignés de la route et le secteur est fortement enneigé. Il faudra utiliser de la machinerie pour réaliser cette étape qui pourrait se poursuivre jusqu’à samedi. 

Avec La Presse canadienne