Khaled Fahran, qui a tué et dépecé sa conjointe Karina Janveau, obtiendra sa libération conditionnelle.

Le «Boucher de Gatineau» est devenu une femme presque libre

Un meurtrier qui a tué et dépecé sa conjointe, en 1999, à Gatineau, est de retour dans la société en tant que femme. Khaled Farhan, qu’on surnommait à l’époque le « Boucher de Gatineau », se prénomme aujourd’hui Zahra Farhan. La femme transgenre, devenue par ailleurs malvoyante pendant son séjour au pénitencier, a reçu l’aval de la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC), le 20 février dernier.

C’était au tournant du siècle. Le 30 juillet 1999, Khaled Farhan, 27 ans, tuait, par excès de jalousie, sa conjointe de 24 ans, Karina Janveau, dans leur appartement du chemin de la Savane, à Gatineau.

Pris de panique devant le corps inerte de la jeune femme, le conjoint violent a découpé le cadavre en petits morceaux pour les disperser en deux endroits.

L’homme originaire du Koweït s’était exprimé dans les médias sur la disparition de sa conjointe, demandant de l’aide du public pour la retrouver.

Mais il cachait un terrible secret. Khaled Farhan avait tué la pauvre femme, dont le corps est resté dans le sous-sol de l’endroit pendant quelques jours, jusqu’à ce qu’une odeur insoutenable soit décelée par des voisins.

Karina Janveau

C’est alors que le tueur a dépecé le corps avec un couteau de cuisine, dans la baignoire, pour mieux s’en débarrasser.

Le concierge de leur immeuble a découvert des parties du corps de la victime dans un conteneur à déchets, quatre jours après le meurtre.

Le lendemain, des employés du CN ont trouvé les autres morceaux du cadavre dans un sac en bordure de la voie ferrée longeant le boulevard Maloney.

Khaled Farhan a été arrêté le 5 août 1999 pour le meurtre sans préméditation de Karina Janveau. Un jury l’a déclaré coupable en mai 2000, et le juge Jean-Pierre Plouffe lui a imposé la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 13 ans.

Prison pour femmes

Lors de son séjour en prison, Khaled est devenu Zahra. La Commission des libérations conditionnelles précise dans son rapport que la détenue a tenu son audition depuis une prison pour femmes.

« Pendant votre incarcération dans un établissement pour hommes, lit-on, vous avez dit que vous avez été exploité par un autre détenu qui était votre amoureux, et que vous aviez envoyé des lettres et autres objets en son nom. »

Un psychiatre a conclu, au terme d’une série de consultations, que Zahra Farhan souffrait de dysphorie de genre.

La CLCC exige que Zahra Farhan rapporte toute relation, amoureuse ou passagère, dans sa vie en société. « Pendant votre séjour en détention, vous avez été facilement manipulée par d’autres contrevenants, ce qui démontre la nécessité de rapporter vos nouvelles relations. » Mme Farhan dit ne pas vouloir s’impliquer dans une quelconque relation, et affirme vouloir demeurer célibataire.

En 2016, la détenue Farhan a entamé des séances auprès de membres de la communauté transgenre. Les problèmes d’exploitation à la prison ont cessé, une fois la détenue placée dans un établissement pour femmes.

Chien guide

Pour une raison médicale qui n’a pas été spécifiée dans le rapport des libérations conditionnelles, Zahra Farhan est devenue malvoyante pendant sa détention. Bien qu’on ignore quand et comment cela est arrivé, on sait que la femme a demandé à avoir accès à un chien-guide.

La femme a aussi demandé de « vivre paisiblement et tranquillement » dans une résidence communautaire, ajoutant qu’elle voulait s’impliquer auprès de groupes pour non-voyants et transgenres. Le lieu de cette résidence ce communautaire a été caviardé dans le rapport de la CLCC.

Par ailleurs, la CLCC souligne les progrès, et l’implication de la détenue dans sa propre rémission, qui obtient de l’aide auprès des ressources communautaires, sociales et médicales.

« En conclusion, peut-on lire, la Commission est d’avis que (Mme Khaled) ne présente pas de risque indu pour la société (et que) la libération contribuera à la protection de la société, en facilitant (sa) réintégration dans la société en tant que citoyen respectueux des lois. La Commission accorde donc la semi-liberté à six mois. »

+

Un drame doublé d’une autre tragédie

Ce drame estival de 1999 a été doublé d’une autre tragédie difficile à nommer. Une des policières qui avait surveillé la scène du crime, incluant des parties du corps démembré de Karina Janveau, était sa demi-soeur, qui ignorait alors l’identité de la victime.

La sergente Guylaine Larose, de la police de Gatineau, a fait partie des premiers agents à se rendre sur la scène du chemin de la Savane, où le concierge d’un immeuble avait découvert un cadavre mutilé et démembré.

La sergente Larose a su deux jours plus tard qu’il s’agissait du corps de Karina Janveau, sa demi-soeur.

La policière a assisté au procès du meurtrier, Khaled Farhan.

« C’était la chose la plus horrible que j’avais vue de toute ma vie », a-t-elle raconté au Droit, après la condamnation de Khaled Farhan, en 2000.

La sergente avait même interpellé un jeune homme d’origine koweïtienne qui habitait l’immeuble à logements, pendant l’enquête. Sans le savoir, elle s’adressait au meurtrier, qui cachait toujours son crime.

La policière ignorait alors que cet homme était le nouvel ami de coeur de sa demi-soeur. « Je savais qu’elle venait de déménager sur le chemin de la Savane, mais je pensais qu’elle habitait à l’autre extrémité de la rue », avait mentionné la policière.

Guylaine Larose s’est enlevé la vie avec son arme de service, en septembre 2002.