Selim Esen, Soroush Mahmudi, Dean Lisowick and Abdulbasir Faizi, Skandaraj Navaratnam, Andrew Kinsman, Kirushna Kanagaratnam et Majeed Kayhan sont les victimes de Bruce McArthur

L’audience de détermination de la peine de Bruce McArthur s’est amorcée lundi

TORONTO - L’audience de détermination de la peine du tueur en série qui a terrorisé le village gai de Toronto s’est ouverte lundi, révélant plusieurs détails inédits sur les meurtres commis par Bruce McArthur.

Le procureur Michael Cantlon a prévenu les gens présents dans la salle d’audience que les faits exposés au tribunal seraient horribles et pourraient même donner la nausée, une semaine après que l’homme âgé de 67 ans eut plaidé coupable à huit chefs de meurtre au premier degré.

Le paysagiste indépendant a admis avoir agressé sexuellement plusieurs de ses victimes avant de les assassiner; certains de ces hommes portaient aussi des traces de ligature.

«M. McArthur a tué des gens à répétition par strangulation en utilisant de la corde», a indiqué Me Cantlon. «L’implication de M. McArthur avec chaque victime ne s’est pas terminée après chaque meurtre. Après leur mort, M. McArthur faisait poser les victimes avant de les photographier.»

Les policiers avaient arrêté McArthur en janvier 2018 et l’avaient alors accusé des meurtres de Selim Esen et Andrew Kinsman. Ils l’avaient plus tard accusé des meurtres de Majeed Kayhan, Dean Lisowick, Soroush Mahmudi, Skandaraj Navaratnam, Abdulbasir Faizi et Kirushna Kanagaratnam. Tous ces hommes avaient été portés disparus dans le quartier gai de Toronto entre 2010 et 2017.

«Pendant des années, les membres de la communauté LGBTQ ont cru être la cible d’un tueur», a déclaré M. Cantlon au tribunal, lundi matin. «Ils avaient raison.»

Plusieurs proches des victimes ont versé des larmes, tandis que l’avocat a détaillé chacun des meurtres.

«La plupart des défunts avaient des traits rendant la victimisation plus probable ou plus difficile à détecter», a-t-il relevé. «Certains ont été forcés de vivre certaines parties de leur vie dans la clandestinité en raison de leur orientation (sexuelle). Certains n’avaient pas de logement stable.»

McArthur a exploité ces vulnérabilités, a-t-il fait valoir.

Plusieurs victimes avaient rencontré ou communiqué avec McArthur via des applications de rencontres, a-t-il affirmé, et la plupart s’étaient rendues à son domicile pour y avoir des relations sexuelles.

Un lieu fréquent des meurtres était la chambre à coucher de M. McArthur, a affirmé Me Cantlon.

Et il a gardé une grande banque de photographies de chacune de ses victimes - avant et après leur mort - qu’il continuait de consulter. De nombreuses images montraient des hommes nus sans vie ou inconscients, enveloppés dans le même manteau de fourrure, certains avec un cigare dans la bouche.

Après avoir pris ces photos, McArthur démembrait ses victimes et plantait leurs membres dans un ravin derrière son domicile ou dans des jardinières autour d’une résidence du centre-ville de Toronto, où il entreposerait son équipement d’aménagement paysager.

La cour a également entendu qu’un homme a été retrouvé menotté au lit de McArthur avec un sac sur la tête lorsque la police, qui surveillait en permanence le tueur, s’est précipitée dans la maison pour procéder à son arrestation.

McArthur a admis avoir agressé sexuellement et confiné de force un grand nombre de ses victimes avant de les assassiner, a rapporté Me Cantlon.

La police a retrouvé les biens de certaines victimes dans l’appartement de McArthur, notamment un bracelet, des bijoux et un carnet de notes. Les enquêteurs ont également trouvé dans la chambre de McArthur un sac de sport contenant du ruban adhésif, un gant chirurgical, une corde, des attaches autobloquantes en plastique et des seringues, et ils ont retracé l’ADN de plusieurs victimes à l’intérieur de sa camionnette.

Toujours selon le procureur, la disparition d’Andrew Kinsman a permis une importance avancée dans l’enquête.

Les enquêteurs ont mis la main sur le calendrier du disparu, où l’on pouvait lire l’entrée «Bruce» datée du 26 juin 2017 - le jour de sa disparition. Ils ont également trouvé des images de surveillance montrant le disparu en train d’embarquer dans une Dodge Caravan rouge. Ils ne pouvaient pas toutefois distinguer la plaque d’immatriculation de la camionnette ou les traits de son conducteur.

Un employé d’un concessionnaire a indiqué à la police qu’il s’agissait d’une Dodge Caravan de 2004 et le ministère ontarien des Transports leur a fourni une liste de 6181 véhicules rouges de cette marque fabriqués entre 2003 et 2006.

L’enquêteur responsable du dossier avait ensuite cherché le nom Bruce dans la liste de propriétaires de véhicules et était revenu avec cinq résultats concordants. Un seul avait déjà eu affaire avec la police: Bruce McArthur.

Ce dernier avait été arrêté en 2016 pour voie de fait après qu’il eut étranglé un homme à l’arrière de sa fourgonnette. L’homme avait réussi à s’échapper et aucune accusation n’avait été portée contre lui. La police l’avait également interrogé en tant que témoin plusieurs années plus tôt au sujet des disparitions de trois des victimes.

Me Cantlon a soutenu qu’il a exprimé certains regrets en renonçant à son droit à une audience préliminaire et en plaidant coupable aux accusations. Rien n’indiquerait que McArthur ait fait d’autres victimes.