Jean-Claude Rochefort, interviewé par Radio-Canada il y a dix ans

L’admirateur du tueur de Polytechnique remis en liberté

MONTRÉAL — C’est un véritable bâillon informatique et physique que le juge Serge Delisle, de la Cour du Québec, a imposé à Jean-Claude Rochefort avant de remettre cet admirateur du tueur de Polytchnique en liberté.

L’homme de 70 ans est accusé d’avoir fomenté la haine contre les femmes, une infraction passible d’un maximum de deux ans d’emprisonnement.

Il s’est ainsi vu obligé de débrancher sa demeure d’Internet dans les 24 heures et il lui est dorénavant interdit d’avoir ou de se procurer tout appareil donnant accès au cyberespace. Il a aussi l’obligation de donner accès à sa résidence en tout temps entre 7 h et 22 h aux policiers pour qu’ils puissent s’assurer du respect de cette condition.

Il lui est également interdit de se connecter au Web dans tout endroit public ou privé.

Sur le plan physique, il lui est interdit de communiquer avec toute personne entretenant des idées antiféministes, de participer à toute réunion, manifestation ou tout rassemblement antiféministe, de prendre la parole en public pour promouvoir l’idéologie antiféministe ou de publier par quelque moyen que ce soit des écrits antiféministes.

Publications à venir

Jean-Claude Rochefort a toutefois tenté d’expliquer qu’il avait des textes « préprogrammés » pour une diffusion sur le Web en février. « C’est indépendant de ma volonté », a-t-il cherché à faire valoir.

Le juge Delisle n’a toutefois rien voulu entendre : « Vous allez devoir prendre les mesures pour empêcher que ces textes-là soient publiés. S’il y a un de ces textes-là qui est publié, M. Rochefort va être en contravention de l’ordonnance », a-t-il averti l’avocat qui représentait l’accusé, Me Patrick Boulet.

Me Boulet, qui agissait pour le compte de l’avocat de Rochefort, Me Marc-Olivier Carrier, a contesté cette affirmation, répliquant que la préprogrammation avait été faite avant l’émission de ces conditions, mais le juge l’a clairement averti qu’il s’aventurait sur une pente glissante : « Vous le plaiderez. Je vous souhaite bonne chance », a dit le magistrat.

Puis, il s’est de nouveau tourné vers l’accusé avec ce message ne laissant place à aucune interprétation : « M. Rochefort, je vous ordonne d’empêcher la publication des textes préprogrammés. Faites ce qui doit être fait, que ce soit par la fermeture du blogue, par je ne sais pas quelle méthode – vous semblez beaucoup plus familier que moi – c’est à vous de prendre les mesures. Je vous interdis de publier quelque texte que ce soit, préprogrammé ou non. Est-ce que c’est assez clair ? »

Libération contestée

La Couronne s’opposait à sa remise en liberté en invoquant deux critères, soit le risque de récidive, donc la protection du public, ainsi que le risque de miner la confiance du public envers la justice advenant une remise en liberté.

Le juge Delisle reconnaît que Jean-Claude Rochefort admet être l’auteur des propos qu’on lui reproche et que ceux-ci sont violents. S’il prévoit un débat sur la liberté d’expression de l’accusé, il estime que « la probabilité que la preuve soit faite qu’il fomente la haine (...) envers les femmes est quand même forte ». Il conclut qu’il « existe une possibilité que le prévenu récidive s’il est remis en liberté, (mais) non une probabilité marquée », qui serait le critère pour refuser sa demande selon la loi.

Quant à la confiance du public, le magistrat reconnaît que « fomenter la haine envers les femmes (...) est sérieux et totalement inacceptable dans la société libre dans laquelle nous avons la chance de vivre ». Cependant, malgré « les réactions enflammées et passionnées » que suscitent ces propos, « un public raisonnablement informé de notre droit pénal » conclurait qu’il convient de le remettre en liberté avec des conditions strictes, d’autant plus que de le garder en prison risquerait de lui faire subir de manière préventive une peine plus longue que celle qu’il risque d’encourir s’il est trouvé coupable.

« Prisonnier politique et d’opinion »

Jeudi dernier, Jean-Claude Rochefort s’était présenté comme un « prisonnier politique et d’opinion » lors de son enquête sur le cautionnement.

Le septuagénaire, qui n’en était pas à ses premiers démêlés avec la justice pour les mêmes raisons, avait reconnu être l’auteur des propos antiféministes violents publiés sur le Web sous un pseudonyme.

Il avait été appréhendé par les policiers le 5 décembre, soit la veille des commémorations du 30e anniversaire de la tuerie de l’école Polytechnique au cours de laquelle 14 jeunes femmes avaient été froidement assassinées en 1989, lors d’un attentat antiféministe.

Il avait été arrêté pour exactement les mêmes raisons il y a dix ans.