Les paramédics de l’Outaouais rabroués par un juge.

Lacunes dans une intervention des paramédics

La Coopérative des paramédics de l’Outaouais (CPO) doit verser 8500$ à une patiente ayant fait l’objet d’une intervention se situant «à l’extérieur des paramètres acceptables et raisonnables» alors qu’elle était aux prises avec de sévères saignements de nez.

Dans une décision rendue à la fin avril, le juge Steve Guénard de la Cour du Québec se penche sur une réclamation de 15 000$ faite devant la division des petites créances par une sexagénaire ayant eu recours aux services de la CPO en avril 2014.

La dame avait composé le 911 alors qu’elle vivait depuis près de deux heures «un épisode sévère d’épistaxis, soit un saignement nasal très important».

Infirmière de profession, la dame reprochait diverses choses aux deux techniciens paramédicaux – un homme et une femme – qui se sont présentés chez elle et a affirmé vivre un «petit stress post-traumatique» depuis les événements.

La patiente a raconté devant le tribunal qu’un caillot s’est formé dans sa gorge alors qu’elle était en position semi-assise sur la civière, avant le départ vers l’hôpital. Incapable de parler pour alerter les techniciens ambulanciers, elle «croit qu’elle va suffoquer». Une fois le dossier de la civière relevé, elle réussit à faire sortir le caillot.

La dame a soulevé des lacunes comme l’omission d’indiquer ses allergies aux médicaments dans le rapport des paramédics. Elle reprochait aussi au technicien son manque d’empathie.

Deux avis d’experts en soins ambulanciers ont été présentés au tribunal, qui a statué que «plusieurs fautes» ont été commises.

«L’intervention des ambulanciers s’est retrouvée [...] à l’extérieur des paramètres acceptables et raisonnables», a écrit le juge Guénard.

Ce dernier a notamment statué que le fait d’installer la dame en position semi-assise – plutôt qu’avec le dossier à 90 degrés – représente «une violation flagrante du protocole applicable».

Le magistrat écrit aussi que le ton employé par le technicien était «totalement inacceptable».

«Le rapport d’intervention préhospitalière est à la fois très peu détaillé – quant aux éléments importants – et très détaillé lorsque vient le temps de qualifier [la patiente] de personne ‘très désagréable’», note aussi le juge.

Le tribunal a donc conclu que la responsabilité de la CPO «est donc clairement engagée».

Tout en reconnaissant que cet incident a représenté «un important stresseur» pour la patiente, le tribunal devait statuer sur le dédommagement à accorder.

«La précision du scalpel doit parfois laisser place à une appréciation plus globale de la preuve soumise lorsqu’il est question de dommages d’une nature plus psychologique», écrit le magistrat, qui a établi «qu’une somme de 8500$ représente une valeur raisonnable, proportionnelle et appropriée».

Le directeur général de la CPO, Paul Levesque, a indiqué que cette décision ne sera pas contestée, en ajoutant que depuis son arrivée en poste l’automne dernier, une nouvelle structure a été mise en place pour assurer «la qualité du service à la population et la formation [des] paramédics».

«L’intervention qui a été faite en 2014 n’est pas acceptable, il s’agit toutefois d’un cas isolé qui impliquait deux paramédics qui ne travaillent plus pour notre coopérative depuis déjà plusieurs années, a réagi M. Levesque. Je suis absolument convaincu, et nos chiffres le démontrent, que la quasi-totalité des interventions des paramédics se passe très bien.»