À 14 ans, celui qu'on a surnommé «l'enfant martyr de Kanata» a raconté au tribunal comment il voyait sa vie d'hier, d'aujourd'hui et de demain.

La vie après l'enfer

Prendre une douche chaude lui rappelle les douches froides que son père violent lui imposait comme punition. C'est dans ces mêmes moments d'intimité qu'il revoit ses brûlures au corps et ses marques de menottes aux poignets, infligées par son père il y a trois ans. Lorsque des connaissances lui demandent d'où viennent ces cicatrices, il dit: «c'est une vieille histoire», et change de sujet. À 14 ans, celui qu'on a surnommé «l'enfant martyr de Kanata» a raconté au tribunal comment il voyait sa vie d'hier, d'aujourd'hui et de demain.
Fils d'un père brutal qui l'a maintenu dans un état de famine pendant six mois en 2012 et 2013, l'adolescent dit aujourd'hui se porter mieux.
Dans une vidéo présentée mardi dans le cadre du procès de sa mère adoptive et complice de son père, l'adolescent raconte ce qu'il est devenu.
En février 2013, la région d'Ottawa était sous le choc. La police venait d'arrêter un homme, un imposant policier de la Gendarmerie royale du Canada, et sa conjointe. 
Les deux attendent aujourd'hui leurs sentences.
Perdu confiance
«Aujourd'hui, je vais mieux, dit l'ado, dont l'identité est protégée par une ordonnance de non-publication. Mais des choses me rappellent toujours le passé, comme les marques sur mon corps. Quand on me demande ce que c'est, je dis que c'est une longue histoire (...) J'essaie de changer de sujet.»
Il s'ennuie de ses frères, de qui il a été coupé lors de son séjour d'enfer avec son père. «Je m'ennuie d'eux.»
L'adolescent a perdu confiance envers les gens plus imposants que lui. Il n'aime pas que les autres touchent à «ses affaires», de peur de se les faire voler.
Il tente de se refaire une vie, entre autres, en prenant soin de son neveu, enfant de sa soeur du côté maternel, «un bébé souriant» qui le ramène à la beauté de l'existence. «C'est ma vie, maintenant. Il me rend heureux... Le sourire dans son visage!»
S'il a des enfants, un jour, l'adolescent jure de ne pas lui faire subir quelque violence que ce soit. «Jamais je ne vais faire ça. Je pense que j'ai été très blessé. Mais d'autres me montrent à être une bonne personne.»
La tante de la victime - la soeur de la défunte mère biologique - a aussi livré un vibrant témoignage, à la barre des témoins.
Elle a parlé des difficiles images mentales - décrites lors du procès - de l'enfant gisant au sous-sol pendant que le reste de la famille mangeait à l'étage supérieur.
L'enfant a été confié au père après le décès de la mère biologique, malgré l'opposition de la famille maternelle, qui entrevoyait la violence du père.