« Pour nous, les discours de Mohamed ben Salmane sont vraiment de la poudre aux yeux. Nous nous réjouissons que les femmes aient le droit de conduire, mais on s’entend que ce n’est pas le principal problème des femmes en Arabie saoudite », déplore Mireille Elchacar, responsable de la coordination Arabie saoudite et pays du golfe pour Amnistie internationale Canada francophone.

La soeur de Raif Badawi arrêtée en Arabie saoudite

La sœur du blogueur Raif Badawi, Samar Badawi, a été arrêtée cette semaine en Arabie saoudite. Elle n’a pas été la seule victime de la rafle policière alors qu’une autre militante pour les droits humains, Nassima al-Sada, a aussi été arrêtée.

Selon Amnistie internationale, Mme Badawi a été ciblée à plusieurs reprises par le gouvernement saoudien pour son travail en tant que militante pour les droits de la personne.

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Elle avait déjà été arrêtée en 2016 pour avoir utilisé le compte Twitter de son ex-mari, Waleed Abu al-Khair, et elle avait été soumise à une interdiction de voyager en 2014. 

« C’est vraiment préoccupant ! », lance Mireille Elchacar, responsable de la coordination Arabie saoudite et pays du golfe pour Amnistie internationale Canada francophone. « Le prince héritier Mohammed ben Salmane dit qu’il veut moderniser l’Arabie saoudite, mais des militants des droits humains se font arrêter. Pour nous, il semble que ce soit un mouvement pour étouffer la dissidence des personnes qui essaient de parler pour les droits civils et politiques. »

En 2016, Mme Badawi avait été emprisonnée pendant une journée. « C’est pour lui montrer qu’elle est surveillée. Elle n’a pas le droit de parler à des médias non plus. »

Nassima al-Sada, pour sa part, est bien connue, notamment parce qu’elle s’était présentée aux élections municipales. « Elle avait rempli tous les formulaires, mais on lui avait mis les bâtons dans les roues en disant que son dossier n’était pas recevable. Comme par hasard, c’est elle et Samar qui sont arrêtées. Pour nous, il est évident qu’elles sont arrêtées pour leurs activités militantes. »

« C’est hypocrite »

Amnistie internationale cherche maintenant à confirmer le plus d’information possible. « Il est certain que nous souhaitons poser des actions pour la libération de Samar. Le gouvernement saoudien ne peut pas dire d’un côté qu’il veut réformer l’Arabie et de l’autre emprisonner des gens comme ça. C’est hypocrite. 

« Il y a quelques semaines ou quelques mois, il y a eu une vague d’arrestation de 16 ou 17 personnes. Dans tous les cas, ce sont des gens qui essayaient de parler des droits humains. Pour nous, les discours de Mohamed ben Salmane sont vraiment de la poudre aux yeux. Nous nous réjouissons que les femmes aient le droit de conduire, mais on s’entend que ce n’est pas le principal problème des femmes en Arabie saoudite. Il y a encore beaucoup de réformes qui doivent avoir lieu. »

Mireille Elchacar et Ensaf Haidar, épouse de Raif Badawi

Trois des femmes emprisonnées militaient pour le droit de conduire et avaient pris le volant quelques jours avant que l’interdiction soit levée. Elles seraient toujours emprisonnées aujourd’hui. 

« Les réformes entreprises jusqu’à maintenant ont vraiment un lien avec les réformes économiques. L’Arabie essaie de diversifier son économie pour ne pas dépendre seulement du pétrole. Nous restons très vigilants parce qu’il n’a toujours été question de permettre plus de liberté d’expression ou le droit d’association », ajoute Mireille Elchacar. 

Le frère de Samar Badawi, Raif, a été arrêté en Arabie saoudite en 2012, puis condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans de prison pour avoir critiqué des dirigeants religieux.

Sa femme et ses trois enfants vivent à Sherbrooke et sont devenus citoyens canadiens le mois dernier. 

- Avec La Presse canadienne