Le palais de justice de Gatineau

La prison pour avoir battu un «batteur de femme»

Deux « super lourds » de Gatineau ont pris le chemin de la prison pour plusieurs mois, après avoir passé à tabac un homme reconnu pour battre femme et enfant, à Maniwaki, en 2014.
Deux impressionnants colosses, Steve Ducharme et Michel Racine, écopent respectivement 30 et 15 mois de détention. Le premier s'en va au pénitencier fédéral, le second à la prison provinciale.
Les deux hommes, avoisinant les 300 livres chacun, n'ont pas eu besoin d'arme lors de leur invasion de domicile chez leur victime.
« La corpulence des accusés peut remplacer une arme à feu », a imagé le juge Valmont Beaulieu, qui a rendu les sentences le 3 février, au palais de justice de Gatineau.
Sans broncher, les deux hommes, qui étaient en liberté provisoire, se sont rendus calmement à la détention, escortés par des constables spéciaux.
L'avocat de M. Racine, Me Martin Binet, a fait valoir que son client n'avait aucun antécédent judiciaire, et que son tempérament n'avait rien de violent auprès de son entourage. Il a un emploi et vit dans un environnement sain.
Autant Me Binet que l'avocat de M. Ducharme, Me Nicolas St-Cyr, demandaient des peines de 90 jours de prison pour leurs clients.
La procureure de la Couronne, Me Isabelle Desharnais, demandait des peines beaucoup plus sévères, soit trois ans pour M. Ducharme, et de deux ans moins un jour pour M. Racine.
Le juge Beaulieu a indiqué que ce qu'il réservait aux deux justiciables était « très en bas de la fourchette » des peines habituellement imposées.
Commande
La victime n'a pas voulu collaborer à l'enquête.
On sait cependant qu'il est connu pour sa violence conjugale et son implication dans les stupéfiants, à Maniwaki.
Le meneur dans cette affaire d'agression est Steve Ducharme. M. Racine, de son côté, aurait fait le guet.
Selon la Couronne, Steve Ducharme a reçu « une commande » d'une connaissance qui voulait régler ses comptes avec l'homme à la réputation de batteur de femmes. Le plan a été modifié par la suite, pour donner « une volée, une raclée ».
Les deux assaillants ont fait la route Gatineau-Maniwaki, le 20 mai 2014. Rendus chez la victime, ils ont crié : « Police ! », et défoncé la porte d'entrée.
Un seul coup de poing a jeté la victime, seule chez elle à ce moment, au tapis. Ducharme en aurait rajouté, infligeant de nombreuses blessures au résident bien moins costaud, qui n'avait aucune chance.
Selon la défense, le plan initial ne devait consister qu'à servir « un avertissement » à cet homme aux présumées moeurs discutables. Les plans ont changé en cour de route.
Peu importe cette mauvaise réputation, le juge a rappelé que « tout être humain a droit à la quiétude chez lui ».
Une invasion de domicile est un crime grave, a rappelé le magistrat.
Après le passage à tabac, dans lequel la victime a reçu des coups de bottes à cap d'acier, M. Ducharme a volé le téléphone cellulaire de sa victime pour l'empêcher d'appeler de l'aide.
Les deux accusés ont exprimé des remords, à la suite des événements.
Ils devront respecter une probation de deux ans à leur sortie de prison. Ils ne pourront posséder d'arme à feu pendant 10 ans.
La victime s'en est relativement bien tirée, n'ayant pas subi de séquelles permanentes.