Le bâtonnier du Québec, Paul-Matthieu Grondin (à droite), a lancé un «cri du coeur», jeudi lors d’une conférence de presse à Montréal.

La justice: «le parent pauvre des services essentiels», déplore le Barreau

Après la santé et l’éducation, c’est la justice qui crie famine auprès du gouvernement du Québec, avec ses retards en informatisation et son manque d’accès à la justice pour les citoyens.

Et c’est même le bâtonnier du Québec, Paul-Matthieu Grondin, qui a lancé ce «cri du coeur», jeudi lors d’une conférence de presse à Montréal, pour réclamer des millions de dollars en réinvestissements, à quelques jours de la présentation du budget du Québec.

Et pour appuyer ses revendications, le Barreau du Québec a même fait faire un rapport sur les investissements qui sont requis.

Entre autres, une somme de 400 à 600 millions $ est nécessaire pour informatiser le réseau, qui en est encore à l’âge des requêtes sur papier et des photocopieuses.

«Certains jugements sont accessibles, mais pas tous. Et pour tout le reste, dans nos palais de justice, il n’y a absolument rien d’informatisé. Si vous voulez ouvrir un dossier, il faut que vous vous présentiez essentiellement en personne. Ensuite, il y a un dossier papier qui est ouvert, puis il y a un original qui va dans le dossier. Puis il y a quelqu’un qui met des petits collants sur un dossier», a illustré Me Grondin.

De même 212 millions $ sont requis pour rénover des palais justice. À Amqui, Gatineau, Mont-Joli et Saint-Hyacinthe, entre autres, d’importantes rénovations sont nécessaires. De plus, dans bien des cas, il n’y a pas suffisamment de salles d’audience et les installations sont vétustes, a déploré Me Grondin.

Loin d’être seulement une question de confort, cela cause une accumulation de délais, a fait valoir Me Grondin.

Pour le public

Le bâtonnier réclame également d’accroître encore l’accès à l’aide juridique. Une somme de 23 millions $ devrait y être consacrée, selon le rapport.

«On dit souvent que dans le système de santé, le système est à deux vitesses. Je peux vous garantir qu’en justice, on parle d’un système à trois vitesses: en haut, il y a ceux qui peuvent se le payer; en bas il y a ceux qui sont admissibles à l’aide juridique et pour lesquels il y a des avocats et des avocates fantastiques, qui travaillent dans des conditions qui sont souvent très difficiles; et dans le milieu, vous avez 80 pour cent des gens, qui représentent la classe moyenne, pour qui le système est inaccessible», a illustré Me Grondin.

Le Barreau souhaiterait aussi revoir la Loi sur l’indemnisation des victimes d’actes criminels. Une somme de 20 millions $ devrait y être consacrée, selon le rapport.

Budget et élections

Me Grondin indique que ses membres nourrissent un espoir certain de voir des réinvestissements dans le système judiciaire lors du budget du Québec, en mars. D’abord parce que le gouvernement a commencé à réinvestir dans les services publics, ensuite parce qu’il estime que «tout le monde en a pris conscience» des lacunes dans le système.

Le Barreau compte aussi profiter de la campagne électorale, cet automne, pour ramener à l’ordre du jour des partis politiques les revendications des avocats.