Les parents de Faisal Hussain ont dit que leur fils avait souffert toute sa vie de psychose et de dépression.

La fusillade de Toronto met en lumière le traitement de la maladie mentale

TORONTO — Les parents de Faisal Hussain ont dit que leur fils avait souffert toute sa vie de psychose et de dépression, mais que ni médicaments ni thérapies n’avaient été en mesure de l’aider à surmonter sa maladie mentale.

Dans une brève déclaration, les parents de Hussain ont dit qu’ils avaient fait de leur mieux pour prendre soin de leur fils, qui a été retrouvé mort d’une blessure par balle après avoir échangé des coups de feu avec la police pendant l’incident du week-end.

Leur histoire illustre les difficultés qu’éprouvent de nombreuses familles à obtenir de l’aide pour un proche souffrant d’une grave maladie psychiatrique, surtout en raison d’un manque d’accès reconnu aux services de santé mentale en Ontario et ailleurs au pays.

Alors, que doivent faire ces familles ?

«En fait, des clients sont assis dans mon bureau et se demandent ce qu’ils peuvent faire et s’ils en sont à un point où il est temps de divorcer, par exemple, tellement ils sont désespérés», a expliqué Lisa Feldstein, une avocate de Toronto qui aide les familles à naviguer dans le système de santé mentale.

«Ou ils sentent qu’ils ont fait tout ce qu’ils peuvent pour leur enfant et maintenant ils doivent juste accepter qu’il n’y a rien de plus.»

Alors que la famille de Hussain n’a révélé aucun autre détail sur son diagnostic, son traitement ou son état émotionnel avant l’attaque, Me Feldstein ajoute qu’il existe des cas pour lesquels les traitements ne sont tout simplement pas efficaces.

«Il est possible qu’il ait reçu les meilleurs soins et que rien n’ait fonctionné», a-t-elle dit, notant que le traitement des maladies mentales est à la fois «un art et une science».

Pour les familles aux prises avec une maladie psychiatrique grave, obtenir de l’aide pourrait signifier s’adresser à des organismes de défense des droits comme la société locale de schizophrénie ou l’Association canadienne pour la santé mentale, qui peut offrir du soutien, de l’information et des conseils pour affronter un système de santé mentale souvent épineux.

Et si la condition d’un être cher semble se détériorer — la personne ne se soucie pas d’elle-même ou représente une menace pour elle-même ou pour autrui — les familles peuvent prendre des mesures pour les faire admettre à l’hôpital pour soins psychiatriques, volontairement ou involontairement.

Le Dr David Goldbloom, un psychiatre du Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto, explique que certaines personnes atteintes de troubles psychotiques ou de troubles bipolaires pourraient ne pas reconnaître qu’elles souffrent d’une maladie psychiatrique et refuser d’admettre qu’elles ont besoin de traitement.

«La première étape est d’essayer d’ouvrir le dialogue avec cette personne pour obtenir de l’aide et déterminer qui a le meilleur effet de levier avec cette personne, a-t-il dit. À qui cette personne fait-elle confiance pour (...) obtenir de l’aide volontairement ?»

Si cela échoue, les familles peuvent être forcées de recourir à ce qui peut sembler être une mesure plus draconienne.

En Ontario, par exemple, un médecin de famille peut remplir un formulaire qui autoriserait la police à appréhender le patient, mais non à l’arrêter, pour le transférer vers un établissement psychiatrique à des fins d’évaluation. Un patient peut être détenu involontairement pendant 72 heures.

Un autre formulaire, qui doit être rempli par un deuxième médecin, autorise un hôpital à garder un patient avec des symptômes graves pendant une période pouvant atteindre deux semaines, ajoute le docteur Goldbloom. Un troisième formulaire prolonge cette période à deux mois.

Un patient ainsi «formé» peut contester un tel ordre dans la semaine qui suit son admission devant un comité spécial ; et en vertu de la loi ontarienne, la personne a également le droit de refuser un traitement.

«Il n’y a finalement pas de limite supérieure à l’hospitalisation involontaire en termes de durée, mais chaque fois qu’elle décidée, le patient a l’occasion de la contester, a dit le docteur Goldbloom. Mais à tout moment, l’objectif est d’œuvrer vers une hospitalisation volontaire.»

Il ajoute qu’il en va de même pour persuader un patient de prendre des médicaments prescrits. «Il y a différentes façons dont ça peut se dérouler (...) Le personnel clinique ne se contente pas de les regarder passivement — ils essaient de développer des liens pour gagner leur confiance. Et si cela réussit, la personne peut commencer à penser, ‘Peut-être que je devrais faire cela’, mais d’autres diront, ‘Non, non, non, je ne touche aucun de ces médicaments, je veux mon audience’.»

Une audience de la Commission sur la capacité de consentement vise à déterminer si une personne est en mesure d’accepter un traitement.

La commission détermine si quelqu’un a la capacité de comprendre la nature du traitement, ses avantages, les risques et les solutions de rechange, «ce qui comprend les conséquences de ne pas avoir de traitement», a poursuivi le docteur Goldbloom.

«Et c’est une question de compréhension intellectuelle, mais aussi d’appréciation personnelle, a-t-il dit. Donc, vous pourriez comprendre un traitement, sans pour autant saisir qu’il serait avantageux pour vous.»

Le docteur Goldbloom indique que le cœur du traitement d’une personne atteinte de maladie mentale est la création d’une alliance thérapeutique entre le patient et le praticien.

«Le partenariat ne se limite pas à ‘prendre vos médicaments’, a-t-il déclaré. Le partenariat avec celui qui fournit le traitement devrait être plus que cela, il devrait s’agir d’une cause commune pour essayer d’améliorer le fonctionnement et la qualité de vie de quelqu’un.»

Mais Me Feldstein révèle que les familles voient souvent le système de santé mentale sous un jour totalement différent, car il leur est difficile de «former» un être cher et de l’admettre à l’hôpital.

«Ils considèrent le système comme très précipité et souvent les médecins ont très peu de temps pour apprendre à connaître leur être cher, a-t-elle dit. Je ne peux pas vous dire combien de fois j’ai entendu des familles dire, ‘Mon être cher agit différemment dans cette brève interaction avec les médecins’.»

Mais sans information de la part de la famille, un médecin peut n’avoir aucune idée que le patient menaçait de s’automutiler ou de blesser autrui.

«Et souvent, les familles estiment que les patients intelligents et manipulateurs peuvent se soustraire aux formulaires et à l’hôpital, poursuit Me Feldstein. Et puis ils reviennent à leur vie et leur famille voit un côté complètement différent.»

Dans le cas de Hussain, Me Feldstein dit que la question est de savoir si quelqu’un soupçonnait qu’il risquait de faire du mal à d’autres personnes.

«Les médecins et les hôpitaux sont dans la position terrible de devoir décider, ‘Est-ce que je restreins la liberté de quelqu’un ou est-ce que je la laisse partir et elle peut être dangereuse ?’. Et je n’ai pas les outils pour savoir exactement ce qui va se passer.»

«Il n’y a aucun moyen, conclut-elle, de prédire parfaitement la dangerosité.»