Joshua Boyle était impassible pendant le témoignage de sa femme.

La femme de Joshua Boyle raconte leur relation en montagnes russes

Caitlan Coleman, qui était en voyage d’aventure en Afghanistan avec son mari Joshua Boyle lorsqu’ils ont été enlevés par des extrémistes, a confié à un juge, mercredi, que son époux la punissait en lui donnant des fessées lorsqu’elle s’obstinait avec lui ou qu’elle n’obéissait pas à ses souhaits.

Mme Coleman, âgée de 33 ans, a raconté lors du procès comment ils s’étaient rencontrés en ligne quand elle avait 16 ans. Selon son récit, ils ont vécu une relation complexe ponctuée de ruptures et de retrouvailles avant de se marier en 2011 et de partir en voyage l’année suivante en Asie centrale.

Elle a affirmé qu’au tout début de leur relation, son futur mari la dénigrait et la rabaissait. Avec le temps, il est devenu contrôlant et lui disait comment se comporter et comment s’habiller, a-t-elle ajouté. Et selon son récit, les agressions verbales sont devenues plus tard des coups de poing et des gifles au visage.

Joshua Boyle, 35 ans, a plaidé non coupable à différentes accusations criminelles à l’endroit de Mme Coleman, notamment voies de fait, agressions sexuelles et séquestration, pour des événements qui auraient eu lieu au Canada à la fin de 2017, après la libération du couple par les forces pakistanaises.

La dame a témoigné par visioconférence depuis une autre salle pour éviter d’être dans la même pièce que M. Boyle. Elle a témoigné en relatant les faits et a éclaté en sanglots seulement vers la fin.

Joshua Boyle, qui était accompagné de ses parents dans la salle, était impassible pendant le témoignage de sa femme.

Caitlan Coleman, qui a grandi en Pennsylvanie, a déclaré que dès le début, Joshua Boyle l’avait insultée, lui avait dit qu’elle n’était pas assez bien et lui avait fait douter de sa propre valeur.

Elle a ajouté qu’il était devenu agité lorsqu’elle avait suggéré qu’ils se séparent, en 2008. Il lui aurait alors téléphoné à plusieurs reprises et aurait même menacé de se tuer.

«Je l’aimais encore, alors je me sentais vraiment triste», a-t-elle expliqué.

Sa «future femme»

En 2009, M. Boyle a épousé Zaynab Khadr, la soeur de l’ancien détenu de Guantanamo Omar Khadr. Cette année-là, Mme Coleman avait repris contact avec son ex-conjoint et a rencontré les nouveaux mariés lors d’un dîner à Toronto. En marchant avec elle vers son hôtel, M. Boyle lui aurait confié qu’elle était l’amour de sa vie et qu’ils finiraient ensemble.

«Ça m’a rendue vraiment heureuse», s’est-elle souvenue.

M. Boyle lui aurait alors dit que, puisqu’elle deviendrait sa femme, elle devrait commencer à s’habiller de façon conservatrice, à ne plus boire d’alcool et à ne plus avoir de contacts avec d’autres hommes, a-t-elle témoigné.

Joshua Boyle a ensuite déménagé au Nouveau-Brunswick, où Mme Coleman l’a rejoint, mais à reculons, a-t-elle indiqué. À l’époque, elle était choquée d’apprendre que Mme Khadr, avec qui il était toujours marié, vivrait avec eux, a-t-elle affirmé.

M. Boyle a fini par divorcer de sa femme et il a épousé Mme Coleman lors d’un voyage en Amérique du Sud, en juillet 2011.

Long voyage en Asie

M. Boyle détestait l’Amérique du Nord, et a encouragé sa femme à l’accompagner en Asie centrale, selon les dires de Mme Coleman. Elle a appris qu’elle était enceinte en juin 2012 et ils sont partis là-bas peu de temps après.

Après quelques mois, M. Boyle a insisté pour que le couple aille en Afghanistan, malgré les nombreuses objections de sa femme, a-t-elle précisé. Ils n’avaient passé qu’une semaine là-bas avant qu’ils ne soient kidnappés par un groupe lié aux talibans.

Mme Coleman a accouché de trois enfants pendant cette captivité.

Le couple a été agressé par leurs bourreaux, a-t-elle mentionné. Mais elle dit avoir subi également les agressions de son mari, qui lui donnait la fessée parfois trois fois par semaine et lui assénait des coups de poing et des gifles au visage. Il l’aurait aussi étouffée et mordue.

Au printemps 2017, M. Boyle lui a dit qu’elle était une mauvaise personne et qu’elle devrait rester dans l’espace de la douche de la pièce où la famille était détenue, a-t-elle raconté.

«Je n’étais plus en amour avec lui. J’avais peur de lui, a-t-elle soutenu. C’est probablement la période la plus sombre de toute ma vie.»

Après la libération

Lorsque la famille a été libérée de ses bourreaux, elle s’est rendue au Canada pour vivre avec les parents de M. Boyle à Smiths Falls, en Ontario, avant de déménager à Ottawa.

Au départ, ils ont passé du temps dans un hôtel, a témoigné Mme Coleman. Après une dispute du couple, son mari lui aurait dit d’aller s’asseoir dans la douche et l’aurait obligée à avaler trois comprimés de Trazodone, un antidépresseur.

Joshua Boyle a fait un appel au 911 le 30 décembre 2017 pour dire que sa femme avait fui de leur appartement en criant et qu’elle avait menacé de se suicider.

La police est intervenue et a retrouvé Mme Coleman environ une heure plus tard dans un hôtel du centre-ville avec sa mère Lyn, qui visitait des États-Unis.

Selon le sergent de la police d’Ottawa, Shane Henderson, Mme Coleman avait déclaré qu’elle tentait de fuir son mari parce qu’il avait menacé de la tuer et qu’il l’avait agressée «plusieurs fois», dont quelques heures plus tôt.

Joshua Boyle a été arrêté tôt le matin du 31 décembre 2017.