Alain St-Pierre assure de façon intérimaire la Direction de la protection de la jeunesse en Estrie. Il remplace Alain Trudel qui s'est retiré de ses fonctions à la suite du décès de la fillette âgée de sept ans.

La DPJ veut éviter d’autres drames comme celui de Granby

À la suite du décès de la fillette de sept ans de Granby, victime de maltraitance parentale, la Direction de la protection de la jeunesse de l’Estrie a été sévèrement pointée du doigt. Son directeur intérimaire, Alain St-Pierre, affirme que tout est mis en oeuvre, notamment pour consolider la porte d’entrée à la DPJ afin de réduire le délai des listes d’attente.

« C’est important de dire à la population que tous les cas qui nécessitent un traitement immédiat reçoivent une intervention sur-le-champ à toute heure du jour et de la nuit. Nous respectons les codes de priorisation. Tous les enfants qui ont besoin d’une protection immédiate la reçoivent à ce moment-ci », a assuré M. St-Pierre, lors d’une entrevue téléphonique avec La Voix de l’Est, mardi après-midi. 

Celui qui remplace Alain Trudel, retiré de ses fonctions dans les jours qui ont suivi le décès de la fillette, a fait savoir que les signalements sont passés d’une moyenne de 118 à 162 par semaine en Estrie après la tragédie. Rappelons que l’enfant, qui était connue de la DPJ, a été retrouvée gravement blessée dans la résidence familiale, le 29 avril. Elle a succombé à ses blessures le lendemain.

Son père et sa belle-mère ont été arrêtés et sont toujours incarcérés. La DPJ a essuyé de nombreux reproches dans ce drame qui a ébranlé tout le Québec. « C’est quelque chose qui a été bouleversant. Bouleversant pour notre personnel, pas seulement comme intervenants, mais aussi comme parents, comme citoyens. Personne qui travaille à la DPJ ne veut perdre un enfant. C’est la pire chose qui peut nous arriver », a dit celui qui cumule plus de 40 ans d’expérience dans le système de protection de la jeunesse au Québec.

Réduire les délais

Des actions ont déjà été entreprises pour éviter que pareil drame ne se reproduise. Les autorités ont notamment effectué des vérifications auprès de chacun des enfants sous la responsabilité de la DPJ. « On portait un regard sur la situation de chacun d’entre eux pour s’assurer que ces enfants-là n’étaient pas en danger au moment où on se parle », a expliqué M. St-Pierre.

Des démarches ont également été entreprises pour réduire le délai d’attente pour une évaluation, qui était de 61 jours en Estrie avant le décès de l’enfant comparativement à 26 jours en moyenne dans l’ensemble de la province. « Notre performance n’est pas reluisante. On a du chemin à faire pour régler ces problèmes-là, a constaté M. St-Pierre. J’ai bon espoir de consolider notre porte d’entrée. C’est l’élément le plus important. Depuis une semaine, on a introduit plus de 10 nouvelles ressources à notre service de réception-traitement des signalements. Ça devrait réduire le nombre de cas en traitement, mais également réduire la durée de ces traitements-là. »

Des travailleuses enceintes ont notamment été réaffectées au service de réception-traitement des signalements.

À l’étape des évaluations et de l’orientation à prendre dans le dossier d’un enfant, du personnel à la retraite a été appelé en renfort. À Granby, cela se traduit par l’ajout d’au moins trois ressources, peut-être quatre. Le même processus sera déployé à Sherbrooke. « En raison de la pénurie de main-d’oeuvre, c’est très difficile d’avoir accès à de nouvelles ressources, donc on a fait appel à des retraités du système, des cadres et des gestionnaires, qui vont venir temporairement nous donner un coup de main », a expliqué le directeur intérimaire. 

La pénurie de main-d’oeuvre, combinée à l’accroissement des signalements — environ 6000 l’année dernière, soit 1000 de plus que l’année précédente pour l’Estrie — explique les listes d’attente, affirme M. St-Pierre.

En plus du rappel au travail des retraités, d’autres avenues sont explorées, dont l’introduction de nouveaux types d’emploi pour permettre aux intervenants de passer plus de temps auprès des enfants et des familles, ajoute-t-il.