La détresse «atténue très peu la situation»

La tristesse, la dépression et les amours douloureuses ne sont pas des excuses pour tenter de s'enlever la vie en risquant celle des autres.
C'est l'un des principes évoqués mercredi par la juge Lynne Landry, de la Cour du Québec, pour déterminer la peine appropriée dans le dossier d'une conductrice suicidaire ayant provoqué un face à face sur l'autoroute 50, en 2015.
Une peine de deux ans et demi est imposée à Angélique Sanfaçon-Kanaan, qui a tenté de s'enlever la vie en provoquant un accident majeur avec deux véhicules sur l'autoroute 50, le 28 septembre 2015.
La femme, aujourd'hui âgée de 34 ans, avait écrit « Bye Life » sur sa page Facebook avant de prendre le volant de sa BMW et d'emprunter l'autoroute en sens inverse. Elle a percuté un véhicule récréatif et une voiture.
Une des innocentes victimes, Denis Giroux, a été blessée grièvement. Il vit toujours avec des séquelles de cette collision.
Le mélomane craint de ne plus pouvoir jouer de la musique à cause de ses blessures. Il a subi de multiples fractures et craint de reprendre le volant.
Les parties adverses étaient divisées sur la peine à imposer, en octobre dernier. L'avocat de la défense, Me Jean-Michel Labrosse, a demandé une peine de 18 mois, alors que le procureur de la Couronne, Me François Santerre, a plaidé pour une longue sentence de cinq ans de pénitencier.
En comptant le temps de détention préventive, il reste à Mme Sanfaçon-Kanaan 15 mois à purger sur les 31 imposés par la cour.
« (L'accusée) a fait fit de la sécurité des autres, a expliqué la magistrate. Son état de détresse atténue très peu la situation. »
La conductrice avait tenté de mettre fin à ses jours après une difficile rupture amoureuse. Sa vie tumultueuse et la consommation de drogue sont quelques ingrédients qui l'ont embourbée dans cette spirale infernale.
Excuses
En octobre, Mme Kaanan avait lu une lettre d'excuses à M. Giroux, en sanglotant et en racontant son enfer, avant et après la collision.
Mercredi, son avocat, Me Jean-Michel Labrosse, a transmis une note de sa cliente. « Mme Sansfaçon accepte sa punition. Elle remercie Madame la juge Landry d'avoir réfléchi à son sort. Elle promet de devenir meilleure pendant son temps d'isolement. »
Selon Me Santerre, la conductrice a commis une geste « lâche » en tentant d'entraîner dans sa mort une victime innocente.
Me Labrosse demandait une peine moins longue afin que la femme puisse suivre des thérapies et reprendre sa vie en main.
Mme Kaanan a plaidé coupable à une accusation de négligence criminelle en conduisant un véhicule à moteur, et d'avoir conduit avec les capacités affaiblies par la drogue et l'alcool.