Toufik Benhamiche a vu sa condamnation être annulée en appel.

La condamnation d’un Québécois à Cuba aurait été infirmée en appel

MONTRÉAL - La femme d’un Québécois condamné à quatre ans de prison à Cuba à la suite de la mort d’une touriste ontarienne dans un accident de bateau soutient que la condamnation a été annulée en appel, mais que les autorités cubaines refusent de permettre à son mari de rentrer chez lui pendant que les procureurs réexaminent le dossier.

Selon Kahina Bensaadi, les proches de Toufik Benhamiche ont appris le 22 juin que le Tribunal populaire suprême de Cuba avait invalidé le jugement de la cour provinciale ayant traduit en justice l’homme de 47 ans, qui a été reconnu coupable d’un chef de négligence criminelle ayant causé la mort après avoir perdu le contrôle d’une petite embarcation durant une excursion à Cayo Coco en juillet 2017 et heurté mortellement une touriste de l’Ontario.

«Le Tribunal questionne même la volonté de la cour provinciale de cacher certains éléments pour dresser un profil particulier de mon conjoint, a révélé Mme Bensaadi en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne mercredi. Il énonce aussi clairement la responsabilité d’autres personnes dans la violation de toutes les normes et procédures en lien avec l’excursion, violation qui a très probablement conduit à l’accident, et demande à la cour provinciale de porter des accusations contre ces personnes-là.»

En dépit de l’annulation de la condamnation, M. Benhamiche n’a toujours pas le droit de quitter Cuba, a déploré sa conjointe.

«On lui a dit que le dossier avait été retourné au procureur, que ce dernier devait tout recommencer y compris l’enquête, et que lui devait attendre. Mais on ne parle pas d’une attente de quelques semaines ou de quelques mois, mais plutôt de quelques années», a-t-elle déploré.

Après avoir essuyé un premier refus concernant une autorisation de sortie, Toufik Benhamiche et sa famille attendent maintenant les résultats d’une réévaluation de son dossier par l’immigration cubaine et demandent au gouvernement canadien d’intervenir afin que le quadragénaire soit rapatrié le plus rapidement possible.

«Il n’est pas normal qu’il reste prisonnier d’un système judiciaire qui ne fait pas convenablement son travail. Il n’est pas normal qu’il soit privé de sa liberté en attendant que l’on définisse la responsabilité d’autres personnes», a martelé Kahina Bensaadi à propos de son mari, précisant toutefois que ce dernier n’était plus incarcéré.

La ministre Freeland interpellée

Mercredi, Luc Thériault, député de Montcalm à la Chambre des Communes et porte-parole de Québec debout en matière d’affaires mondiales, a joint sa voix à celles de M. Benhamiche et de ses proches, dénonçant dans un communiqué «l’inaction totale» de la ministre des Affaires mondiales, Chrystia Freeland, dans ce dossier.

Le communiqué indique que l’avocat canadien de M. Benhamiche, Julius Grey, a fait parvenir une mise en demeure à Mme Freeland afin de la pousser à agir.

«Qu’est-ce qu’ils attendent pour le faire sortir? Ils ne font rien, s’est insurgé M. Thériault en faisant référence aux fonctionnaires des affaires consulaires et mondiales lors d’une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne. Moi, je pense qu’il faut qu’ils l’accompagnent à la douane, qu’ils le mettent dans un avion et qu’il s’en vienne ici et qu’ils se portent garants de son retour si jamais il y avait des accusations.»

Le député, dont la circonscription comprend Mascouche, ville de résidence du couple Bensaadi-Benhamiche et de leurs deux filles âgées de 6 et 8 ans, a raconté s’être porté garant de la probité de Toufik Benhamiche auprès de l’ambassadrice de Cuba à Ottawa et a invité la ministre Freeland à faire de même.

«Je comprends qu’elle est très occupée, mais à un moment donné, il me semble que les citoyens qui vont à l’étranger devraient s’attendre à un minimum de soutien de la part du Canada», a-t-il déclaré.

La famille de M. Benhamiche a également intenté une poursuite au Canada contre le voyagiste Sunwing, alléguant que le Québécois n’avait eu qu’une formation de base sur la façon de piloter l’embarcation et avait reçu l’assurance qu’elle était facile à manoeuvrer et nullement dangereuse.