Karl Audet a toujours nié avoir toute déviance, même lorsqu’il a été condamné à une peine de cinq ans et une récidive en prison, il a reconnu à voix haute en cour, et pour une première fois, être un pédophile.

Karl Audet: pédophile repenti ou prédateur incorrigible?

Qui est Karl Audet? Un pédophile qui vient enfin d’admettre sa déviance et veut reprendre sa vie en main ou un irréductible prédateur sexuel?

Les cheveux courts dressés sur la tête, les yeux cachés par des verres teintés, Audet, 37 ans, attend — encore une fois — de connaître son sort dans la boîte de détention. Il porte un simple t-shirt blanc. Sa mâchoire serrée est marquée par un mince collier de barbe.

Après quelques années de criminalité anonyme, Karl Audet s’était fait connaître en 2012 lorsque, avec sa conjointe de l’époque Julie Viel, il avait tendu un piège à une enfant de 9 ans. Le couple avait réussi à attirer la petite fille chez eux et Audet avait pu toucher la vulve de l’enfant et faire une courte vidéo pornographique. Audet a plaidé coupable, mais niait toute déviance.

Récidives

Pour son crime, Audet a été condamné en 2014 à une peine de cinq ans dont il restait la moitié à purger. Un rapport des services correctionnels déposé à la cour lundi précise qu’il a purgé la totalité de sa peine.

Le délinquant a vu sa période de détention s’allonger de six mois car il s’est fait prendre, dans sa cellule du pénitencier, avec des photos de pornographie juvénile cachées dans une Bible. Encore là, Audet disait que les images étaient destinées à la vente aux codétenus, pas à assouvir ses instincts.

En septembre 2017, Karl Audet intègre la maison de transition Marcel-Caron à Québec. Il fait l’objet d’une surveillance de longue durée pour encore 10 ans.

Au printemps 2018, Audet se fait prendre à utiliser un téléphone intelligent, un appareil interdit par les règles de la maison de transition. Quelques semaines auparavant, Google avait dénoncé le téléchargement de fichiers de pornographie juvénile par l’appareil de Karl Audet.

C’est cette dernière infraction qui a ramené Audet devant la cour. Il a plaidé coupable en août 2018 à la possession de 137 fichiers de pornographie juvénile.

Problème reconnu

Le procureur de la Couronne Me Michel Bérubé a déposé à la cour le rapport d’enquête de la Sûreté du Québec où se trouve le détail des photos téléchargées. Le cœur du lecteur se serre en parcourant le descriptif des sévices imposés à de très petites filles (1 an à 8 ans), forcées d’avoir des relations sexuelles avec des adultes sous l’œil d’une caméra.

En témoignage, Karl Audet s’est excusé auprès de ses victimes directes et indirectes.

C’était la première fois lundi, disait-il, qu’il reconnaissait à haute voix être un pédophile.

L’agression sexuelle qu’il dit avoir subie à l’âge de 5 ans n’excuse rien, admet-il, mais explique, à ses yeux, ses comportements déviants.

Après des années de mensonges, pourquoi le juge Christian Boulet, qui lui imposera sa nouvelle peine, devrait-il le croire? demandait l’avocat de défense, Me Mathieu Métivier. «Mon cheminement n’est pas le même, je suis tanné de me cacher dans le mensonge et j’ai des projets», répond le détenu en regardant sa conjointe assise à quelques mètres de lui, dans une salle d’audience presque vide.

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LE PÉNIBLE TRAVAIL DE CATÉGORISATION

Les policiers qui luttent contre la pornographie juvénile deviennent des victimes collatérales des crimes des cybercollectionneurs.

«Je ne veux plus en entendre parler.» Le sergent-détective Jean-René Rouleau en a vu de toutes les couleurs au cours des 22 ans qu’il a passés au Service de police de la Ville de Québec. 

Mais ses trois années d’enquêtes de pornographie juvénile l’ont amené au bout de ce qu’il était capable de faire. «Ça affecte le quotidien», résume l’enquêteur, d’un ton bref.

Comme ses collègues, le sergent-détective devait faire la catégorisation des images saisies dans le matériel informatique des suspects. Il a donc regardé des milliers d’images dégradantes pour décider lesquelles constituent de la pornographie juvénile au sens de la loi.

Les règles encadrant le travail de catégorisation sont strictes; les enquêteurs ne font pas de catégorisation juste après avoir quitté leur famille le matin ou juste avant de la retrouver le soir. Ils doivent éviter de regarder une image durant une trop longue période pour ne pas qu’elle s’imprime de façon durable dans la mémoire. Et pas de musique d’ambiance qui pourrait venir s’associer aux images.

Le suivi psychologique auprès des enquêteurs est serré. Malgré tout, plusieurs abandonnent cette affectation. Et pour ceux qui résistent, une pause est obligatoire après quelques années.

Le procureur de la Couronne Me Michel Bérubé voulait aller encore plus loin sur les conséquences pour les policiers de visionner un tel matériel «toxique». «Il me semble que d’entendre le policier vous dire : “Je ne suis plus capable d’en faire.” Ça vous montre ce que ça peut faire à un être humain», plaidait le procureur. «N’eût été des actions de l’accusé, un policier n’aurait pas à endurer ça et à réorienter sa carrière.»

L’avocat de la défense Me Mathieu Métivier ne voyait pas la pertinence des questions qui, selon lui, ne visaient qu’à colorer encore davantage le dossier de son client Karl Audet.

Le juge Christian Boulet de la Cour du Québec a assuré être bien au fait des conséquences inhérentes à visionner des «images dégradantes, dégoûtantes». «Mais je ne peux pas donner deux mois de plus à l’accusé parce que le policier a dû réorienter sa carrière», note le juge en accueillant l’objection.