Les relations étaient correctes avec le père, jusqu’à ce que la DPJ place l’enfant en famille d’accueil pendant un mois, après quoi, l’État a confié la garde de l’enfant à la mère de l’accusé, soit la grand-mère de l’enfant.

Intimidation: un père se retrouve en cour

« Belle maison... » Ces deux mots, placés dans une série de messages destinés à une ex-travailleuse sociale de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l’Outaouais, sont devenus inquiétants. La chose était assez sérieuse pour déposer une plainte à la police.

Ces mots étaient écrits par un père frustré de perdre la garde de sa fille.

Mardi, lors du procès criminel de ce père accusé d’intimidation, l’ancienne travailleuse sociale a exprimé au juge Richard Meredith, de la Cour du Québec, qu’il y avait bien des limites à voir sa propre famille et ses enfants impliqués dans cette affaire.

Zoé* fait partie de ces nombreux travailleurs de la DPJ, en Outaouais comme ailleurs au Québec, qui ont subi les foudres de parents ayant perdu la garde de leurs enfants.

Zoé comptait déjà de nombreuses années d’expérience, lorsque les faits se sont produits, à l’été 2013.

Les relations étaient correctes avec le père, jusqu’à ce que la DPJ place l’enfant en famille d’accueil pendant un mois, après quoi, l’État a confié la garde de l’enfant à la mère de l’accusé, soit la grand-mère de l’enfant.

Le père, qui habitait avec sa mère, a donc dû déménager pour satisfaire aux exigences de la Protection de la jeunesse.

Une ordonnance de non-publication empêche de révéler certaines informations, dont le nom de l’accusé, afin de ne pas identifier l’enfant.

Attaques personnelles

L’ex-travailleuse sociale a raconté comment les propos du père sont devenus acrimonieux et intimidants, dans des courriels envoyés à toute heure du jour et de la nuit.

«D’abord, il m’a menacée de me poursuivre au civil pour avoir pour avoir brisé sa vie, et celle de son enfant», a témoigné la femme, cinq ans plus tard.

Pendant une semaine, le père s’est exprimé dans une sorte de crescendo haineux.

«Il disait que la DPJ faisait de l’aliénation parentale, puis il m’a envoyé des informations personnelles sur moi, ma famille, et ma maison. Il allait chercher des photos sur mon profil Facebook.»

L’homme lui rappelait le nom de son université, de sa ville d’origine, la date de son mariage, puis, enfin, une liste de noms des membres de sa famille immédiate, dont ceux de ses cousins et belles-sœurs.

Il a tôt fait de rappeler qu’il possédait de bonnes connaissances en matière d’enquête.

«Dans un même courriel, témoigne la femme, il m’a écrit qu’il était passé devant “ma belle maison” avec un détective privé, ajoutant que ce n’était pas bon de conduire avec mes enfants, dans mon véhicule personnel, car on pouvait avoir d’autres informations grâce au numéro de plaque d’immatriculation.»

Un autre courriel contenait le nom complet de son mari.

Le dossier de l’enfant a été transféré à un autre employé de la DPJ. Les messages intimidants ont cessé.

Contradictions

L’accusé affirme que les courriels les plus incriminants ne sont pas les siens, puisqu’ils ne proviennent pas de la même adresse courriel.

Selon sa version, n’importe qui a pu écrire de telles choses, ou envoyer des photos douteuses.

Il a dit qu’en envoyant les messages dont il reconnaît en être l’auteur, il voulait faire sentir à la travailleuse sociale comment elle pourrait se sentir de perdre la garde de ses enfants.

Autant le procureur de la Couronne que le juge Meredith ont fait observer à l’accusé que les courriels, qu’ils soient signés de son nom ou non, sont composés la même façon. Les paragraphes commençant régulièrement par «Je suis» ou «Et».

Les courriels reconnus par l’accusé sont signés de son nom complet.

Ceux qu’il ne reconnaît pas sont signés des mêmes initiales rappelant son nom complet.

Le juge a pris l’affaire en délibéré.

*Nom fictif