Le visage voilé, les détenus sortent du matériel de leurs cellules. L’un d’eux lance un téléviseur. Après une demi-heure d’agitation, deux foyers d’incendie sont allumés dans le corridor.

Incursion dans une prison en pleine émeute [VIDÉO]

«Ta meilleure place, c’est d’être en cellule, les gars!» Le tribunal a eu droit à une rare incursion dans une aile de l’Établissement de détention de Québec, plongée en pleine émeute.

Jonathan Giroux-Barras, 29 ans, retenu par la Cour comme l’instigateur de l’émeute, a été condamné lundi à deux ans de prison. Quatre codétenus, au passé criminel moins lourd, ont déjà reçu leur peine, variant autour de 12 mois de prison.

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Le 30 mai 2017, vers 20h, une demi-douzaine de détenus commencent à s’agiter. Les agents correctionnels installés dans la console de sécurité s’interrogent. «Hey, les gars, qu’est-ce qui se passe?» demande l’officier. 

Il apprendra rapidement que les détenus veulent un ballon. On leur a récemment interdit de jouer dans leur secteur.

Cachés derrière une couverture, les détenus sortent du matériel de leurs cellules. Jonathan Giroux-Barras déroule du papier de toilette. L’homme n’en est pas à sa première émeute. En 2012, il a écopé d’une peine supplémentaire de 12 mois pour une émeute à l’Établissement de détention de Québec.

L’officier répète que si les détenus rentrent en cellule, il ira discuter avec un de leurs représentants. Les émeutiers n’obtempèrent pas.

Des agents correctionnels envoient des premiers jets de gaz lacrymogène. Les détenus continuent de s’énerver et de maugréer. L’un d’eux lance un téléviseur en direction de la console.

Foyers d’incendie

Après une demi-heure d’agitation, les détenus allument deux foyers d’incendie dans le corridor. Des sirènes tonitruantes se font entendre.

L’équipe d’intervention arrive avec les boyaux d’arrosage. Après quelques minutes de «douche», l’officier rappelle aux émeutiers que la meilleure place pour eux est dans leur cellule.

Les détenus vont se rendre au bout d’une heure et être arrêtés, les uns après les autres.

L’émeute aura fait pour environ 2000 $ en dommages. Personne n’a été blessé.

La procureure de la Couronne Me Valérie Bélizaire-Joseph a insisté sur la gravité du geste d’allumer un incendie dans une prison. «La fumée est très dangereuse et dans une prison, c’est compliqué d’évacuer les gens», souligne la procureure, qui réclamait une peine entre 24 et 30 mois.

L’avocat de Jonathan Giroux-Barras, Me Frédéric Rousseau, a plaidé que l’émeute était une «aventure commune» et non l’initiative uniquement de son client. Une peine de 9 à 12 mois semblait appropriée dans les circonstances aux yeux de la défense.

Le juge Michel L. Auger de la Cour du Québec a tranché pour une peine de deux ans, en signalant au passage à l’accusé qu’il s’agissait là d’une peine somme toute peu sévère. «Si vous décidez de vous réhabiliter, vous allez pouvoir le faire, estime le juge. Sinon, votre avenir vous appartiendra.»