Le prévenu traquait l’adolescente, en la suivant sur Facebook.

Il harcèle des adolescentes au nom de l’amour

Un trentenaire qui s’amourache d’adolescentes se retrouve aujourd’hui derrière les barreaux. Depuis quelques années, Jérôme-André Morrissette, de Gatineau, semble s’être particulièrement acharné sur l’une d’elles, à tel point qu’elle a dû déménager pour éviter son harceleur présumé.

La jeune fille avait 13 ans, en 2014, lorsqu’elle a croisé Morrissette pour la première fois, au Dépanneur Sylvestre, dans le secteur Hull. Ce dépanneur est un lieu de rencontres, et sert de point de repère pour de nombreuses activités communautaires et populaires.

Selon les éléments d’enquête de la police de Gatineau, rapportés au tribunal mardi par la sergente-détective Doriane Côté, l’homme est « tombé amoureux » de l’adolescente.

Selon lui, « c’est elle qui lui a fait des avances ».

Le ministère public a une version diamétralement opposée.

Jérôme-André Morrissette, 35 ans, subissait son enquête sur remise en liberté, mardi. Un homme troublé, décousu et verbomoteur est apparu dans le box des accusés.

La procureure de la Couronne, Me Marie-Josée Genest, l’a qualifié de manipulateur.

Selon l’avocat de la défense, Me Jacques Belley, son client a plus besoin d’aide que de rester en prison.

Pendant plus d’une heure, la sergente-détective a expliqué à la juge Anouk Desaulniers la raison pour laquelle la police de Gatineau l’avait enfin accusé de harcèlement criminel et de possession de matériel pornographique juvénile, quatre ans après le début du long calvaire de l’adolescente.

Par ailleurs, deux autres adolescentes auraient été abordées par le même individu, arrêté le 19 juin.

Traquée

« Monsieur se rend aux spectacles (de l’ado), il lui écrit sur Messenger, appelle directement son père, et passe devant la maison familiale », a résumé la policière.

Lors d’une journée de la St-Valentin, l’homme « s’est mis beau » et a cogné à la porte de la résidence familiale.

Il était constamment à la recherche de l’adolescente, de plus en plus apeurée.

Le père de l’adolescente, qualifié d’humaniste par la policière, a d’abord tenté de régler le problème par la sensibilisation. Il aurait ainsi répété à 15 reprises à l’homme que sa fille ne voulait rien savoir de lui.

Des signalements ont été faits à la police de Gatineau pendant des mois.

Selon Louis Morrissette, l’oncle de l’accusé, la famille de ce dernier a toléré trop longtemps les comportements abusifs de Jérôme-André avec les jeunes, mais aussi avec ses propres grands-parents, pour des questions d’argent.

Selon le suspect, il s’agit d’une « question d’amour », et non de sexualité, envers les jeunes filles.

Le prévenu traquait l’adolescente, en la suivant sur Facebook. C’est ainsi qu’il pouvait voir les journées et les lieux de ses spectacles dans différents lieux de diffusions et centre d’achats de la région, parfois même le lieu de ses activités avec ses amies.

La jeune a « bloqué » les profils de son harceleur sur Facebook et Instagram.

Le harcèlement est devenu plus intense en janvier dernier, selon la sergente-détective. « Il (l’accusé) dit que la société n’accepte pas qu’il soit possible de tomber amoureux d’une ado. »

Un jour de spectacle, l’homme troublé s’est présenté sur le site, pissenlit à la main, écoutant à la porte de la salle.

Confronté par un parent, il a fui en faisant crisser les pneus de sa voiture.

Il s’est présenté à une autre représentation, en fixant l’adolescente pendant de très longues minutes.

Les policiers ont saisi un ordinateur du suspect contenant de la pornographie infantile et juvénile. Les expertises ne sont toujours pas terminées. L’homme a dit qu’il a visionné ces images par « curiosité scientifique ».