Contrairement à ce que prétend un travailleur du ministère des Transports du Québec, ses patrons ont fait preuve de sang froid et de bonne volonté pour régler les problèmes qu’il souligne.

Il crée lui-même l’environnement de travail toxique qu’il craignait

La « véritable obsession » d’un employé qui voulait monter en grade au sein du ministère des Transports du Québec (MTQ) en Outaouais a été soulignée à grands traits dans une récente décision du Tribunal administratif du Travail (TAT).

Se disant victime de harcèlement, le travailleur réclamait, en vain, des prestations pour lésion professionnelle d’ordre psychologique. Le TAT a plutôt retenu que cette situation toxique était le résultat de la culture permanente de conflit entretenue par ce dernier, avec le dépôt de plus de 20 griefs non fondés en un peu plus de six ans.

En novembre dernier, le TAT a confirmé la décision de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail, rendue préalablement en 2015.

L’employé, conducteur d’équipement mobile à Maniwaki, puis à Gatineau, tenait hardiment à devenir chef d’équipe.

Ses tentatives, rejetées par les cadres, ont été perçues comme des stratagèmes visant à l’écarter à tout prix.

Entre 2009 et 2015, le travailleur dépose des griefs – 23 au total – pour « harcèlement, de stratagèmes, de représailles, de complots, d’enquêtes internes et criminelles ».

Il dit avoir été écarté de postes de direction à cause de ses nombreuses plaintes à l’employeur, et que cette insécurité l’a mené tout droit à la dépression.

L’employeur affirme de son côté qu’il s’agit d’un individu « difficile à gérer ». Pour lui donner une chance de reprendre sa carrière en main, on le réaffecte du côté de Gatineau.


« Il soupçonne qu’on l’épie (...). C’est un cercle vicieux qui s’autonourrit et qui rend l’environnement de travail toxique. »
Extrait de la décision du Tribunal administratif concernant un travailleur du MTQ

Le moindre pépin est souligné, alors que tout semble être dirigé contre lui.

Dans sa décision, le tribunal administratif retient que le caractère du travailleur entre directement en conflit avec un de ses supérieurs immédiats, et d’autres collègues.

« Il filme ses collègues, prend des photos, prend des notes, relève les moindres défaillances ; il envoie des lettres, des courriels, des mémos à la direction immédiate, et à la plus haute direction. Il formule des plaintes, des dénonciations, des griefs. Il soupçonne qu’on l’épie à son tour, qu’on le traque à l’aide de caméras, de GPS, et il formule de nouvelles plaintes en conséquence. C’est un cercle vicieux qui s’autonourrit, une prophétie autoréalisatrice qui s’installe au fil des années et qui rend l’environnement de travail toxique, (...) il y a cette récrimination du travailleur à l’effet qu’on le tient injustement à l’écart d’un poste de chef d’équipe. Au fil des années au service de l’employeur, cette quête devient pour lui une véritable obsession ; il veut accéder à un poste de chef d’équipe. Tous ceux qu’il verra comme obstacle à ce rêve en paieront éventuellement le prix. »

Allant dans le sens contraire des allégations du plaignant, le tribunal retient que le MTQ a fait preuve de sang froid et de bonne volonté en tentant, chaque fois, de trouver une solution, et de remédier aux problèmes, maintes fois soulignés par le travailleur.

« Il n’y a rien d’objectivement traumatisant dans le récit des divers évènements rapportés par le travailleur, écrit le juge administratif, Jason W. Downey. Sa volonté d’accéder à un poste de chef d’équipe semble souvent empoisonner ses relations avec d’autres individus. L’employeur n’y est pour rien, sauf pour tenter de composer du mieux qu’il le peut avec la situation. »