Reda Benabed a comparu, mercredi matin, au palais de justice de Trois-Rivières. Il fait face à quatre accusations en lien avec l'incident.

Homme poignardé en direct sur Facebook: l'agresseur... et la victime accusés

TROIS-RIVIÈRES — Les quelques utilisateurs Facebook à l’écoute d’une vidéo en direct, mardi après-midi, ne s’attendaient certainement pas à voir une scène qui leur glacerait le sang. C’est cependant ce qui s’est produit lorsque l’individu à l’origine de la diffusion a été victime d’une agression à l’arme blanche en direct provenant de l’un de ses amis.

C’est au domicile du suspect, Reda Benabed, un homme de 33 ans, que l’événement s’est produit. Selon la Direction de la police de Trois-Rivières, une dispute a éclaté vers 17h entre le suspect et son ami, Émilien Turcotte, âgé de 22 ans. Une altercation physique s’en est suivie et a mené à l’agression à l’arme blanche. Les coups de couteau ont été vus en direct par des participants à la discussion qui ont aussitôt alerté les autorités en leur donnant l’adresse du lieu de l’agression armée.

Émilien Turcotte a tenté de se défendre lorsqu’il a constaté les intentions de son assaillant, mais en vain.
Dans les secondes suivant l’incident, Émilien Turcotte a exposé ses blessures aux gens à l’écoute de la diffusion en direct sur Facebook.

Blessée à la poitrine, la victime s’est tout de suite rendue au dépanneur voisin de l’endroit pour y contacter les secours. «Il est arrivé en trombe dans le commerce en criant qu’on l’avait «piqué». Nous avons donc contacté les autorités et le reste de la scène s’est déroulé à l’extérieur», raconte le propriétaire du dépanneur, Olier Couture. 

L’agression étant survenue dans la résidence voisine de son dépanneur situé sur le boulevard Sainte-Madeleine à Trois-Rivières, Olier Couture a été appelé à contacter les secours lorsque la victime s’est précipitée dans son commerce. Sur la photo: Olier Couture, propriétaire du dépanneur le Madelinois.
De nombreux internautes ayant assisté à la scène via la diffusion en direct sur Facebook ont contacté les policiers pour leur indiquer la situation dont ils venaient d’être témoins ainsi que l’adresse de l’endroit.

Pendant ce temps, le suspect, pour sa part, a démarré une seconde diffusion en direct dans laquelle il s’est exprimé face au crime qui venait tout juste de survenir. Dans cette vidéo, on le voit, arme blanche à la main, faire les 100 pas et livrer son opinion sur la victime et ce qu’elle venait de subir. «Il s’est fait piquer! Ça lui apprendra», peut-on l’entendre dire. Par la suite, on y voit les policiers entrer chez l’homme et procéder rapidement à son arrestation.

Plusieurs spectateurs attentifs de la vidéo en direct laissaient des commentaires signifiant à Reda Benabed que les policiers étaient en route et qu’il n’avait d’autre choix que de se rendre.
Constatant l’arrivée des policiers, Reda Benabed s’est empressé d’empoigner son téléphone intelligent pour capter la scène et la montrer aux spectateurs en ligne.
— Photo: Facebook

Enfin, dans une autre vidéo publiée sur Facebook, on voit cette fois la victime exposer ses blessures à ses abonnés alors qu’elle était visiblement prise en charge par des professionnels de la santé. 

Il est à noter que l’alcool pourrait avoir été un des facteurs à l’origine de l’agression au couteau. 

Reda Benabed a été accusé de voies de fait armées et de voies de fait causant des lésions corporelles. La poursuite s’est opposée à sa remise en liberté après sa comparution. Benabed demeurera détenu jusqu’au 12 août pour la tenue de son enquête sur remise en liberté.

Cet individu est bien connu des milieux judiciaires. Il a à son actif quelques dizaines d’antécédents. Parmi ses antécédents, on note des dossiers de vols qualifiés en 2005 et en 2014, de leurre et de possession de pornographie juvénile en 2017, ainsi que de bris de probation en 2017.

La présumée victime dans ce dossier, Émilien Turcotte, se retrouve aussi devant la justice, faisant face à une accusation d’entrave à un policier. Il aurait fourni une fausse identité aux policiers.

La Couronne a accepté de le remettre en liberté, moyennant certaines conditions. Une d’entre elles est de ne pas posséder de fausses pièces d’identité. Une autre condition est de ne pas se trouver à l’usine ATrahan de Yamachiche. Lors de sa comparution, mercredi, Turcotte a été accusé d’introduction par effraction à cette entreprise, un geste qui aurait été commis en février. Il était visé par un mandat depuis mai.

Si Turcotte a été remis en liberté pour ses causes dans le district de Trois-Rivières, il demeure tout de même détenu. L’individu était l’objet d’un mandat depuis le mois de mars pour des causes de menace et de bris de probation dans le district de Drummondville. Il sera au palais de justice de Drummondville lundi.

Avant de comparaître, Turcotte, un vidéaste très actif sur les médias sociaux, a été transporté à l’hôpital, souffrant de blessures mineures et a reçu son congé quelques heures après son admission.

Une photo illustrant sa condition quelques heures après l’altercation a également été publiée sur les réseaux sociaux.

Intervention rapide

La porte-parole de la Sécurité publique de Trois-Rivières, Carole Arbelot, explique que la présence de patrouilleurs tout près de la résidence a permis une intervention rapide et efficace pour procéder à l’arrestation du suspect. Les autorités ont également pu mettre la main sur les vidéos de l’arrestation et de l’agression. Ils s’en serviront comme preuve devant la justice.

Par ailleurs, selon la porte-parole, le fait que les événements aient été diffusés sur les réseaux sociaux n’a rien changé à la façon dont les autorités ont opéré. «Nos méthodes demeurent les mêmes qu’il y ait ou non une diffusion. Dans ce cas-ci, nous avons même pu mettre la main sur les vidéos et bénéficier d’une preuve à présenter à la Cour.»

Avec la collaboration de la Presse canadienne.