Hassan Diab parle de la décision de la Cour d’appel française de reporter sa décision lors d’une conférence de presse tenue sur la colline du Parlement à Ottawa vendredi.

Hassan Diab « extrêmement déçu » par le report de sa décision

Le professeur libano-canadien Hassan Diab avait convoqué la presse pour réagir à un verdict définitif dans le dossier de l’attentat qu’on l’accuse d’avoir commis à Paris en 1980. Il s’est finalement présenté au parlement pour commenter un dénouement « bizarre » dans la saga.

La justice française a reporté vendredi la décision sur le non-lieu qui avait été prononcé en janvier dernier. On a dit avoir besoin d’un nouvel expert graphologique et d’un nouveau juge d’instruction, et la cause a été ajournée à une date indéterminée.

La décision de la Cour d’appel de Paris a évidemment suscité une vive déception dans le camp Diab. « Ma famille et moi vivons dans cette situation kafkaïenne depuis plus de dix ans », a laissé tomber en conférence de presse le professeur de sociologie de la région d’Ottawa.

Le verdict le replonge surtout dans l’incertitude. Avec son avocat canadien, Donald Bayne, il a ainsi de nouveau exhorté le gouvernement libéral à réviser la Loi sur l’extradition, en vertu de laquelle le précédent gouvernement conservateur l’a remis entre les mains de la justice française.

Car dans sa forme actuelle, la loi « place tous les Canadiens à risque d’une extradition injuste potentielle », a plaidé Hassan Diab. Accusé d’avoir participé à l’attentat perpétré contre la synagogue de la rue Copernic, à Paris, en 1980, l’homme a été extradé en novembre 2014.

Le Libano-Canadien, qui a toujours nié son implication dans l’attaque, a passé plus de trois ans dans une geôle française, souvent en isolement cellulaire. Il est rentré au pays en janvier 2018, la justice française ayant déterminé que la preuve n’était pas suffisamment solide.

L’une des principales preuves dans cette affaire était une expertise graphologique selon laquelle la calligraphie sur la note d’un formulaire d’hôtel rempli par une personne présumément impliquée dans l’attentat ressemblait à celle de Hassan Diab.

Son avocat a toujours maintenu que l’expertise ne tenait pas la route puisque les cinq mots ayant fait l’objet de l’analyse étaient écrits en script — et que la comparaison avait été effectuée avec la calligraphie cursive du professeur universitaire.

On s’explique donc mal ce nouveau délai judiciaire.

Mais « on peut émettre l’hypothèse que dans le contexte où le terrorisme est quand même effrayant — en France, particulièrement, depuis trois ou quatre ans, il y a eu des attentats affreux qui ont eu lieu », a offert vendredi Roger Clark, du comité de soutien à Hassan Diab.

« Donc il y a déjà une hésitation, je crois, de la part du gouvernement, des politiciens, de se montrer trop faibles, de se montrer trop doux, vis-à-vis le terrorisme. Et maintenir ce cas, c’est une façon de donner (cette) impression », a suggéré cet ancien d’Amnistie internationale.

Le camp Diab a par ailleurs de nouveau réclamé la tenue d’une enquête publique.

L’enquête indépendante externe ordonnée par la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, n’est pas satisfaisante, a pesté Donald Bayne.

Et il n’est pas question pour eux de participer à cette « mascarade », a lancé l’avocat en faisant référence à l’exercice piloté par l’ex-procureur en chef de l’Ontario, Murray Segal.

Ce dernier n’a pas le pouvoir d’exiger des documents ou de contraindre des témoins à comparaître.