Ugo Fredette

Fredette: le jour des meurtres, il a atteint son point de rupture, dit son avocat

SAINT-JÉRÔME — Ugo Fredette a atteint son «point de rupture» le 14 septembre 2017, le jour où il a tué son ex-conjointe Véronique Barbe et Yvon Lacasse.

Meurtri à force d'encaisser le dénigrement et les railleries de sa conjointe, l'accusé n'a jamais eu l'intention de tuer qui que ce soit ce jour-là, a fait valoir son avocat en présentant son résumé de la défense.

Me Louis-Alexandre Martin a ainsi fait sa déclaration d'ouverture jeudi, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Le procureur n'a pas dit au jury de blanchir son client âgé de 43 ans: il lui a plutôt demandé de l'acquitter des accusations de meurtre prémédité et de le reconnaître coupable d'homicide involontaire.

Pour déclarer quelqu'un coupable de meurtre, il faut que la Couronne démontre que l'accusé avait l'intention de tuer. Et Ugo Fredette n'avait pas cette intention, a fait valoir l'avocat.

«Sans intention, nul meurtre comme condamnation», a-t-il répété en faisant face au jury, dans la salle de cour.

Cette cause va porter sur un homme malmené psychologiquement, et parfois physiquement, «qui va atteindre son point de rupture», a expliqué Me Martin.

Il a dépeint un homme amoureux de sa conjointe, qu'il connaît depuis l'école primaire. «Mais elle, c'est moins clair», a-t-il dit. Elle crie contre lui, parle en mal de lui, le dénigre devant les autres et même sur les réseaux sociaux. Il passe par-dessus tout cela, mais ça lui fait mal: il encaisse et encaisse, explique Me Martin.

Le jour où la femme a été retrouvée morte chez elle, ils ont eu une violente altercation et elle lui a fait une menace qui l'a jeté dans un état de panique totale et lui a fait perdre le nord. «Ça déclenche quelque chose dans sa tête», a relaté Me Martin. Les médias ne peuvent toutefois révéler pour le moment sur quoi portait cette menace, en raison des ordonnances prononcées par la Cour.

Véronique Barbe tente alors de le faire tomber du haut d'un escalier puis elle va chercher un couteau. Il la bloque. Mais cela fait ressortir toute l'énergie négative des railleries et du dénigrement qu'il a accumulée, rapporte l'avocat.

«Il snappe», a lancé Me Martin aux membres du jury.

Sa mémoire n'est que par «flashes» à ce moment. Il se rappelle un coup de couteau sur le bras de la femme. Après, c'est le «black-out», explique le procureur.

Puis, il se souvient d'avoir vu Véronique, par terre, un couteau planté dans son corps.

Un enfant de six ans était présent sur les lieux. Il lui dit qu'il a peur du sang. Dans un état de panique, Fredette quitte avec le bambin, a déclaré son avocat aux 12 membres du jury.

Il y a un désordre émotif qui s'installe et cela va colorer toutes les décisions qui vont suivre, ajoute-t-il.

En voiture, il franchira une grande distance, traversant plusieurs villes du Québec. Dans une halte routière de La Tuque, Fredette va aux toilettes. Quand il revient, l'enfant n'est plus dans sa voiture. Paniqué, il le cherche et voit un homme âgé assis dans une voiture «qui tire ses mains vers l'intérieur». L'enfant ne veut pas et résiste, relate le procureur. Fredette lui crie de le lâcher mais l'homme - qui est Yvon Lacasse, âgé de 71 ans - lui écrase ses lunettes dans le visage et le grafigne. Fredette riposte et donne des coups de poing. La bagarre se poursuit dans le véhicule, puis à l'extérieur. Dans la mêlée, l'homme tombe par terre et se cogne la tête. Fredette pense qu'il est mort: voilà comment Me Martin a rapporté les faits qu'il entend prouver.

«Ça rajoute une couche», dit le procureur, ajoutant que l'accusé «n'est pas dans son état normal».

Plus tard, il voit que l'enfant a du sang sur les mains. Il réalise à ce moment que c'est probablement pourquoi Yvon Lacasse tirait sur ses mains.

Les faits avancés jeudi matin par l'avocat d'Ugo Fredette n'ont pas encore été prouvés devant le jury et ne constituent pas de la preuve.

Dans ce but, Me Martin a commencé à appeler des témoins à la barre. La première personne à témoigner a été une technicienne de laboratoire qui a expliqué les tests qu'elle a réalisés sur une lame et un manche de couteau.

L'accusé est présumé innocent jusqu'à preuve du contraire.

La théorie de la Couronne est qu'Ugo Fredette n'acceptait pas sa séparation et qu'il a poignardé à mort Véronique Barbe de 17 coups de couteau. Quant à Yvon Lacasse, il l'aurait frappé pour lui voler son véhicule afin de se sauver.

Le procès devant jury a débuté le 6 septembre dernier et il se poursuit vendredi.