La scène de la collision mortelle, en septembre 2018.

Face à face intentionnel sur la 50: quatre ans et demi de pénitencier

« Le caractère égoïste, évitable et gratuit » du comportement d’un automobiliste ayant volontairement provoqué un face à face sur l’autoroute 50, à Gatineau, s’est inscrit dans sa sentence de quatre ans et demi de pénitencier, mercredi. Mathieu Larcher-Ethier a reconnu ses gestes au palais de justice de Gatineau, malgré un souvenir bien nébuleux du drame qui a coûté la vie à Vincent Labelle, le 7 septembre 2018.

Par cette journée ensoleillée, Mathieu Larcher-Ethier a donné un coup de volant vers la gauche pour percuter de plein fouet le véhicule que conduisait Vincent Labelle, 34 ans, de L’Ange-Gardien.

Le tronçon de la 50 à la hauteur du chemin Lépine faisait une autre victime. Les deux voies opposées sont contiguës.

De son côté, Mathieu Larcher-Ethier aurait répété aux premiers témoins et aux intervenants d’urgence qu’il avait tenté de s’enlever la vie.

Un an plus tard, il a dit au tribunal qu’il ne se souvenait pas de cet instant. Il s’est cependant dit prêt à croire les témoins sur parole. Il a plaidé coupable à un chef de négligence criminelle causant la mort.

Selon les expertises faites sur la scène de crime, la victime n’aurait jamais vu venir le conducteur fautif. Aucune trace de freinage ou de dérapage n’a été observée. M. Labelle est mort sur le coup.

La mère de la victime n’a pas voulu parler aux médias, mercredi. Devant la juge Desaulniers, Sylvie Major a toutefois rappelé comment ce drame faisait toujours mal aux siens. 

Pour la conjointe de M. Labelle, Marie-Jo Paillé, c’est tout un projet de vie qui s’est effondré avec le décès de Vincent.

L’accusé a voulu témoigner avant de prendre le chemin de la prison. Des proches de la victime, qui ne voulaient pas l’entendre, ont préféré sortir de la salle d’audience.

« Pour moi, tout est irréel, a dit l’accusé. Tu tues, alors que tu ne veux pas tuer. »

L'accusé dans cette affaire, Mathieu Larcher-Ethier.

Décision

La juge Anouk Desaulniers a entériné la proposition commune de la Couronne et la défense. « L’accusé s’est servi de la voiture de M. Labelle comme instrument pour s’enlever la vie. » 

La magistrate a repris les propos de proches de la victime qui ont qualifié le geste de l’accusé d’« égoïste ». Bien que la peine semble clémente, a dit la juge, elle n’est pas déraisonnable, car elle correspond aux types de sentences imposées dans des cas semblables. Le plaidoyer de culpabilité et le facteur de la santé mentale ont aussi été pris en considération par les procureurs au dossier.

« Je ne sous-estime pas le geste, précise la juge Desaulniers. Il faut le dénoncer haut et fort. Il a instrumentalisé un autre automobiliste. Lorsque l’accident est volontaire – et qu’il n’est pas le résultat de conditions climatiques – cela est d’autant plus difficile pour la famille et les proches. Le caractère égoïste, évitable et gratuit ajoute à la rage des familles. »

Le tribunal a imposé une interdiction de conduire de quatre ans, dès la sortie de prison de l’accusé.