Après 10 ans, un récidiviste peut demander la levée de cette condition s’il démontre que son rapport à l’alcool ou aux drogues ne compromet pas la conduite automobile.

Éthylomètres pendant au moins 10 ans: une coroner urge la SAAQ d’agir rapidement

MONTRÉAL — Après la mort au volant d’un jeune en état d’ébriété, une coroner recommande à la SAAQ de terminer rapidement ses travaux pour que le gouvernement mette en vigueur la règle imposant des éthylomètres pendant au moins 10 ans dans les voitures des récidivistes. Et elle suggère de faciliter la dénonciation de personnes qui prennent le volant après avoir bu.

Vincent Barbe est décédé à l’âge de 26 ans, quelques semaines après que l’éthylomètre de son véhicule eut été légalement retiré.

Le 30 avril 2015 au petit matin, à Blainville, le jeune homme a percuté violemment l’arrière d’une autopatrouille avec son véhicule. Il circulait à 161 km/h (dans une zone de 60 km/h), en état d’ébriété, et sans avoir bouclé sa ceinture de sécurité. Il est décédé sur les lieux mêmes de l’accident de plusieurs traumatismes, rapporte la coroner Andrée Kronström dans son rapport rendu public lundi.

Vincent Barbe avait été arrêté à deux reprises dans le passé pour alcool au volant, est-il souligné dans le rapport.

Son décès s’est produit quelques semaines après que l’antidémarreur éthylométrique fut enlevé de son véhicule. Il en avait été muni pendant près de 3 ans et 8 mois. Et durant cette période, il a tenté à plusieurs reprises de prendre sa voiture, mais l’appareil a bien fonctionné et l’en a empêché.

Me Kronström relève que quelques mois après la tenue des auditions dans le dossier de M. Barbe, une loi a été adoptée, en avril 2018, pour modifier le Code de la sécurité routière afin que tous les récidivistes de l’alcool au volant aient désormais l’obligation de conduire avec un antidémarreur éthylométrique, et ce, pour une période minimale de 10 ans. Après ce délai, un récidiviste peut demander la levée de cette condition s’il démontre que son rapport à l’alcool ou aux drogues ne compromet pas la conduite automobile.

L’entrée en vigueur de cette disposition n’a toutefois pas encore été décrétée, puisque des travaux préalables devaient d’abord être réalisés.

C’est pourquoi la coroner demande à la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) de terminer ses travaux au plus vite afin que cette nouvelle disposition soit mise en vigueur.

Elle recommande aussi à la SAAQ de mieux faire connaître le processus de dénonciation et de la faciliter par de meilleurs outils. Pour l’instant, il est possible d’aviser la SAAQ de façon anonyme par téléphone. Elle peut ensuite enclencher un processus d’évaluation pour circonscrire le risque.

En 2017, seulement 60 signalements pour de l’alcool au volant ont été faits, ce qui laisse croire que le processus est méconnu.

Et la SAAQ n’avait pas reçu d’information concernant le jeune homme maintenant décédé: «Il semble donc que personne n’ait rapporté à la SAAQ que M. Barbe a tenté de faire fonctionner son véhicule alors qu’il était ivre», est-il relaté dans le rapport.