Le père a reçu une sentence de 18 mois pour avoir secoué son bébé de cinq mois.

En prison pour avoir secoué son bébé qui s'étouffait

Un père de famille de la région a été condamné à passer 12 mois derrière les barreaux après avoir secoué son bébé de cinq mois qui venait de s'asphyxier en buvant du lait.
Le père, dont l'identité ne peut être dévoilée afin de protéger celle de son fils, a reçu sa sentence en décembre au palais de justice de Campbell's Bay, dans le Pontiac.
Les faits que l'homme dans la vingtaine a d'abord tenté de cacher, pour ensuite tout avouer, remontent à 2013. Pendant que la mère dort, le père du bébé, à l'époque âgé de cinq mois et demi, lui donne son biberon en l'installant dans sa chaise inclinée.
« Afin que le biberon tienne en place [le père] place une serviette de façon à soutenir la bouteille et permettre l'écoulement du lait en continu dans la bouche du nourrisson, lit-on dans la décision rendue par le juge Richard Laflamme. Laissant l'enfant sans surveillance, le père s'affaire à faire la vaisselle en plus de discipliner les deux autres enfants du couple dans le salon. Pendant ce temps, l'enfant s'asphyxie avec son lait et démontre des signes évidents de détresse ; il avait une teinte bleutée et ne répondait plus au stimulus. »
Le père a admis qu'en s'apercevant de l'état de son bébé, il a été pris de panique et l'a secoué « afin qu'il reprenne ses sens ». « La preuve démontre, hors de tout doute, que l'enfant a subi un traumatisme dont les séquelles sont de moyennes à sévères, précise-t-on dans le jugement. Il y a eu détachement de la rétine ainsi que deux hématomes au cerveau. Il a été hospitalisé un mois et demi. »
Dans les jours suivants les événements, le père n'a pas informé la mère de ce qui s'était produit, et n'a pas consulté malgré la détérioration de l'état du bébé, qui « vomissait sans cesse ». Après une visite au CLSC puis à l'hôpital, le nourrisson s'est retrouvé au Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario, où l'hypothèse du syndrome du bébé secoué a été retenue.
Après avoir nié toute responsabilité lors de plusieurs rencontres avec les policiers, le père est passé aux aveux et a raconté « qu'en secouant l'enfant, la tête a basculé à cinq ou six reprises ». Il a ainsi été accusé de négligence criminelle ayant causé des lésions corporelles à son enfant.
Au moment où la décision a été rendue, l'enfant éprouvait un retard de développement « qui ne peut être attribué avec certitude aux blessures causées par l'accusé », lit-on dans le jugement.
L'accusation de négligence criminelle causant des lésions corporelles a valu au père l'imposition d'une peine de détention de dix mois, à laquelle se sont ajoutées d'autres peines de 15 à 30 jours de détention pour menaces et bris d'engagement dans d'autres dossiers. Au total, la peine totalise donc 12 mois derrière les barreaux, après quoi le père sera soumis à une période de probation de trois ans.
Un «malheureux accident» selon la DPJ
Par ailleurs, le tribunal s'est dit « perplexe » de voir que la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) a considéré comme un « malheureux accident » les gestes ayant mené au dépôt d'une accusation de négligence criminelle ayant causé des lésions corporelles contre un jeune père de famille ayant reconnu avoir secoué son bébé de cinq mois et demi.
Dans son jugement rendu en décembre dernier à Campbell's Bay, le juge Richard Laflamme souligne que le père de famille est « affectueux avec ses enfants », mais que ses habiletés parentales sont toutefois « limitées ». 
En référant aux événements survenus en 2013, alors que le père a secoué son nourrisson qui s'étouffait avec son lait, la DPJ a indiqué que l'homme s'était impliqué de façon positive et que le dossier a ainsi été fermé, « considérant qu'il s'agit d'un accident ». 
« Une lettre de Centre jeunesse affirme que les enfants sont attachés à leur père et ne démontrent aucun signe de crainte, lit-on dans le jugement. [...] Par ailleurs, la représentante de la Direction de la protection de la jeunesse ajoute : 'Nous croyons que l'incident d'abus physique est un malheureux accident lié au fait que [le père] était mal outillé en premiers soins auprès de jeunes enfants. Nous croyons que le père a paniqué et qu'il a secoué l'enfant afin de lui venir en aide parce qu'il s'étouffait et non dans le but de l'abuser physiquement'. »
Ce passage a laissé le tribunal « perplexe », puisqu'« il est de nature à nier l'intention criminelle requise en matière de négligence » et puisque « l'auteure de la lettre semble faire abstraction de la longue série d'actes négligents commis par l'accusé. 
Celui-ci était certes mal outillé et peut-être a-t-il paniqué, mais sa conduite n'en demeure pas moins une insouciance déréglée ou téméraire à l'égard de la sécurité de son enfant. Lorsqu'une personne déroge d'une façon aussi marquée à la norme, on ne peut qualifier cela d'un 'malheureux accident' ; il s'agit d'un crime passible d'une sanction en vertu du Code criminel. »