Kervin John, 41 ans, a été reconnu coupable de vols de bottes, de clés, et d’entrave au travail des policiers.

En appel du verdict... avant le verdict

Un interminable procès, ponctué d’aussi longues plaidoiries et élucubrations de la part de l’accusé, tire à sa fin. Au banc des accusés, Kervin John, 41 ans, a été reconnu coupable de vols de bottes, de clés, et d’entrave au travail des policiers.

Des heures interminables ont été nécessaires pour enfin en venir à un verdict de culpabilité dans une affaire somme toute mineure, vendredi, au palais de justice de Gatineau.

Le juge Jean-François Gosselin s’est dit surpris, encore une fois, du comportement de l’accusé, vendredi.

Avant même que soit rendu le verdict, Kervin John a déposé une requête indiquant qu’il en appelait... du verdict.

« C’est la première fois en 22 ans de pratique que je vois une telle chose », a dit, sur le banc, le magistrat.

Kervin John s’est bien fait connaître dans le district judiciaire pour avoir perpétré des introductions par effraction nocturnes, dans le but de regarder de parfaits inconnus dormir, dans l’intimité de leur chambre.

Après trois ans de détention préventive, de 2014 à 2017, il a réussi à se faire acquitter dans ce dossier, en plaidant lui-même l’arrêt Jordan sur les délais déraisonnables.

Mais, à peine une semaine après sa sortie de prison en août 2017, il a repris là où il avait laissé. Il s’est introduit à nouveau dans des résidences ou sur des terrains d’inconnus, à Gatineau, en septembre de la même année.

Arrêté à nouveau, et de retour devant le tribunal, il avait fait écarquiller les yeux de plusieurs en affirmant que sa libération précédente était illégale. « On ne peut pas libérer un sans-abri de cette façon », avait-il dit, ajoutant que le système judiciaire avait fait de lui un sans-abri criminalisé.

Vendredi, le juge l’a reconnu coupable d’avoir volé des bottes, avec lesquelles il a pris la fuite lorsque les policiers se sont lancés à ses trousses, après l’appel d’urgence d’un résident. Cela lui a valu une inculpation d’entrave aux agents de la paix, qui lui ordonnaient en vain de s’immobiliser.

La preuve du ministère public affirme par ailleurs qu’il avait utilisé les clés d’une femme pour s’introduire dans son véhicule.

Barabbas dans la Passion

Kervin John, qui se représente seul, est connu comme Barabbas dans la Passion, au palais de justice de Gatineau. Il peut parler pendant des heures lors de ses plaidoiries, et affectionne tout particulièrement la thèse du complot des policiers, du système de justice, et même des médias, à son égard. Il se sent constamment la cible des policiers.

Ses antécédents judiciaires remontent aux débuts des années 2000, pour des crimes semblables d’introduction par effraction. La décision du juge, traduite du français à l’anglais, a été rendue en plus de deux heures. Après avoir trouvé coupable l’homme des chefs déposés par le ministère public, le juge a commenté la façon dont le procès s’était déroulé.

« Il n’y a pas un iota de doute quant à l’absence de complot ou de fabrication de preuve », a mentionné le juge Gosselin, qui, à l’instar des autres juges ayant eu affaire à cet homme, a dû puiser profondément dans ses réserves de patience.

L’accusé n’a pas hésité à interrompre le juge qui lisait sa décision.

La sentence sera rendue plus tard.