Le président du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, demeure toujours ému lorsqu’il parle des six hommes et amis tombés il y a exactement deux ans sous les balles d’Alexandre Bissonnette.

Deux ans après la tuerie de la Grande Mosquée, Boufeldja Benabdallah se souvient [VIDÉO]

Boufeldja Benabdallah refuse de désespérer malgré le douloureux souvenir de la tuerie du 29 janvier 2017 à la Grande Mosquée. Au contraire, il a la conviction que le devoir de mémoire envers les victimes permet de faire jaillir «quelque chose de meilleur» du malheur qui a frappé la communauté musulmane de Québec, tous les résidents de Québec.

Le président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) demeure toujours ému lorsqu’il parle des six hommes et amis tombés il y a exactement deux ans sous les balles d’Alexandre Bissonnette. La même tristesse l’habite lorsqu’il est question des veuves et des familles des victimes.

«Avec trois jours de commémoration, la charge émotive revient, quoique moins intense que l’an passé. On a de la résilience, mais en dedans ça bouille encore», confie-t-il.

Pour lui, le devoir de mémoire sera toujours nécessaire, peu importe la forme qu’il prendra. «On a demandé aux familles il y a trois semaines si elles voulaient une commémoration sur trois jours comme l’an passé et elles ont dit : “Oui.” Elles nous ont dit souhaiter ne pas vouloir que la société oublie que nos gens sont morts, qu’elle sache qu’on est des citoyens à part entière, qu’on a des sentiments, des choses a dire et que la société aussi à des choses à dire pour nous, se rapproche de nous. Ça nous conforte», explique M. Benabdallah.

Au quotidien, des stigmates de cette soirée d’horreur persistent même s’ils s’estompent avec le temps. «Il y a toujours une crainte dans la tête, une vigilance. C’est une drôle d’impression. On frappe à la porte et on se demande qu’est-ce que c’est. Si on voit que quelqu’un se promène devant la mosquée, on se demande ce qu’il fait là», illustre le président.

Le flot d’amour

Ce qui demeure encore, et surtout, c’est le souvenir du flot d’amour et le support de la communauté dans les jours qui ont suivi le drame. «Oh la la! Je ne peux pas décrire ça avec des mots. Cette marée humaine qui nous soutenait, les mots d’appui reçus.»

À travers ses rencontres avec les citoyens de Québec qu’il ne connaît même pas, M. Benabdallah constate toujours ce même soutien envers la communauté musulmane. «Il y a une continuité. Si je salue quelqu’un et qu’il me reconnaît, le sujet va venir sur la discussion. Mais ce n’est pas triste. Les gens me disent qu’ils sont avec nous et qu’ils ne pensaient jamais que ça allait arriver à Québec. La sympathie a continué à travers chaque individu, pas juste en groupe», se réjouit-il.

Une expérience personnelle qui lui fait dire que la tragédie aura eu comme seul effet positif de tisser des liens plus serrés entre les communautés. 

«Il y a un grand grand malheur qui a touché notre société et en premier lieu notre communauté. Mais il y a du bien. Nous, on se dit qu’ils [les victimes] ne sont pas partis pour rien et ça nous conforte», lance-t-il, peinant à retenir ses larmes. «Dans notre Islam, il y a un verset qui dit : “Peut-être que dans ce que vous subissez de mauvais, il sortira quelque chose de meilleur”», poursuit-il. «On n’est pas dans un monde où il faut désespérer. Je désespère seulement de voir les enfants attendre leur père le soir, pour qu’ils puissent se faire des câlins. Autrement, la vie va continuer.»

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DEUX DATES IMPORTANTES

Ce mardi 29 janvier se tient la commémoration publique de la tuerie à l’atrium du pavillon Alphonse-Desjardins de l’Université Laval, de 19h à 21h. Elle sera précédée d’une exposition avec création collective et kiosque à partir de midi la même journée.

À 13h30, la Ville de Québec dévoilera le concept d’une œuvre en hommage aux victimes de l’attentat de la Grande Mosquée. 

Le vendredi 8 février figure aussi parmi les dates importantes pour la communauté. En effet, c’est ce jour que sera connue au palais de justice de Québec la sentence d’Alexandre Bissonnette pour le meurtre de six fidèles et tentative de meurtre sur cinq autres victimes. 

Une journée que le président du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, appréhende. «Ça va être difficile, lance-t-il, pensant surtout aux veuves qui seront sûrement présentes pour entendre le prononcé du juge. Il faut que la justice fasse son travail pour que ça soit exemplaire», résume-t-il, sans vouloir spéculer sur la sentence qui sera imposée au meurtrier.

À travers tout ce processus, et malgré la douleur, il retient surtout la dignité et l’exemplarité dont ont fait preuve les membres de la communauté. «Jamais ça n’a été dans l’esprit de quelqu’un de se venger. Je n’ai jamais entendu ça. Ça me suffit pour dire que notre communauté, elle est digne et exemplaire. Je suis fier de ça.»