La rue Hurtubise a été l'une des plus touchées par les inondations du printemps 2017.

Des travaux plus stressants que les inondations

Un entrepreneur de Berthierville a fait vivre un véritable « cauchemar » aux propriétaires de quatre résidences ayant été victimes des inondations ayant frappé Gatineau au printemps 2017. L’utilisation de méthodes inappropriées, le non-respect des plans et les multiples retards dans l’exécution des travaux ont causé bien des maux de tête aux propriétaires, au point où la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) a choisi, au nom de « l’intérêt public », de révoquer la licence de l’entrepreneur.

Sylvie Maltais et André Godon ont été durement touchés par les crues historiques du printemps 2017. L’eau a atteint une hauteur de 53 pouces dans leur sous-sol du boulevard Hurtubise, qui borde la rivière des Outaouais. Mme Maltais n’hésite toutefois pas à dire que « l’inondation, comparée à la rénovation, ce n’était rien ».

L’entreprise J.P. Fafard Levage de maisons inc. a fait vivre un cauchemar à des Gatinois victimes des inondations du printemps 2017.

Dans une décision rendue à la fin décembre, la RBQ explique que l’entreprise J.P. Fafard Levage de maisons inc. a été retenue par quatre voisins « pour lever leur maison afin de réparer les fondations lourdement endommagées ».

L’entrepreneur a été trouvé grâce à une recherche sur Internet, car l’Outaouais connaissait alors « une pénurie de main-d’œuvre de construction ». Au préalable, les propriétaires avaient vérifié que l’entreprise dirigée par Gérald Junior Perreault détenait une licence de la RBQ. Ils avaient aussi obtenu l’aval du ministère de la Sécurité publique pour ces travaux en zone inondable.

L’entreprise J.P. Fafard Levage de maisons inc. a accumulé les erreurs chez des clients gatinois qui tentaient de tourner la page sur les inondations du printemps 2017.

Au départ, « il était très gentil », se rappelle Mme Maltais. « Au début, il répondait à nos appels, ajoute sa voisine Chantal Therrien. Mais pas pendant les travaux. » Un autre voisin, François Cléroux, parle d’un entrepreneur qui semblait a priori « diplomate et très professionnel ».

La confiance des propriétaires envers l’entrepreneur s’est rapidement effritée. Une fois la maison de Sylvie Maltais et André Godon levée, en novembre 2017, M. Perreault n’a pas installé de toiles de protection ni de système de chauffage. La facture d’électricité a presque triplé. « Ça a aussi fait geler toute la tuyauterie, a raconté Mme Maltais au Droit. Les tuyaux pétaient. La journée où il est venu pour couler le ciment, l’eau giclait partout en bas, c’était effrayant de voir ça. [...] C’était vraiment un cauchemar. »

Le scénario fut le même chez M. Cléroux, qui n’hésite pas à dire qu’il a vécu « l’enfer » à cause de l’entrepreneur. « Ça a pris trois mois pour lever ma maison et la redescendre, raconte-t-il. Généralement, c’est trois semaines. [...] La maison est tout abîmée. J’ai de la céramique et du bois franc, ça craque partout. Ce n’est pas fini. Je suis découragé. »

Des problèmes ont aussi été observés pour le remblayage, avant le coulage des nouvelles fondations. « Il renflouait ça avec plein de débris, même avec des mottes de neige, se souvient Mme Maltais. Au dégel, on avait des cratères tout le tour de la maison. »

Chez Chantal Therrien, la maison devait non seulement être levée, mais aussi déplacée d’une quarantaine de pieds pour s’éloigner de la rivière. « [M. Perreault] voulait couler mon plancher de béton dans la cave sur de la boue, raconte la propriétaire. J’ai commencé à appeler des compagnies de construction qui m’ont dit que ça ne se faisait pas. » Avec les inondations et les retards dans les travaux, Mme Therrien a dû demeurer ailleurs pendant 18 mois. Elle est revenue chez elle, mais il reste encore des travaux à accomplir.

Les voisins affirment aussi que l’entrepreneur a pris une semaine de vacances dans le Sud au beau milieu des travaux, sans même prévenir ses clients.

L’entreprise J.P. Fafard Levage de maisons inc. a fait vivre un cauchemar à des Gatinois victimes des inondations du printemps 2017.

Chez Denise et Raymond Bergeron, les travaux « devaient prendre de deux à trois semaines ». « Le tout a pris fin 15 semaines plus tard, avec une bonne partie des travaux mal faits ou incomplets », racontent les Bergeron, qui ont dû assumer une facture salée auprès d’autres entreprises en raison des erreurs commises. La décision de la RBQ rapporte aussi que « les sections excavées devaient être remblayées avec du sable et l’ont plutôt été avec de la glaise », que des fissures sont apparues et que M. Bergeron « a dû passer par une fenêtre pour sortir de sa maison », car les portes ne s’ouvraient plus.

Chez M. Cléroux, la maison a été redescendue sur la nouvelle fondation « malgré l’absence des poutres sur lesquelles doit reposer » le bâtiment. « Des armoires se détachent des murs, des boiseries se brisent, des fissures apparaissent, des portes ne ferment plus », lit-on dans la décision.

En parallèle, les quatre voisins ont dû composer avec des sous-traitants mécontents de ne pas se faire payer par l’entrepreneur. Certains dossiers sont réglés, mais d’autres ne le sont toujours pas.

Les propriétaires se disent satisfaits de savoir que l’entreprise a vu sa licence être révoquée par la RBQ. Toutes ces démarches ont été faites « pour ne pas que ça n’arrive à personne d’autre », note Mme Therrien, qui n’écarte pas la possibilité de poursuivre l’entrepreneur.