William Pratte et Brandon Vaillancourt

Des peines opposées pour Vaillancourt et Pratte

Ce sont des peines diamétralement opposées allant de la peine avec sursis à des peines de prison fédérale qui ont été proposées pour William Pratte et Brandon Vaillancourt.

Les deux jeunes hommes qui ont été impliqués dans le meurtre de Félix Bergeron en juillet 2018 au centre-ville de Sherbrooke subissaient les observations sur la peine dans leurs dossiers, lundi, au palais de justice de Sherbrooke, devant le juge Conrad Chapdelaine de la Cour du Québec.

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Si sur la privation de liberté, le procureur aux poursuites criminelles Me Claude Robitaille et les avocates de la défense Me Julie Beauchemin et Me Mireille Leblanc sont distanciés, ils s’entendent sur le fait que les deux jeunes hommes doivent être encadrés par une longue probation pour favoriser leur réinsertion sociale.

« Ils ne s’en allaient pas chez Félix Bergeron dans l’optique de le tuer. Il y avait un risque que ça dégénère, mais sans considérer que ça dégénère à ce point-là », signale Me Robitaille.

Le ministère public reconnait « le bout de chemin qui a été franchi ».

« En moyenne, ça joue entre trois et cinq ans de prison. (...) Ils ont besoin d’aide. Le vouloir de s’en sortir, ce n’est pas au tribunal de l’imposer. C’est une peine de pénitencier que ça mérite. Mais est-ce que donner deux ans de pénitencier avec une probation ne serait pas une peine plus appropriée pour la société », soulève Me Robitaille.

Me Julie Beauchemin plaide pour que William Pratte reste encore trois ans en probation dans une maison de transition avec de sévères conditions dans le cadre d’une peine avec sursis ou 90 jours de prison à purger les fins de semaine et l’imposition de travaux communautaires.  

Quant à Brandon Vaillancourt, son avocate Me Mireille Leblanc a plaidé une peine de 90 jours à purger les fins de semaine et l’imposition de travaux communautaires avec l’imposition de sévères conditions dans le cadre d’une probation de trois ans.

Des excuses

C’est dans le monde de la consommation de drogue que Brandon Vaillancourt a connu Robert Sargeant, puis William Pratte.

Brandon Vaillancourt est passé de premier de classe et de joueur étoile de football au secondaire, à celui d’adolescent rebelle en quelques mois.

Un changement de position de la ligne offensive à la ligne défensive a marqué le début d’une pente descendante pour l’adolescent.

« C’était la fin de son monde. Tout s’est mis à déraper. Il s’est mis à prendre de la drogue. Ses notes ont dégringolé », signale la mère de Brandon Vaillancourt.

Le cercle social de l’adolescent s’est transformé de mauvaise façon qui l’a mené jusque dans les basfonds en ce soir de juillet 2018.

« J’ai vu la peine que tu as avec la perte de ton fils pour tout le temps (sic). Il ne méritait pas ça. J’en veux à Robert d’avoir fait ça. Dans ma tête, on allait chercher un téléphone, pas tuer quelqu’un. Je m’excuse... »

C’est en larmes que Brandon Vaillancourt s’est excusé à la mère de Félix Bergeron à la fin de son témoignage.

« Merci », a répondu la mère de Félix Bergeron avant de quitter la salle d’audience.

William Pratte a adressé une lettre d’excuses à la mère de la victime.

« J’ai perdu un ami et non un ennemi. Je n’aurais jamais pensé que cette soirée allait tourner au cauchemar. J’en suis désolé. Je travaille sur moi. J’aimerais que vous me pardonniez ce que j’ai fait. Je vais me battre toute ma vie pour ne plus consommer », a soulevé Pratte en se retournant vers la mère de la victime.

L’individu de 20 ans était le colocataire de Robert Sargeant lorsque les évènements sont survenus. Pratte était en quelque sorte sous son influence.

« Jamais je n’aurais pensé ce qui est arrivé », témoigne William Pratte.

Il avait consommé quatre pilules d’ecstasy et du cannabis lorsqu’il a commis le crime à l’endroit d’un individu qu’il connaissait depuis qu’ils avaient dix ans.

William Pratte a complété une thérapie. Il a été placé dans une maison de transition à Saint-Hyacinthe en attendant que sa peine soit imposée. 

Robert Sargeant, qui a reconnu avoir poignardé à mort Félix Bergeron, reviendra devant le tribunal mercredi pour les observations sur la peine dans son dossier d’homicide involontaire coupable.

Le juge Chapdelaine imposera la peine le 5 novembre.

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Stéphanie Laperle

« On a enlevé la vie de mon fils »

« Vivre la mort de son fils est la pire chose qu’une mère peut vivre. Félix avait juste 21 ans. Il ne s’est pas suicidé. Il n’est pas mort dans un accident. On lui a enlevé sa vie. »

C’est dos au juge, en regardant Brandon Vaillancourt et William Pratte dans les yeux, que la mère de Félix Bergeron s’est adressé à eux, lundi, au palais de justice de Sherbrooke.

Félix Bergeron a été tué à son logement de la rue Sanborn le 18 juillet 2018 au centre-ville de Sherbrooke.

Les deux jeunes individus avaient été acquittés de l’accusation d’homicide involontaire coupable de Félix Bergeron en plaidant coupable à de graves accusations dont le braquage de domicile correspond à la trame factuelle des tragiques évènements.

Vaillancourt et Pratte se sont rendus au logement de Félix Bergeron avec Robert Sargeant pour récupérer un cellulaire que ce dernier avait acheté de celui qui allait devenir la victime.

Sargeant a donné sept coups de couteau à Félix Bergeron, dont un au cœur qui a été fatal.

« Les garçons, j’ai été en colère contre vous et je le suis encore. La mort de Félix et les circonstances sont dures à accepter. C’est plus frustrant et plus douloureux encore. Je ressens de l’empathie parce que vous me faites penser à mon fils. Dans d’autres circonstances, ça aurait pu être mon fils et j’aurais été là pour lui. Vous êtes jeunes et vous avez pris de mauvaises décisions. Vous avez posé des gestes avec de graves conséquences que vous n’aviez pas envisagées. Je garde espoir que vous allez vous reprendre en main. Gardez en tête que vous allez vous retrouver mort à la même place si vous ne changez pas vos habitudes de vie », soulève la mère de Félix Bergeron, Stéphanie Laperle, qui se refuse de pleurer la mort de son fils tant que le processus judiciaire ne sera pas complété.

Lors des observations sur la peine, la mère de la victime a souhaité que William Pratte et Brandon Vaillancourt soient bien encadrés.

« Je ne pense pas que vous êtes de mauvais gars. J’ai accepté que le chef de meurtre soit abandonné. Je souhaite des sentences justes et équitables, mais à la hauteur de la conséquence du crime que vous avez commis. J’espère que vous allez travailler sur vous pour devenir de meilleurs humains. Pour nous, une simple sentence de prison n’est pas suffisante. Nous espérons une période de probation avec des conditions contraignantes pour vous garder dans le droit chemin », signale la mère de Félix Bergeron qui souhaite que la peine qui sera imposée fasse la différence dans la vie de Pratte et Vaillancourt.

Les deux accusés étaient accompagnés de leurs parents lors des observations sur la peine. 

« C’est le genre de dossier qui a fait plusieurs victimes collatérales », a signalé le procureur aux poursuites criminelles, Me Claude Robitaille.

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Les faits de la cause

 C’est une transaction de cellulaire qui a mal tourné qui est à l’origine de l’évènement qui a coûté la vie à Félix Bergeron en juillet 2018.

Un bâton de baseball a été amené sur la rue Sanborn au centre-ville de Sherbrooke, mais n’a jamais été utilisé lors de cette « visite » qui visait à récupérer le cellulaire, mais aussi la drogue chez celui qui allait devenir la victime dans cette affaire.

Pendant que Vaillancourt, qui avait été mandaté pour acheter de la drogue, discutait avec Félix Bergeron, Robert Sargeant est entré dans le logement de la rue Sanborn moins d’une minute plus tard.

Le rôle de Pratte était d’empêcher toute autre personne de se mêler des affaires de Sargeant avec Félix Bergeron.

Une bagarre a éclaté entre Sargeant et Félix Bergeron. Ce dernier s’est emparé d’un couteau pour se défendre, mais a été désarmé rapidement par Sargeant. Ce dernier l’a poignardé à mort.

Pendant la bagarre, Pratte et Vaillancourt ont volé les stupéfiants qui se trouvaient dans le logement.

Ils ont quitté les lieux convaincus que Félix Bergeron était hors de danger, malgré le fait qu’il était en sang dans son logement.

Pratte, 20 ans, avait reconnu le complot pour introduction par effraction dans une maison d’habitation, l’introduction par effraction pour y commettre un vol qualifié, le trafic de stupéfiants et la possession simple de stupéfiants.

Brandon Vaillancourt, 19 ans, a reconnu le trafic de stupéfiants, le complot pour commettre une introduction par effraction et l’introduction par effraction pour y commettre un vol qualifié