Denis Labelle a été membre du Barreau de l'Outaouais pendant 52 ans.

Denis Labelle : plus de 50 ans au service de la justice

Le doyen du palais de justice de Gatineau accroche sa toge après 52 ans comme membre du Barreau de l’Outaouais. À 78 ans, le criminaliste Denis Labelle troque l’habit noir pour sa chemise à carreaux, ayant complété, lundi dernier, son dernier dossier.

Me Labelle est connu comme Barabbas dans la Passion, au palais de justice de Gatineau. Son sens de l’humour grinçant et sa gentillesse décrivent bien l’homme, véritable encyclopédie vivante de la petite histoire de la justice outaouaise.

Conseiller juridique de 1967 à 1975, il est devenu par la suite l’un des premiers avocats de l’Aide juridique en Outaouais lorsqu’il a été recruté par le directeur de l’époque, feu Jules Barrière.

Me Labelle a fait ses premières armes comme avocat criminaliste à Campbell’s Bay, puis s’est installé à Hull en 1977.

« On faisait de la Protection de la jeunesse et du criminel pour adultes, dit-il. Le Tribunal de la Jeunesse, à l’époque, s’appelait la Cour de bien-être social. »

La faune judiciaire était bien plus petite qu’en 2019.

« On avait deux juges, un ou deux procureurs de la Couronne, et cinq ou six criminalistes. La proximité provoquait des heurts. C’était plus fréquent qu’aujourd’hui ! »

Il a entrepris, quelques années plus tard, une carrière au privé.

Un plaideur

Me Labelle fait partie de la vieille école. À l’heure où les jeunes avocats déambulent avec leur cellulaire en main, le vétéran se sert d’un téléphone « pas intelligent » pour parler de vive voix à ses clients. « Le numérique me dépasse. »

Il a passé plus de 40 ans à titre d’avocat de la défense. « Je ne me considère pas un juriste. Je suis un plaideur », dit-il, en se comparant aux jeunes avocats qui multiplient les recherches de jurisprudence sur leur téléphone ou leur ordinateur.

« Je ne suis pas fort sur le crayon et la paperasse. »

Le vétéran ne peut compter le nombre exact de dossiers complétés en plus de 40 ans. « Mais il n’y a pas grand monde qui peut dire avoir fait autant de dossiers que moi. »

Il fut un temps où les juges et les avocats se croisaient « à l’hôtel », en prenant un verre après leur journée de travail. « Des fois, ça se parlait dans le casse ! », s’esclaffe le Gatinois.

Les choses ont bien changé depuis 1976. Les policiers, les procureurs, les juges – et même les accusés « réguliers » – se connaissaient bien mieux qu’aujourd’hui. « Disons qu’on n’était pas chum avec les policiers, mais c’était plus facile de parler avec eux. Aujourd’hui, tout le monde est plus by the book. »

Humblement, le criminaliste dit qu’il « ne regarde pas le monde de haut » malgré son titre d’avocat. « J’aime encore ce que je fais. Mais je dois penser à ma santé. »