Un tribunal vient de donner raison à un syndicat qui s’était plaint du fait qu’un employeur avait réuni ses travailleurs pour qualifier les demandes syndicales de «ridicules».

Demandes syndicales «ridicules» et menace de pertes d’emplois: employeur blâmé

Un tribunal vient de donner raison à un syndicat qui s’était plaint du fait qu’un employeur avait réuni ses travailleurs pour qualifier les demandes syndicales de «ridicules», affirmer que les salariés manquaient de jugement et les menacer de perdre leur emploi.

Le Syndicat québécois des employés de service (SQEES), affilié à la FTQ, a ainsi eu gain de cause contre la Société en commandite Domaine du marquis, qui exploite une résidence privée pour personnes âgées à Jonquière.

Le Tribunal administratif du travail a constaté que l’employeur avait contrevenu au Code du travail, notamment à un article qui interdit l’intimidation et les menaces. Il lui a ordonné de cesser d’entraver les activités du syndicat.

L’employeur avait convoqué les salariés à une rencontre, le 6 décembre dernier sur les lieux de travail. Lors de la rencontre, l’employeur avait soutenu que la longue durée des négociations était due au syndicat, que ses demandes étaient «ridicules» et qu’il avait voulu les jeter à la poubelle lorsqu’il les avait reçues.

Il importe de souligner que le SQEES représente des préposés aux bénéficiaires dans différentes résidences privées pour personnes âgées au Québec. Il revendique pour ces préposés le salaire de 15 $ l’heure, dans le cadre de la bataille plus large pour porter le salaire minimum à 15 $ l’heure.

«Tant qu’à être ridicule, pourquoi pas demander 100 $ tant qu’à y être», a dit l’un des représentants de l’employeur, qui est cité dans le jugement du tribunal.

Aussi, en commentant le rejet unanime des offres patronales par les salariés, l’employeur avait dit qu’ils avaient «tous manqué de jugement». Il avait aussi parlé de pertes d’emplois et de fermeture de l’entreprise.

Le juge administratif Christian Drolet a statué que ces agissements de l’employeur «constituent sans l’ombre d’un doute de l’ingérence et une entrave aux activités du syndicat».

«Dans le présent dossier, de l’aveu même de l’Employeur, la convocation des salariés membres de l’unité de négociation à une rencontre sur les lieux de travail, le 6 décembre 2017, avait pour but de blâmer le Syndicat pour la longueur du processus de négociation en vue du renouvellement de la convention collective, de dénoncer le caractère «ridicule» des demandes syndicales et le manque de jugement des salariés, et enfin de menacer ceux-ci de perdre leur emploi», a écrit le juge administratif.

«Le niveau de vulnérabilité de la partie syndicale dans un contexte de négociation pour la conclusion d’une convention collective de travail commande un examen plus rigoureux de la conduite d’un employeur. Dans ces circonstances, l’employeur qui communique avec ses salariés doit faire preuve de la plus grande prudence, de modération et éviter toute menace directe ou sous-entendue», écrit encore le juge Drolet.