Déguisements pour de fausses saisies de drogues

Louis-Denis Ebacher
Louis-Denis Ebacher
Le Droit
À la fin du mois d’octobre, le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) saisissait un arsenal d’armes longues, de casques, de gilets pare-balles et de vêtements dignes d’une escouade tactique régulière ou paramilitaire. Les forces de l’ordre ont par ailleurs saisi d’importantes quantités de drogue dans une même résidence de la rue Church, dans le secteur Buckingham.

Le SPVG a arrêté Daniel Germain Champagne, 31 ans. Les enquêteurs du SPVG ont aussitôt interpellé leurs collègues de la Sûreté du Québec (SQ) qui enquêtaient depuis le printemps sur des incidents mystérieux possiblement liés à cette affaire.

C’était le début de l’enquête sur remise en liberté de M. Champagne cette semaine, au palais de justice de Gatineau. Des enquêteurs du SPVG et de la SQ ont livré des détails surprenants à la barre des témoins.

Les policiers de la SQ de la MRC de Papineau ont entamé des enquêtes les 3 mai et 9 octobre, concernant deux braquages à domicile à Saint-André-Avellin et à Thurso. Dans les deux cas, a expliqué l’enquêteur des Crimes majeurs de la SQ, Olivier Hurtubise, des suspects «habillés en policiers» ont investi des résidences pour y «saisir» des stupéfiants.

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Le principal suspect était particulièrement intéressé par les coffres-forts qui pouvaient s’y trouver. C’est dans ces coffres que les trafiquants cachent leur argent ou leurs listes de front servant à noter les dettes de leurs clients et revendeurs.

Le groupe visait des endroits inoccupés. Il lui est arrivé à une reprise de tomber face à face avec une personne et de devoir improviser.

Avec deux autres complices, le faux policier lourdement armé a frappé dans une résidence de Saint-André-Avellin qu’il savait abriter des objets de grande valeur.

«Il frappe à la porte, et dit à la femme qui lui ouvre qu’il est le ‘sergent Cassey’, explique l’enquêteur de la SQ au tribunal. Il a un calepin de notes, dit qu’il veut parler à son conjoint, qu’il vient effectuer une saisie. La victime nous a dit qu’elle a cru du début à la fin que c’était un policier. Elle a vu un badge sur l’épaule gauche de l’individu, un peu comme celui de la SQ. Cependant, poursuit l’enquêteur Hurtubise, deux des suspects ne sont pas habillés de la même façon.»

L'arsenal de la rue Church

M. Germain Champagne et ses complices se seraient emparés du contenu d’un coffre-fort contenant environ 30 000$. Le suspect a avoué aux policiers qu’il avait investi en six mois une cinquantaine d’entrepôts, de maisons et autres caches de drogues, d’armes et d’argent. «Il dit qu’il fait des saisies», explique l’enquêteur au juge. Après cette rencontre fortuite avec une résidente, il a arrêté son manège. Il n’a pas aimé sa mésaventure.

M. Germain Champagne voulait toujours éviter d’en venir aux coups et aux échanges de coups de feu. «Il essaie de ne pas être vu, dit le témoin policier. Il ne veut pas que ça dégénère.»

S’il dit avoir effectué une cinquantaine de «saisies», le suspect nie être à l’origine des événements de Thurso. «Il dit qu’il ne sait pas qui l’a fait, explique l’enquêteur. Il pense que sa méthode a été copiée.»

Pour entamer sa traque, M. Champagne introduisait des traceurs GPS dans les poches de ses victimes ou les plaçait sur leurs véhicules.

Daniel Germain Champagne est accusé de méfait, de possession de stupéfiants et de s’être faussement présenté comme un agent de la paix.

Le dossier – très complexe – est piloté par le procureur de la Couronne, Me Antoine Desaulniers, alors que la défense est assurée par Me Jean-Michel Labrosse. L’audience sur la remise en liberté doit se poursuivre la semaine prochaine.