La coroner Pascale Boulay conclut dans son rapport qu’il s’agit d’un «décès accidentel» découlant d’une pneumonie d’aspiration ayant causé un arrêt cardiaque, le tout dans le contexte de la chirurgie dentaire subie deux jours plus tôt.

«Décès accidentel» après une chirurgie dentaire

Le décès d’un jeune homme de la Petite-Nation à la suite d’une chirurgie dentaire amène une coroner à recommander que soit étudiée la possibilité d’élaborer un protocole postopératoire pour les patients vivant avec une déficience intellectuelle.

Maxime Labelle-Leduc avait 27 ans lorsque sa vie s’est arrêtée abruptement, en juin 2015. Deux jours après avoir subi une chirurgie dentaire sous anesthésie générale à l’Hôpital de Papineau, le jeune homme a été pris de vomissements, rapporte la coroner Pascale Boulay dans son rapport daté du mois de mars dernier, dont Le Droit a obtenu copie. Il a par la suite été retrouvé inanimé par sa mère, en pleine nuit, dans leur résidence de Saint-André-Avellin.

Les paramédics sont parvenus à faire revenir un pouls avant le transport vers l’Hôpital de Papineau, où de nombreux tests ont été effectués sur le jeune homme qui se trouve alors «dans un coma profond». Il sera ensuite transféré aux soins intensifs de l’Hôpital de Hull, où «l’état de choc persiste». Son décès est finalement constaté en milieu de journée, le 13 juin.

Me Boulay conclut dans son rapport qu’il s’agit d’un «décès accidentel» découlant d’une pneumonie d’aspiration ayant causé un arrêt cardiaque, le tout dans le contexte de la chirurgie dentaire subie deux jours plus tôt.

Le Bureau du coroner n’a pas été informé au moment du décès. C’est la direction des services professionnels du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) qui a signalé le dossier neuf mois plus tard. «Le CISSSO a demandé de son propre chef une évaluation des actes posés durant l’intervention», note la coroner en précisant que les protocoles suivis s’avèrent conformes aux normes.

«Néanmoins, le cas en l’espèce porte sur le décès d’un jeune adulte, déficient intellectuel, qu’il faut anesthésier pour lui procurer des soins dentaires primaires [...], écrit Me Boulay. Sur la base de ce constat, il m’apparaît plus que probable que les soins postopératoires pouvaient s’avérer un défi à effectuer correctement.»

Maxime Labelle-Leduc étant «enclin à développer des pneumonies d’aspiration», il était donc «raisonnable de déduire» que la procédure normale de soins postopératoires à la maison «pouvait s’avérer difficilement réalisable», estime la coroner.

Or, il n’existe pas, au Québec, de protocole standardisé pour les soins suivant une chirurgie dentaire chez les patients vivant avec une déficience intellectuelle.

Me Boulay souligne d’ailleurs qu’une étude de l’école de médecine de l’Université du Maryland, publiée en 2011, a révélé que «la déficience intellectuelle augmente de manière significative les risques de complications majeures [...] comme la pneumonie d’aspiration à la suite d’une chirurgie».

La coroner recommande donc au ministère de la Santé, à l’Ordre des dentistes du Québec, au Collège des médecins du Québec et à l’Association des anesthésiologistes du Québec d’étudier «la pertinence» d’établir un protocole de soins postopératoires spécifiques à de tels cas, afin que la déficience intellectuelle soit considérée «comme un facteur de risque devant être évalué lors de l’octroi du congé de l’hôpital».

Me Boulay recommande aussi aux mêmes organismes d’établir «des critères de prévisibilité subjective» afin qu’un «suivi plus rigoureux» soit offert aux patients avec une déficience intellectuelle qui subissent une chirurgie.