Début de l'enquête publique sur la mort de Brandon Maurice

L’enquête publique sur la mort de Brandon Maurice, un adolescent de 17 ans abattu par un agent de la Sûreté du Québec, en 2015, à Messines, près de Maniwaki, a pris son envol lundi, à Gatineau.

Brandon Maurice est décédé le 16 novembre 2015 après avoir reçu au moins un projectile d’une arme à feu, au terme d’une poursuite en voiture. Un des agents de la SQ, qui venait de dégainer son arme, aurait été traîné par la Toyota Corolla conduite par M. Maurice, dans un chemin de terre.

Le président de l’enquête publique, Me Luc Malouin, s’est d’abord adressé à la mère endeuillée, Dominique Bernier. « C’est pour Brandon qu’on fait cette enquête, a-t-il dit à la mère, assise à sa droite. Je vous offre d’abord mes sympathies. »

En rappel: pourquoi la coroner en chef a ordonné une enquête sur la mort de Brandon Maurice

Les deux policiers de la SQ impliqués dans la poursuite et le décès, Dave Constantin et Frédéric Fortier, assistent à l’audience depuis Maniwaki, par lien vidéo.

À l’extérieur de la salle d’audience, Mme Bernier a parlé de son fils avec émotion. Elle espère vivre, un jour, « avec des réponses ». « Nos attentes sont vraiment minimes », dit-elle.

Dominique Bernier ne comprend pas comment un policier de la Sûreté du Québec en est venu à ouvrir le feu sur son fils Brandon Maurice.

Mme Bernier s’attend à ce que le témoignage des deux policiers, attendu mardi, soit « le moment le plus difficile ».

« Connaissant mon fils, je sais que ce n’était pas la personne qui aurait voulu faire du mal à un autre. Il a toujours été là pour protéger ses chums. Peu importe la situation, tout le monde passait avant lui. Donc, j’espère avoir la vérité. C’est impossible que mon gars ait essayé de l’entraîner (le policier) dans le véhicule. J’aimerais qu’il (le policier) dise que, oui, c’est lui-même qui s’est mis en danger, parce qu’on sait tous que, logiquement, un jeune de 17 ans, assis dans un char n’a pas la force de tirer un policier dans un véhicule comme ça. Il faut que la vérité sorte. »

Première témoin à la barre, la lieutenante-détective du Service de police de la Ville de Montréal, Mélanie Simard, a expliqué comment elle avait mené l’enquête indépendante, à la suite du drame. Aucune accusation criminelle n’a été retenue contre les agents. Un policier reconstitutionniste de scènes de crime a affirmé qu’il était « possible » que le policier ait été « traîné » ou que celui-ci se soit « accroché » à la voiture avançant à basse vitesse.

« C’est pour Brandon qu’on fait cette enquête», a dit le président de l’enquête publique, Me Luc Malouin, à la mère, assise à sa droite.

Me Malouin a dit vouloir répondre à trois questions, une fois l’enquête publique terminée. « La poursuite policière s’est-elle faite dans les règles de l’art ? Que s’est-il passé dans le bois – pourquoi un p’tit gars de 17 ans est mort sous les balles d’un policier ? Et, troisièmement, quelle est l’analyse de la SQ quant à la poursuite et aux coups de feu ? »

Par ailleurs, le procureur des deux policiers, Me André Fiset, a rappelé qu’une décision du commissaire à la déontologie policière indiquait que le policier Fortier n’avait pas été contraint de s’expliquer devant le tribunal disciplinaire. « Ce ne sera peut-être pas les réponses que vous aimerez, a dit le coroner à la mère de l’adolescent, mais (au terme de l’enquête publique) vous aurez au moins des réponses. »

•••

« Il a dit : “Arrête, sinon je tire” »

Aux premières loges de la poursuite policière qui s’est terminée dans le sang, dans la nuit du 15 au 16 novembre 2015 à Messines, Christopher Houle a raconté comment son ami, Brandon Maurice, a été abattu par un policier de la Sûreté du Québec.

Le jeune ébéniste était passager dans sa propre Toyota Corolla, conduite par Brandon Maurice, le soir fatidique. Ce dernier, en route vers sa résidence, entre minuit et 1 h, aurait atteint les 160 kilomètres à l’heure, dans sa course folle. Il ne s’est pas arrêté, malgré la mise en marche des gyrophares de la voiture de la SQ. « Brandon m’a regardé en voulant dire : “Est-ce qu’on se sauve ?” », a raconté M. Houle, lors de son témoignage, dans le cadre de l’enquête publique du coroner sur la mort de Brandon Maurice.

Selon cet ami, Brandon aurait voulu « le sauver » en appuyant sur l’accélérateur, et en tentant de semer les agents, qui étaient à leurs trousses. « Je lui ai demandé d’arrêter... On roulait à 160. Vers la fin (de la poursuite), j’ai tiré sur le frein à main. Le frein à main a cassé. »

Christopher Houle aurait répété à son ami qu’il fallait arrêter, alors que la police les pourchassait toujours, gyrophares de la voiture allumés. Selon ce témoin, le conducteur ne semblait pas comprendre la gravité de la situation. « Brandon disait qu’il voulait aller faire brûler l’auto au “pit de sable” (à Messines) ». L’ami a décrit Brandon Maurice comme d’une personne qui voulait constamment protéger les siens.

La Toyota s’est dirigée vers la rue Patry, qui avait davantage l’allure d’un large sentier ou d’un chemin de terre que d’une voie publique.

La Corolla s’est immobilisée. Une petite collision avec la voiture de police s’est produite lorsque Brandon Maurice a tenté une manœuvre d’évitement d’un tronc d’arbre sur la voie. Un policier a fait irruption, à côté de la Toyota, et a fracassé la vitre du conducteur.

L’agent avait déjà son arme en main, selon le témoin. Le policer se serait introduit dans l’auto jusqu’à la taille, pour ensuite empoigner le conducteur. L’auto était encore en mouvement, à basse vitesse.

« Arrête, sinon je tire », aurait dit, à trois reprises, le policier avant de faire feu.

Selon le jeune homme, la voiture n’allait pas assez vite pour mettre le policier en danger.

Le décès a été annoncé à la mère de la victime, vers 13 h, le 16 novembre 2015.