De trois à huit ans pour un complot pédophile

En juillet 2018, Martin Duquette et un complice s’apprêtaient à kidnapper une jeune fille de 8 ans pour revendre l’enfant à un groupe criminalisé dans le but d’en abuser sexuellement, mais ce dernier a informé les policiers du complot le jour de l’événement. Lors des représentations sur la peine de l’accusé, tenues jeudi, au Palais de Justice de Roberval, la Couronne a demandé huit ans d’incarcération et dix ans de surveillance ; la défense propose plutôt une peine de trois ans de prison et de trois à cinq ans de surveillance.

Dès le début des représentations, la procureure de la Couronne, Julie Lajoie, a souligné les faits graves reprochés à Martin Duquette, qui avait prémédité d’enlever une enfant. « Monsieur Duquette voulait trouver un jouet afin de le remettre à un groupe criminalisé, pour que ses membres puissent abuser sexuellement l’enfant, a relaté cette dernière. Pourquoi ? Parce que pour monsieur Duquette, un jouet, c’est un enfant, comme le démontre un texto envoyé à son complice : “Tu devrais voir les beaux petits jouets qui sont en train de jouer avec la fille à [XXX].” »

Il n’est pas clair si Martin Duquette voulait bel et bien remettre l’enfant à un groupe criminel ou s’en servir pour assouvir ses propres besoins, car l’homme n’a pas collaboré avec les experts du tribunal, a remarqué Me Julie Lajoie. En plus du complot pour kidnapper une enfant, il n’a pas collaboré à l’enquête sur deux dossiers de pornographie juvénile, laquelle a, entre autres choses, démontré que Martin Duquette a transmis entre 10 et 12 photos de pornographie juvénile à son complice.

Martin Duquette, qui a été arrêté le 23 août 2018, a d’ailleurs plaidé coupable d’avoir transmis de la pornographie juvénile et d’avoir utilisé des moyens de télécommunication dans le but de prévoir une agression sexuelle sur des enfants et enlèvement. L’homme a aussi été reconnu coupable de vol à l’étalage et de bris de probation. Il a reconnu avoir trafiqué 40 métamphétamines par jour en plus d’avoir proféré des menaces de mort à un policier. Il se serait même vanté de consommer entre 10 et 50 métamphétamines par jour.

La procureure de la Couronne a demandé à ce que Martin Duquette passe huit ans derrière les barreaux, en plus de demeurer sous surveillance pendant dix ans.

Selon l’avocat de la défense, Me Denis Otis, la sentence devrait être établie en fonction du crime perpétré et du code, non pas en fonction de ce qui aurait pu se produire. « À cette étape-ci, Madame la juge, vous ne pouvez pas sentencier pour quelque chose qui ne s’est pas matérialisé », a plaidé ce dernier, sans toutefois minimiser l’importance des crimes reconnus par son client.

Me Otis estime que Martin Duquette démontre plusieurs caractéristiques d’un mythomane, prétendant notamment transiger une centaine de kilogrammes de cocaïnes par semaine dans la région, un élément qui n’a pas été retenu par la poursuite.

L’avocat de la défense a cité de récents cas de jurisprudence de deux hommes ayant été reconnus coupables de pornographie juvénile et d’agressions sexuelles envers six et quatre mineures et qui ont été condamnés à neuf et huit ans de prison.

Pour respecter l’ordre de gravité du crime, ce dernier a donc suggéré une peine d’emprisonnement de trois ans. Étant donné que Martin Duquette a déjà passé 504 jours en prison, comptant à temps et demi, il lui resterait 11 mois à passer derrière les barreaux.

Me Julie Lajoie croit toutefois que l’épais casier judiciaire de l’homme, qui commet des crimes depuis 25 ans, impose une sanction plus grave, afin de protéger la population.

« Il avait le plan d’enlever une enfant pour en abuser sexuellement, a-t-elle dit. C’est un homme qui a passé sa vie à transgresser la loi. »

Étant donné la gravité du crime, la juge Isabelle Boillat, de la Cour du Québec, devra également déterminer si Martin Duquette devrait être déclaré délinquant à surveiller, lors de sa décision sur la peine, laquelle devrait être rendue le 10 février.