Le taux de criminalité à Ottawa a grimpé de 8 % en 2019 et dans certains quartiers comme celui d’Orléans, la hausse fut de près de 20 %.
Le taux de criminalité à Ottawa a grimpé de 8 % en 2019 et dans certains quartiers comme celui d’Orléans, la hausse fut de près de 20 %.

Criminalité à la hausse dans la capitale fédérale

Louis-Denis Ebacher
Louis-Denis Ebacher
Le Droit
Ottawa a vu son taux de criminalité augmenter de 8 % l’année dernière. Dans certains quartiers, comme celui d’Orléans, il a bondi de près de 20 % entre 2018 et 2019. À la lumière d’autres données du même rapport d’activités pour 2019, remis lundi à la Commission des services policiers, on constate que le ton se durcit plus fréquemment, alors que les agents ont employé la force plus souvent qu’en 2018.

Les policiers d’Ottawa ont été confrontés à une hausse des crimes violents en 2019. « Tout comme la tendance nationale de ces dernières années, la gravité de la criminalité à Ottawa* a augmenté de 6 % (...) en 2019 », lit-on.

Les menaces, les vols, les agressions physiques et sexuelles ont contribué à faire gonfler ces statistiques sur la gravité des crimes commis dans la capitale fédérale.

De l’autre côté, 609 rapports d’emploi de la force ont été transmis, ce qui représente une augmentation de 15 % depuis 2018.

Le même rapport annuel apporte une nuance à ces statistiques, « Moins d’un pour cent de tous les appels reçus par le SPO sont résolus en employant la force. La majorité des appels sont résolus uniquement grâce à la présence d’un policier et par la communication. »

Le taux de criminalité à Ottawa a grimpé de 8 % en 2019 et dans certains quartiers comme celui d’Orléans, la hausse fut de près de 20 %.

Dans les quartiers

Certains quartiers ont connu une hausse considérable des taux de criminalité en 2019. C’est le cas dans Orléans (+19,3 %), Innes (+20,1 %), Beacon Hill-Cyrville (+16,1), Rideau-Vanier (+11 %), Rideau-Rockcliffe (+13,5 %), Kitchissippi (+21,8 %), Rivière (+19,4 %), et Gloucester-Nepean-Sud (17,9 %),

D’autres secteurs comme West-Carleton-March (-24,6 %), Capitale (-9,8 %), et Rideau-Goulbourn (-8,6 %) ont connu de meilleurs bilans qu’en 2018.

Dans la grande majorité des quartiers, la vitesse et les comportements dangereux des automobilistes se trouvent au sommet des préoccupations des résidents. Le SPO a répondu à l’appel en arrêtant 821 personnes pour des infractions criminelles au volant, une augmentation de 18 % par rapport à 2018.

Ottawa déplore par ailleurs 13 homicides en 2019, deux de moins que l’année précédente.

Tensions raciales

En juin dernier, le chef du SPO Peter Sloly avait abordé la question raciale aux États-Unis et de la mort de George Floyd aux mains de policiers de Minneapolis. « Je reconnais que l’inégalité et l’injustice sont une réalité, ici dans la capitale nationale », a dit le chef du SPO, premier noir à occuper un tel poste dans la capitale fédérale. « Cette ville où j’habite et ce pays que j’aime comptent, dans leur histoire récente comme ancienne, leurs propres exemples de points d’ignition raciaux entre la police et la collectivité. »

Le SPO est aussi secoué par le procès du policier Daniel Montsion, accusé de l’homicide involontaire d’un résident d’Ottawa d’origine somalienne, Abdirahman Abdi.

En janvier dernier, Queen’s Park a adopté une nouvelle réglementation sur l’emploi de la force. Le rapport du SPO rappelle que les services policiers doivent maintenant recueillir des données d’observation relatives à la race des individus touchés par l’emploi de la force. « L’objectif principal de cette collecte de données est d’éliminer le racisme systémique et favoriser l’égalité entre les races », indique le document.

*L’indice de gravité de la criminalité (IGC) est une mesure de la criminalité signalée à la police qui reflète la gravité relative des infractions individuelles et suit l’évolution de la gravité de la criminalité dans le temps.

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Le criminologue Irvin Waller voit dans le rapport du SPO plein de mauvaises nouvelles.

«LA POLICE DOIT SE FIER D'AVANTAGE SUR LA SCIENCE»

Le récent rapport du Service de police d’Ottawa (SPO) sur l’année 2019 « est plein de mauvaises nouvelles », commente le criminologue Irvin Waller. Selon le spécialiste de l’Université d’Ottawa, les forces policières auraient intérêt à se fier davantage à la science pour faire chuter le taux de criminalité.

« Le conseil municipal d’Ottawa n’est pas prêt à prendre au sérieux des solutions scientifiques pour réduire la criminalité », tranche-t-il.

Selon lui, il serait possible de faire chuter le taux de criminalité de 50 % — rien de moins — si les corps policiers investissaient 10 % de leur budget dans des programmes à l’image de ceux qui ont été adoptés en Angleterre, ou dans la ville de Glasgow, en Écosse.

Le budget du SPO est d’un peu plus de 300 millions $.

« 50 %, ce n’est pas des blagues, lance M. Waller. À Glasgow, la prévention passe par des actions dans les écoles, dans la rue, et par des programmes misant sur des intervenants sociaux. »

Il est fréquent, à Ottawa comme ailleurs, que des victimes liées aux gangs de rue ne collaborent pas aux enquêtes policières. Cette règle non écrite de la rue — l’omerta — nuit au travail des policiers. Pendant ce temps, l’auteur d’une fusillade est au large.

« Pour régler les problèmes de gangs de rue, à Glasgow, des intervenants sociaux visitent les victimes d’agression dans les hôpitaux, mentionne M. Waller. Par exemple, ils s’entretiennent avec des jeunes atteints par balles, et leur expliquent pourquoi ils ne devraient pas chercher à se venger. Il faut investir auprès des travailleurs de rue pour approcher les jeunes violents qui ont des armes. »

En juillet, le chef du SPO, Peter Sloly, a livré un témoignage devant le Comité permanent de la sécurité publique et nationale du Parlement fédéral. Il a plaidé pour une meilleure intégration des forces policières et des services sociaux, ce qui éviterait à ses agents de devoir répondre à des problèmes qui dépassent leurs compétences. Le chef Sloly a admis que les agents de première ligne étaient confrontés à certaines situations qui seraient mieux gérées par des travailleurs sociaux, particulièrement en matière de santé mentale.

« Le chef Sloly fait partie des chefs de police les plus intelligents au Canada, commente Irvin Waller. Mais on est souvent dans une logique d’ajout de policiers et d’augmentation des salaires. Ce n’est pas suffisant pour faire changer les statistiques. »

Le taux d’homicide est relativement stable dans la capitale fédérale. On en comptait 14 l’an dernier. Ottawa a toutefois connu plus de 70 fusillades, un record.

« Il ne faut pas dire que c’est une crise comme à Détroit ou à Chicago. On est loin de ça. On est une ville très riche, on a facilement accès à la science, avec des universités, et on ignore cette science ! »

En 2019, le SPO a enregistré une augmentation de 15 % des rapports d’emploi de la force par ses policiers. « On a raison de se demander pourquoi la violence policière augmente », selon le professeur Waller.